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Pascale Quivigert

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La Malédiction d'Hatloc,
un texte de :

Prologue
Lorsque l'avion se posa sur la piste de l’aéroport Benito Juarez de Mexico, l’archéologue Zia Diaz poussa un soupir de satisfaction. Ça faisait trois ans qu'elle n’était pas revenue au Mexique et ce retour aux sources lui faisait du bien. Elle étira ses jambes ankylosées en
regardant par le hublot le contour gigantesque du terminal principal. L'appareil roulait encore mais son voisin s’était déjà levé et au milieu du couloir, trépignait d'impatience. Elle le regarda, irritée. Chaque fois, c’était la même chose. Les gens se bousculaient pour sortir en
premier, courir jusqu’à la salle de retrait des bagages et attendre en râlant leurs valises. Elle attendit que tous les passagers soient sortis et suivit tranquillement l’itinéraire indique pour récupérer son unique sac de voyage. Habituée a voyager sur des longues distances, elle
n’emmenait toujours que le strict minimum. Une fois les formalités remplies, elle se dirigea vers les emplacements de taxi et quarante-cinq minutes plus tard, la coccinelle verte la déposait devant son hôtel favori en plein centre ville, "Le Celebracion", ou elle descendait chaque fois qu'elle séjournait dans la Capitale, en souvenir d'Henri, son premier mari qui lui avait fait découvrir le charme insoupçonné de cette ville tentaculaire tout a la fois moderne et empreinte d'une Histoire riche et prolifique. Elle songea avec nostalgie a ce mariage hors du
commun qui l'avait unie pendant cinq ans a Henri Delmonte, un des Historiens les plus respectes de sa génération. Ils s’étaient rencontres a Paris lors d'une conférence sur les Peuples Pre-Colombiens. Avec un sourire, elle se remémora leur première nuit. Il l'avait invitée dans un grand restaurant et pour l'occasion, elle avait choisi une superbe robe
fourreau noire en satin légèrement décolletée qui mettait en valeur la peau cuivrée de ses épaules nues. En rentrant dans la salle, elle avait remarque le regard appuyé de certains hommes mais Henri ne semblait pas le moins du monde intéressé par sa plastique et pendant
tout le repas, il lui avait explique que les Olmèques, precursseurs des Mayas, auraient invente le calendrier meso américain, ce qui semblait le fasciner au-delà de tout. D'abord un peu vexée, elle s’était vite laissée prendre au jeu et ils avaient termine la nuit dans sa chambre, assis sur son lit et penches sur des livres anciens. Bien qu'ils aient été heureux pendant ces années, ils s’étaient séparés d'un commun accord et il était parti vivre définitivement au Guatemala, non sans lui avoir offert le plus beau des cadeaux: Un amour inconditionnel pour le Mexique et son Histoire. Après s’être licenciée en Histoire des Civilisations Anciennes, elle s’était spécialisée dans l’archéologie précolombienne et aujourd'hui, elle était ici, prête a reprendre ses fouilles sur le Site méconnu de Xochitl dans le Yucatán. Trop petit pour être régulièrement visite par des hordes de touristes, il n'en présentait pas moins un intérêt majeur pour la compréhension des Anciennes Tribus et elle aimait y entreprendre des fouilles, a l'abri des projecteurs qui préféraient balayer des Sites comme Chichen Itza ou Palenque. C’était son quatrième voyage et, le cœur plein d'espoir, elle espérait qu'elle mettrait a jour de nouveaux bas-reliefs attestant de l'existence de tribus ayant fui la Conquête Espagnole dans
cette région reculée afin de survivre au massacre perpétré par Cortés. Lors d'un précèdent voyage, elle avait ramené quelques statuettes en terre cuite qui lui avaient valu la reconnaissance de certains de ses confrères mais surtout d'obtenir un budget acceptable pour
entreprendre de nouveaux travaux. Elle sortit le petit carnet a spirales d'Henri qu'elle emmenait partout avec elle et le posa sur la petite table de chevet a cote du lit. Avant de partir, il le lui avait donne en gage de son amour et de sa foi:
"- Zia, aime la terre autant que les gens et tu seras une grande archéologue. J'ai confiance en toi, tu feras de grandes découvertes."
Le petit calepin regorgeait de notes rapides écrites par Henri au hasard de voyages, de rencontres et de découvertes. Les différentes annotations jetées ainsi pêle-mêle n'avaient aucune valeur professionnelle mais elle y tenait plus que tout.
Allongée sur le grand lit, elle ferma un instant les yeux pour détendre ses muscles endoloris par la position assise dans l'avion et sombra dans un sommeil agite.
Ils étaient a Xochitl tous les deux au pied de la Grande Pyramide, Henri lui tournant le dos.
Elle l'interpella a plusieurs reprises mais il restait immobile. Lorsqu'elle se plaça devant lui, une image terrifiante la paralysa. Henri avait le visage macule de sang et un rictus mauvais déformait ses lèvres. Il articula péniblement:
"- Zia, aime la terre autant que les gens et tu seras une grande archéologue." avant de s'effondrer sur le sol, mort. Elle hurla et se réveilla en nage, au milieu de sa chambre.

A douze heures de route de la capitale, le Site de Xochitl rougeoyait sous les derniers rayons du soleil. L'endroit était calme et le silence pesant accentuait son aspect irréel. Au loin, le cri d'un hibou déchira le crépuscule comme un signe annonciateur de ténèbres. Au pied de la
Grande Pyramide, la jeune femme semblait dormir, ensevelie dans une couverture. Mais la malédiction d'Hatloc n’était plus une légende et la jeune Lucia Morales était étendue, morte, sauvagement mutilée, le cœur arrache.

                                                  Chapitre 1
Le petit village de San Pedro dans le Yucatán étouffait en ce jour torride d'Octobre. Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu'on avait pas vu une goutte de pluie avec des températures avoisinant les quarante degrés et toute la population était a cran, notamment le
Chef de la police Pablo Ribera. Avec ses 1m95 et ses imposants 100 kilos, il trouvait injuste de souffrir plus que les autres sous prétexte qu'il avait un peu d’embonpoint.
“- Dios Mio, c'est pas une vie”, aboya-t-il a son second quand il entra d'un pas chancelant dans le petit bureau ou un rachitique ventilateur accroche au plafond ne parvenait pas a rafraichir l’atmosphère suffocante.
“- Je le sais bien Chef mais ils ont annonce de la pluie dans les jours a venir. Il faut juste s'armer d'un peu de patience.”
Pablo jeta rageusement son chapeau sur la table encombrée de vieux formulaires vierges qui lui servait de bureau.
“- C'est ça! Sauf que ça fait déjà quinze jours qu'il doit pleuvoir et si ce n'est pas le cas d'ici peu, je suis bon pour un divorce car Carmen ne me supporte plus. A ce qu'il parait, j'avais déjà mauvais caractère avant et ça a soi-disant empire avec la chaleur. Tu veux que je te dise
Diego? Parfois, j'ai le sentiment que Dieu a juste invente les femmes pour nous punir.”
Lorsqu'il laissa tomber sa lourde carcasse sur la vieille chaise en paille, celle-ci fit un bruit inquiétant qui laissait penser qu'elle allait se casser. Mais tout le mobilier, aussi vétuste soit-il était aussi solide et immuable que le gros policier. Au fond de la pièce, dans une petite cellule
grillagée, deux ivrognes entamèrent en chœur “besame mucho”, ce qui finit de l'irriter pour de bon.
“- Mais qu'est-ce-qu'ils chantent mal! Si seulement, ils pouvaient faire venir la pluie.”
Sans se lever, il s'adressa a eux:
“- Jose, Pedro, je vous avertis. Si vous n’arrêtez pas immédiatement, je vais venir Pili ici et on vous laisse seuls avec elle.”
Les deux hommes râlèrent un peu et allèrent s'asseoir silencieux dans un coin. En la personne de Pilar Campos, la veuve qui tenait l'unique bar du village, Pablo avait trouve le remède a ses petits problèmes. Il n'avait qu'a prononcer son nom pour que tout son petit monde se tienne tranquille. C’était une vraie langue de vipère qui pouvait faire plus de tort en deux phrases que lui avec sa cellule de dégrisement. Mais elle faisait partie du décor et on la respectait. Pablo lui aussi avait toujours vécu a San Pedro. Il n'avait quitte son village natal qu'en deux occasions. La première pour aller a Mexico. Avec sa femme, ils s’étaient accordes un week-end d'amoureux et avaient séjourné dans un hôtel luxueux sur le Paseo de la Reforma. Ils avaient visite une bonne partie de la ville et le soir, comme tout bon Mexicain qui se respecte, il avait invite Carmen sur la Place Garibaldi ou il avait demande a un groupe de
Mariachis de lui jouer une chanson d'amour. La seconde fois, ils s’étaient rendus a Acapulco pour leurs dix ans de mariage. Carmen rêvait de voir la Quebrada et ses célèbres plongeurs. Ce fut leur dernier voyage. Il estimait que lorsqu'on avait vu la mer une fois, c’était bien
suffisant. Sa femme pensait différemment mais elle n'avait plus eu gain de cause.
Professionnellement, il n'avait jamais eu de grosses enquêtes a mener. Le village était petit et tous les gens se connaissaient depuis l'enfance. La plupart du temps, il n'avait qu'a traiter des délits mineurs tels que des petits vols ou des bagarres entre jeunes le samedi soir dans le bar
de Pili. Ceci dit, il avait toujours rempli ses fonctions avec rigueur et droiture et il était aime et respecte de tous. De plus, il était profondément attache a son village et a ses racines Mayas.
Aujourd'hui, dans la Péninsule du Yucatán, il ne restait plus que six millions de descendants de cette Civilisation qui avait fait la gloire du Mexique avant qu'Hernan Cortes ne vienne tout détruire et San Pedro pouvait se targuer d’être encore un de ces petits villages qui, malgré le
modernisme, continuait a perpétrer les rites et traditions anciens. Même si la petite église sur la place célébrait tous les dimanches les offices catholiques, elle continuait a ouvrir ses portes a l'occasion de fêtes païennes. Tout au long de l’année, le village célébrait les principaux Dieux Aztèques et Mayas tels que Hunab, le Créateur du Monde et Tlatloc, Dieu de la pluie, le plus populaire d'entre tous.
San Pedro en lui-même ne présentait que peu d’intérêt. Une seule rue principale avec quelques commerces, un bar restaurant avec deux billards qui restait ouvert jusqu’à onze heures le soir, une épicerie-pharmacie qui faisait aussi étrangement office de salon de beauté
et quelques maisons sans style bien défini. Seule l’église avec son architecture néo-baroque semblait avoir suscite un intérêt particulier par son bâtisseur. A part les quelques magasins, la seule activité digne d’intérêt se déroulait tous les mercredis matins, lors du marche
hebdomadaire, lorsque les Indiens Yucateques qui vivaient plus haut dans les montagnes, descendaient pour vendre leurs tissus chamarres et leur artisanat. Bien que peu visite, San Pedro était régulièrement traverse car il était la dernière étape avant d’accéder au site de
Xochitl.
Pablo connaissait cet endroit par cœur. Il était persuade que c’était ici-meme qu'avaient vécu ses aïeuls et il ne comptait plus le nombre de fois ou il était allé, accompagne de ses trois filles et de son fils, admirer le Temple des Jaguars et le Terrain de Jeu de Balle, le tout agrémente de
savoureuses légendes qui racontaient les exploits des Dieux. Son fils Beto avait une fascination morbide pour Hatloc, le puissant Dieu des Ténèbres qui maudissait et mettait a mort tous ceux qui osaient pénétrer sur le Site a la nuit tombée. De fait, même de nos jours, rares étaient les villageois d'alentour qui s'approchaient de Xochitl quand le soleil avait disparu. Pablo, lui, ne croyait pas a cette fable mais il se plaisait a la raconter aux quelques touristes qui s’arrêtaient au village.
Il faisait de plus en plus chaud. Il devait rédiger un rapport sur l'altercation qui avait eu lieu la veille entre Jose et Pedro mais ça pouvait attendre. Eux aussi, ils attendraient. Ça ne leur
ferait pas de mal de les laisser mijoter une heure de plus en cellule. D'ailleurs, ils s’étaient calmes et leur rancune passée, ils venaient de commencer une partie de dominos.
“- Je n'en peux plus. Je vais m'en jeter une chez Pili, histoire de connaitre les derniers potins. Je te ramène une bière.”
Lorsqu'il sortit, le soleil brulant lui piqua les yeux. Si l'enfer existait, il devait ressembler a une journée comme celle-ci. Il n’était que dix heures du matin, un peu tôt pour boire une bière mais il décida que ce n’était pas un jour comme les autres, ce qui l'autorisait a faire une
exception. Le bar était juste en face, a seulement une vingtaine de mètres. C’était un endroit miteux et poussiéreux mais c’était toujours mieux que son bureau. Quand il entra, Pili trônait derrière le comptoir et astiquait avec force un verre de tequila. C’était une femme affreuse,
petite, avec trente kilos de trop, une figure en forme d’œuf et de petits yeux méchants. Veuve depuis l'age de vingt-sept ans, elle n'avait jamais vraiment surmonte la mort de son mari et elle en voulait a la terre entière, et plus particulièrement aux jolies jeunes filles qui venaient
danser le samedi soir.
“- Hola Pili, comment vas-tu?
– Mal, répondit-elle. Comme toujours, elle n'allait pas bien mais Pablo ne broncha pas. Il y était habitue et le contraire l'eut étonné.
– Tu sais quoi, continua-t-elle. Tu te rappelles cette anthropophage qui était venue faire des fouilles sur le Site avec le gamin César?
– Archéologue, Pili. Archéologue.
– Ouais bon. Il y a des rumeurs comme quoi elle va recommencer par fouiner par ici.
– Qui te l'a dit?
– J'en ai entendu parler samedi soir pendant le bal. C'est le petit d'Anabel. Tu te souviens qu'il était tombe amoureux d'elle quand elle est venue la dernière fois?
Comme si on pouvait en pincer pour une gringa toute palote. Enfin, j'ai cru comprendre qu'il parlait d'elle et il disait qu'il était super heureux car il allait la revoir.
– Tu en es sure?
– Sure t'en as de bonnes toi. On n'est jamais vraiment sur de rien mais c'est ce que j'ai entendu dire. Si tu ne me fais pas confiance, demande au petit. Par contre, samedi soir a été une horreur. Figure toi qu'Emma était habillée comme une traînée. Et cette façon qu'elle avait de se trémousser. A son age, elle devrait avoir honte...”
Mais Pablo n’écoutait plus. Tout d'abord, il se foutait éperdument de la tenue vestimentaire d'Emma mais plus que tout, il se réjouissait a l’idée de revoir Zia. Cela faisait près de trois ans qu'elle n’était pas revenue travailler sur le site de Xochitl. Des leur première rencontre, ils
s’étaient plu. Elle aimait son cote un peu rustre qui cachait un cœur en or. Quant a lui, il appréciait son élégance, sa beauté et son intelligence.
Après avoir avale sa bière d'un trait, il revint au bureau ou l'attendait son assistant, la gorge sèche:
“- Jésus! Excuse moi mais j'ai oublie ta bière. Je repars t'en chercher une.
– Laissez tomber. Ça va, je me contenterais d'un verre d'eau fraiche mais honnêtement, je n'avais jamais remarque que Pili vous faisait autant d'effet. Vous avez l'air tout chamboule.
– Tu te rappelles de mon amie française, Zia Diaz?
– Comment je pourrais l'oublier? Une belle brune avec de grands yeux noirs.
– C'est bien elle. D’après Pili, elle devrait revenir d'ici peu pour effectuer de nouvelles fouilles.
– C'est une bonne nouvelle. Il faut avouer qu'on s'ennuie ferme. Il ne se passe jamais rien par ici. “

Au même moment, Zia sortait de la salle de bains, une serviette en éponge enroulée autour de son corps. Le cauchemar lui avait laisse un mauvais gout dans la bouche. Elle décida de ne plus y penser et se dirigea vers la grande baie vitrée pour admirer la ville immense. Elle lui
faisait penser a une énorme pieuvre qui aurait déployé ses tentacules au fur et a mesure de ses besoins. La circulation était dense et en souriant, elle songea qu'elle ne se ferait jamais aux taxis mexicains. Aucun chauffeur ne respectait le code de la route. Lors de son premier séjour,
lorsqu'elle avait demande au conducteur pourquoi il brulait les feux rouges, il lui avait répondu que si il s’arrêtait, il ne redémarrerait probablement pas car personne ne le laisserait passer! Un peu plus détendue après une douche délicieusement fraiche, elle s'allongea sur les draps frais et se rappela la première fois qu'elle avait découvert ce pays. A peine sortie de l’aéroport, elle s’était sentie chez elle. Elle était née en France et pourtant, sans trop savoir expliquer pourquoi, elle se sentait plus Mexicaine que Française. D'au plus loin qu'elle se souvienne, elle avait toujours été fascinée par son histoire, sa culture, ses traditions, sa musique et même sa gastronomie. C’était cette attirance qui l'avait orientée vers sa profession. Son sac était ouvert sur le large fauteuil mais elle ne se sentait pas le courage de ranger ses
affaires. De plus, elle avait une faim de loup. Elle enfila rapidement un jean et un sweat a manches longues. Le Mexique avait beau être le pays du soleil, elle n'oubliait jamais de prévoir des vêtements plus chauds pour les quelques jours qu'elle restait dans la capitale qui se trouve a 2200 mètres d'altitude et ou il fait toujours plus frais quelque soit la période de l’année. A sa plus grande joie, le restaurant “El Campesino” existait toujours L'endroit, avec ses nappes a carreaux rouges et blancs était ravissant et les tacos, succulents. Les propriétaires la reconnurent aussitôt et avant qu'elle ait pu protester, ils l’installèrent a une table et, sans même avoir pris sa commande, Andreas, le Chef fila dans sa cuisine. Sa femme apporta une bouteille de vin :
“- Vous allez vous régaler. Il a invente de nouveaux plats dont vous nous direz des nouvelles.”
Après s’être rassasiée d'un délicieux guacamole agrémenté d’épices rares et de savoureux tacos a la viande de bœuf, Zia décida d'aller se promener a pied a travers le dédale de l'immense mégapole. Le plus proche étant le Paseo de la Reforma, elle s'engagea dans la grande avenue et s'amusa pendant quelque temps a faire du lèche vitrine dans les boutiques les plus prestigieuses mais elle se lassa assez vite. Ce n’était pas ce qui l'attirait le plus dans cette ville immense. Sans hésiter, elle décida de retourner visiter le Château de Chapultepec.
Situe au sud-ouest, il abritait le Musée National Historique et dans son parc, le Musée National d'Anthropologie et le Musée d'Art Moderne. Cette fois, elle opta pour le métro, ne voulant pas risquer sa vie une fois de plus avec ces maudits taxis. Après avoir admire pendant des heures tous ces trésors du passe, elle éprouva le besoin de retrouver une atmosphère plus actuelle et elle avait déjà une idée bien précise de l'endroit idéal ou elle aimerait terminer sa journée : Coyoacan. Après une bonne heure de métro, elle déboucha enfin dans ce joli petit quartier dont le nom signifie “lieu des Coyotes". C'est ici même que s’installa Cortes après avoir conquis “'Tenochtitlan” (l'actuelle Mexico) mais c'est surtout ici que vécut la célèbre peintre Frida Kahlo et c'est sa maison et celle de son non moins renomme époux, le peintre muraliste Diego Rivera, qu'elle s’apprêtait a aller visiter. Cette maison, appelée la “Maison bleue”convertie de nos jours en musée, conservait encore quelques unes des toiles uniques de la peintre. A l’intérieur, la salle a manger et la cuisine étaient restées intactes avec la vaisselle
typique mexicaine du couple et dans la chambre, on pouvait encore admirer les robes et les bijoux précolombiens que Frida n'avait eu de cesse de porter tout au long de sa vie, refusant avec obstination de se conformer a la mode vestimentaire moderne. On pouvait aussi y voir le
lit ou l'artiste, estropiée très jeune dans un accident d'autobus, exécuta la majeure partie de son œuvre. Lorsqu'elle sortit de la maison, la nuit était tombée et la température avait chute. Elle entra dans un petit restaurant pour déguster une tortilla (au Mexique, il s'agit d'une
crêpe de mais). Puis elle retourna a l’hôtel, épuisée mais heureuse. Comme toujours, cette incursion dans la vie mexicaine avait été un vrai bonheur Elle ne serait jamais déçue par ce pays fantastique. Elle en était sure. A peine couchée, elle s'endormit d'un sommeil lourd et
sans rêves.

A quelques centaines de kilomètres de la capitale, Pablo était couche a cote de Carmen mais il n'arrivait pas a dormir. Avec un sentiment de culpabilité, il pensait a Zia, a ses immenses yeux noirs aux longs cils recourbes, a sa taille fine et a son petit nez fin. Pourtant, même si il se
sentait attire par la jeune femme, il n'avait jamais trompe Carmen et ne le ferait probablement jamais. Non qu'il eut peur d'elle mais même si la passion s’était étiolée avec le temps, il éprouvait encore de la tendresse et du respect pour elle. Pendant le repas, il n'avait pas prononcé un mot et Carmen ne lui avait rien demande. Elle savait rester a sa place et
lorsqu'elle sentait que quelque chose n'allait pas, elle avait toujours patiemment attendu que son mari vienne a elle. Ce qui avait toujours été le cas. Jusqu’à ce qu'il rencontre Zia. Il ne lui avait pas parle du retour imminent de son amie. Peur de se trahir ou de la décevoir? Il ne savait pas trop. En revanche, il était conscient qu'il jouait un jeu hypocrite et il détestait ça. Il se tourna sur le cote et ferma les yeux. Dans l’obscurité, Carmen lui prit la main. Elle non plus ne dormait pas. Elle avait toujours été douée pour lire dans son esprit et ça avait toujours été un sujet de plaisanterie entre eux. Il fit mine de ne pas s'en apercevoir et attendit,
immobile, que la respiration de sa femme devienne régulière. Jamais, il ne s’était senti aussi lâche et minable.

                                             Chapitre deux
Ces quelques jours dans la capitale Mexicaine avaient été merveilleux. Ce fut l'occasion pour Zia de revoir César et quelques amis, pour la plupart guides touristiques ou employés de musées. Pendant quatre jours, elle avait joue les vacancières et en avait profite pour redécouvrir les endroits qu'elle aimait plus particulièrement comme les jardins flottants de Xochimilco, la Place Garibaldi le soir avec ses pittoresques Mariachis ou encore le Site de Teotihuacan avec ses deux Pyramides dédiées a la Lune et au Soleil a une quarantaine de kilomètres au nord-est de la capitale. Elle avait pris des centaines de photos. Elle adorait saisir des images car ça lui donnait l'impression d’arrêter le temps et de garder pour toujours les moments les plus précieux de sa vie. Malgré tout, elle brûlait de se remettre au travail et de partir pour le Yucatán. Elle passa sa dernière soirée en compagnie de César afin de mettre au
point leur prochain rendez-vous. César ne pourrait pas l'accompagner le lendemain comme prévu car il venait de signer un contrat avec une agence de voyages américaine.
“- Je déteste ces “Gringos”. Ils savent toujours tout sur tout et ne respectent rien. Ils se fichent pas mal des visites. Tout ce qui les intéresse, c'est se goinfrer au restaurant et sortir le soir en boite pour boire et draguer les filles. La dernière fois, il y en a un qui a vomi dans le bus. C’était dégoûtant.”
Zia lui prit doucement la main:
“- T'en fais pas. C'est juste pour deux jours. Et puis, ces “gringos” comme tu dis, ils ont au moins le gros avantage de dépenser beaucoup de petits billets verts. On se revoit bientôt.”
Une fois seule dans sa chambre, elle ouvrit le petit carnet d'Henri. Lorsqu'il n’était encore qu'un étudiant, il avait effectue quelques recherches a Xochitl et il avait note dans le détail tout le travail que lui et ses compagnons avaient effectue. Avant chaque voyage sur le Site, elle accomplissait comme un rituel immuable la lecture de ces notes.
Quand elle avait dit a son mari qu'elle avait choisi Xochitl comme lieu de travail pour ses recherches, il n'avait pas vraiment approuve son choix:
“- Ce n'est pas a proprement parler un Haut Lieu de la Civilisation Maya. Tu aurais pu choisir Chichen Itza ou Palenque.”
Elle concevait que ce n’était pas un endroit d'une grande renommée mais la majorité de ses confrères travaillaient déjà sur ces sites et de plus, ils étaient trop visites pour qu'elle puisse y être tranquille. Elle n'avait pas change d'avis et ne le regrettait pas. Elle avait déjà mis a jour de magnifiques bas-reliefs représentant des soldats Toltèques en train de chasser le jaguar et découvert l'emplacement du “Puits Sacre” qui, selon la croyance populaire, était la résidence des Dieux et ou des enfants pares de bijoux précieux y étaient sacrifies pour célébrer la
nouvelle année. Le départ était prévu pour le lendemain matin a huit heures. Elle avait déjà pris soin de réserver une petite voiture de location qui l'attendrait dans le parking de l’aéroport de Mérida. Sa première étape était le petit village de San Pedro ou elle rendrait
visite a son vieil ami Pablo Ribera. Elle gardait de lui un excellent souvenir, celui d'un homme droit, loyal et solide. Elle s'endormit en pensant que Madame Ribera avait bien de la chance.
Une fois les préparatifs termines, elle s'accorda une heure pour avaler un copieux petit-déjeuner au restaurant de l’hôtel. A cette heure matinale, il n'y avait que peu de monde dans la salle. Un couple, les yeux cernes, n’arrêtait pas de se dévorer des yeux et un homme seul, un
attache-case pose près de lui, lisait les cours de la bourse. Lorsqu'une famille avec quatre enfants tapageurs fit son entrée, elle se leva, satisfaite d'avoir termine. Elle régla sa note et prit la direction du parking souterrain de l’hôtel. La veille, un taxi avait failli la tuer et elle
avait préféré louer un gros 4X4 mais une fois au volant, elle s'aperçut que ses mains tremblaient. En fait, elle avait une peur bleue. Ce n’était pas qu'elle conduisait mal, bien au contraire, mais il lui faudrait manœuvrer un bon moment avant de sortir du centre ville et ça
n'allait pas être une partie de plaisir, car malheureusement pour elle, elle respectait le code de la route... Comme elle s'y attendait, le trafic était déjà très dense et ce fut une véritable torture de se faufiler parmi les centaines de voitures qui roulaient déjà sur le périphérique.
Lorsqu'elle arriva en vue de l’aéroport, elle soupira de soulagement et appuya sur l’accélérateur. L'avion étant arrive a l'heure, elle s'accorda un petit détour par la ville de Mérida, capitale du Yucatán. Surnommée “la ville blanche”, cette ville coloniale fut fondée en 1542 par Francisco de Montejo sur les ruines d'un ancien village Maya. A présent, c’était une
ville industrielle et universitaire en plein essor. Mais elle avait surtout trouve un second souffle grâce au tourisme en devenant la principale porte d’accès d'Uxmal et de Chichen Itza, les deux plus célèbres lieux de la culture Maya. On était jeudi et c’était le jour du marche, un des
plus réputés du pays. Zia gara sa voiture dans un quartier retire et continua a pied jusqu'au centre ville. Les étals étaient nombreux et le marche couvrait plus de deux kilomètres. Ce fut une féerie d'odeurs et de couleurs. Des étalages de légumes et de fruits colores jouxtaient des
présentoirs ou étaient jetés pêle-mêle des chapeaux en fibre de sisal, des “guayaberas”, sortes de longues chemises pour hommes ou encore les traditionnelles robes blanches brodées de fleurs rouges, typiques de la péninsule. Un homme édenté et sans age interpella Zia pour lui
vendre un hamac totalement tisse a la main. Elle refusa poliment mais elle opta pour un long plaid colore. Elle avait redécoré son appartement dans le plus pur style mexicain avec du rouge, du jaune et du bleu électrique comme couleurs dominantes. Le plaid serait sans nul
doute idéal pour recouvrir son vieux fauteuil favori dans le salon.
Elle reprit la route deux heures plus tard. Elle ralentit son allure car elle appréciait les paysages qui défilaient devant elle. Elle venait de dépasser d'immenses forets et maintenant, elle traversait une région sauvage et peu fréquentée. A perte de vue, s’étiraient des champs de
sisal qui déployaient le gris-vert de leurs feuilles tranchantes. Elle reconnut ce décor et son cœur se mit a battre plus fort. Dans quelques minutes, elle serait a San Pedro.

Pablo était d'humeur morose quand il entra dans le bureau. Il faisait encore très chaud mais ce n’était pas l’atmosphère étouffante qui était a l'origine de son agacement. Ce matin, avant de partir, il s’était dispute avec Carmen au sujet de leur fils cadet Beto. Age de seize ans, il
accumulait les bêtises et la nuit dernière, il avait découché. Quand il avait franchi le pas de la porte, ses vêtements empestaient la fumée de cigarettes et a son sourire idiot, il était évident qu'il avait bu. Mais il avait farouchement refuse de dire ou il avait passe la nuit. Il s'en était
suivi une sévère dispute et Carmen l'avait accuse d’être trop laxiste. Bref, pour couper court a une altercation qui menaçait d’être longue et pénible, il avait préféré venir plus tôt au bureau. Il aurait tout le loisir d'interroger son fils ce soir quand il aurait dessoûlé.
Diego n’était pas encore arrive. Il se prépara un café brûlant et se posta devant la fenêtre. Il faisait encore nuit et c'est a peine si il distinguait les contours du bar de Pili. Il se souvint des premières années avec Carmen. Ils se connaissaient depuis l'enfance mais a l'adolescence, elle était devenue une magnifique jeune femme dont il était éperdument tombe amoureux. Pourtant, après dix-huit ans de mariage, il semblait ne plus rien subsister de cette passion qui les avait conduits tous les deux devant le maire et a l’église. Hier soir, son sentiment de culpabilité lui avait fait croire qu'elle était et resterait la femme de sa vie mais la
querelle de ce matin remettait tout en question. Il lui en voulait d'avoir mis son autorité parentale en défaut. Quant a ses filles, Ines, Irma et Emma, âgées de huit, onze et douze ans, c’étaient de vrais petits anges. Beto, depuis deux ans qu'il était entre dans l'age bête, ne leur causait que des désagréments. L’année dernière, il avait failli mettre le feu a son école et récemment, il s’était battu avec Emilio, le fils de son ami Benito, parce qu'il avait traite Carmen de “grosse vache”. Jusqu’à maintenant, il ne s'agissait que de jeux d'adolescents stupides sans graves conséquences mais ce qui s’était passe la nuit dernière l’inquiétait. D'autant plus qu'il n'avait pas dormi et n'avait rien entendu. Il avait une petite idée de l'endroit ou Beto et ses amis avaient passe la nuit et il se promit de régler le problème le soir même.
Il sortit de ses réflexions lorsque Diego fit son entrée. Comme tous les jours, il salua son chef avec un large sourire. Si il remarqua quelque chose, il eut la décence de ne pas le montrer. En face, Pili ouvrait le bar. Elle était insomniaque et tous les jours de l’année, immuablement, elle
était derrière son comptoir des huit heures. Diego allait faire du café frais mais Pablo l’arrêta:
“- Viens, on va le boire en face. C'est moi qui invite.”
Les deux ivrognes étaient rentres chez eux et mis a part un peu de paperasse, ils ne seraient sûrement pas submerges de travail. La journée menaçait d’être encore torride et il avait besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un. Il ne voulait pas que son assistant subisse sa
mauvaise humeur. Par contre, Pili serait la personne idéale. Le vieux Demetrio était déjà la, un verre de whisky devant lui. Il était déjà age quand Pablo était ne et lui-même ne connaissait pas avec exactitude la date de sa naissance. Toujours alerte et de bonne humeur, il ne manquait jamais de sourire aux gens qu'il croisait pour exhiber sa
seule et unique dent dont il était particulièrement fier. Il buvait son scotch tous les matins et n'avait jamais vu un médecin de toute sa vie. Le reste de sa famille avait déménagé a Oaxaca et lui avait propose de l’emmener mais il avait toujours refuse de quitter San Pedro. Les
femmes du village se relayaient pour s'occuper de sa maison et lui faire la cuisine. C’était un homme simple et heureux et Pablo fut soulage de le voir. Mais ce fut un réconfort de courte durée. Ils n’étaient pas encore assis que Pili attaqua:
“ - Elena, elle s'est fait teindre en blonde. Une horreur. Elle était déjà moche avant mais la, en plus, elle fait vulgaire. Tu devrais l'enfermer pour éviter a ces pauvres enfants de voir ça.
– Et pourquoi pas? Ça fait un peu de changement. Je trouve que c'est plutôt une bonne idée. Et puis, je lui trouve un certain charme moi a Elena.”
La veuve resta sans voix. Pablo avait toujours été le seul a écouter ses doléances sans la contredire. Le premier moment de stupeur passe, elle reprit, piquée au vif:
“- Je vois. C'est bien ce que je pensais. Tu n'es pas assez autoritaire. C'est pour ça que tout le monde n'en fait qu'a sa tête.”
Pablo ne répondit pas et sans un mot, fit demi-tour et sortit. Pili lança le torchon avec rage tout en continuant a maugréer. Demetrio se tourna vers un Diego ahuri et lui prit le bras:
“- Prends quelque chose pour moi. Il a besoin d’être seul.”
Pablo en avait assez. Il se sentait perdu et il ne voulait voir personne. Il était reconnaissant a Diego de ne pas l'avoir suivi mais tôt ou tard, même si il n'avait pas a se justifier, il savait qu'il serait de son devoir de lui fournir une explication pour ne pas être reste de permanence. Il
laissa une note sur la table de son second puis monta dans sa voiture. Au bout de dix minutes, il se rendit compte qu'inconsciemment, il avait pris la route de Xochitl. Le seul endroit ou il serait en paix, le seul endroit qui le rapprochait de Zia.

Lorsque Zia arriva a San Pedro, il était presque treize heures. La première chose qu'elle fit, après avoir gare sa voiture devant le poste de police, fut de retirer son chandail. Puis elle vérifia son reflet dans un petit miroir de poche. Lorsqu'elle sortit de la voiture, elle apprécia la
brûlure du soleil sur ses joues. Elle adorait la chaleur et resta un moment le visage levé vers le ciel.
“- Hola, lança-t-elle d'une voix joyeuse quand elle entra dans le petit bureau. Mais l'endroit était désert. C’était bizarre mais bientôt, le bruit d'une chasse d'eau se fit entendre et le jeune inspecteur Ortiz sortit des toilettes. Il parut d'abord gêné mais quand il la reconnut, son visage s’éclaira:
“- Señorita Diaz. C'est un plaisir de vous revoir mais on ne vous attendait pas de sitôt.
– Diego. Moi aussi je suis heureuse de vous voir. Mais dites-moi, qui vous a prévenu de mon arrivée?
– Oh vous savez. Les potins vont vite dans un village comme le notre.
Zia sourit: “ Pili bien sur. Moi qui comptait vous faire la surprise.
“- Mais asseyez-vous. Vous voulez boire quelque chose?
- Bien volontiers. Je prendrais bien un grand verre d'eau avec des glaçons. Mais dites-moi, Pablo n'est pas la? On a attaque une banque ou quoi?
– Même pas mais il faut que je vous prévienne que le grand boss n'est pas a prendre avec des pincettes. Il ne supporte pas la chaleur et depuis ce matin il est plutôt de mauvais poil. J’espère que votre présence lui fera du bien.
– Ou est-il? J'aimerais quand même le voir avant de partir pour Xochitl.
– Je pense qu'il ne devrait pas tarder mais en vérité, je ne sais pas du tout ou il est. Nous étions chez Pili tôt ce matin et il est sorti du bar en colère. Je l'ai vu monter dans sa voiture et depuis je ne l'ai pas revu.
– Ça me laisse le temps de déposer mes affaires et de me rafraîchir. Je repasserais un peu plus tard. Diego, j'ai vraiment été heureuse de vous revoir.”
Lorsque Zia franchit la porte, Diego ne put s’empêcher d'admirer les courbes délicates de sa silhouette. Il se posta derrière la fenêtre et la regarda entrer dans le bar. Décidément, aujourd'hui ce n’était pas le jour de chance de Pili.
Lorsqu'elle vit Zia passer le pas de sa porte, Pili grimaça. Avec leurs mœurs dépravées et leur vulgarité insolente, ces Européennes représentaient un vrai danger, en particulier pour les hommes de ce village. Et cette satanée Française plus encore. La dernière fois qu'elle était venue a San Pedro, elle avait fait de sacres ravages. Déjà, les quelques clients sexagénaires qui sirotaient leur café parfume a la cannelle s’étaient retournes vers elle, l’œil brillant. Pili lâcha
son torchon et contourna le bar, l'air menaçant.
“- Qu'est-ce-que vous voulez?”
Zia décida d'ignorer son hostilité.
“- Bonjour Pili. Vous devez certainement vous souvenir de moi. Je suis Zia...
– Je sais très bien qui vous êtes. Qu'est-ce-que vous voulez?
– Et bien, je me souviens que vous serviez de délicieux rafraîchissements a base de citron vert. J'en goûterais un bien volontiers.”
La vieille resta un moment a la détailler de la tête aux pieds. En plus du regard dégoûte de la veuve, Zia pouvait sentir les œillades lubriques des quatre vieux sur le bas de ses reins. Pili semblait déguster ce moment avec délectation. Lorsqu'elle jugea que la “gringa” avait été
assez humiliée, elle retourna, victorieuse, derrière son bar et entreprit lentement de lui servir son verre. Zia prit place sur un haut tabouret près de la porte d’entrée tout en se félicitant de ne pas avoir eu la bonne idée de mettre une robe.
“- Je me demandais si vous aviez vu Pablo?
– Oui je l'ai vu. Qu'est-ce-que vous lui voulez?
– Et bien, c'est un ami et j'aimerais beaucoup le voir. Vous ne sauriez pas par hasard ou je pourrais le trouver?
– Non, par hasard, je ne sais pas ou le trouver.”
La citronnade était trop chaude et amère mais Zia l'avala d'un trait, régla sa note et sortit.
Malgré son petit-déjeuner copieux, elle avait faim mais il était hors de question qu'elle retourne chez Pili. Le mieux serait d'aller a l’épicerie acheter un “bocadillo” et de le manger a la pension Mayari.

Lorsque Pablo se réveilla, il sursauta. Son véhicule était gare sur un terre-plein a deux minutes de Xochitl. Lorsqu'il jeta un coup d’œil a sa montre, il fut effare de constater qu'il était plus de 14 heures. Diego devait se faire un sang d'encre. Il reprit la route en se maudissant et entra dans le village quinze minutes plus tard. Après avoir claque la portière, il s’arrêta net. Ce rire, cette voix doublée d'un délicieux accent exotique, il l'aurait reconnue entre mille. Zia! Elle était a l’intérieur avec Diego. Il resta un moment tétanisé devant la porte a regarder ses grosses mains qui tremblaient et s'offrit le luxe d'une cigarette pour calmer ses nerfs. Le mégot a moitie termine, il respira un grand coup et entra enfin dans la pièce. Elle était assise autour d'une petite table basse pliante aménagée a l’occasion en table de jeux et faisait face a un Diego heureux et détendu. Ils avaient entrepris une partie de “chichon" et son amie riait comme une gamine, dévoilant des dents blanches et régulières. Des qu‘elle le vit, elle se leva et se jeta spontanément dans ses bras. Le contact de sa peau et la fragrance particulière de son parfum ravivèrent de vieux souvenirs. Il la repoussa légèrement pour voir
son visage. Elle lui sembla encore plus belle que la dernière fois qu'ils s’étaient vus et il se rendit compte a quel point elle lui avait manque.
"- Pablo, enfin vous êtes la. Pendant un moment, j'ai cru que vous étiez parti parce que vous ne vouliez pas me voir:
- Chère Zia. Je suis le plus heureux des hommes et d'ailleurs comment pourrait-il en être autrement?
Diego s’était levé, l'air penaud. La présence de Zia lui avait complètement fait oublier la longue absence de son patron. Il tenta lamentablement de rattraper le coup:
“- Pablo, ou etiez-vous passe? On s'est vraiment fait du mauvais sang.
- Je vois ça. J' espère quand même que la prochaine fois tu auras la présence d'esprit de prendre ta voiture et de partir a ma recherche au lieu de jouer aux cartes.”
Zia éclata de rire et attrapa Pablo par la taille:
"- Allez Pablo, ne soyez pas trop dur. J 'ai monopolise Diego depuis que je suis arrivée et vous savez très bien a quel point je peux être envahissante. Et le plus important, c'est que vous soyez la. J 'ai ramène un petit vin de Mérida pour fêter nos retrouvailles."
Mais malgré le bon vin et la présence de son amie, Pablo n’était pas complètement satisfait. Il regrettait d’être parti pendant des heures le jour même de son arrivée. Il s'en serait voulu encore plus si il avait su qu'a seulement deux kilomètres de l'endroit ou il s’était endormi, le
cadavre de la jeune Lucia Morales commençait a se décomposer.

                                           Chapitre trois
Lutherio Morales ne se rappelait pas avoir dormi depuis bien longtemps. Les traits tires, il était assis dans un grand fauteuil en cuir devant son bureau. Il avait un tas de rapports a rédiger mais il n'arrivait pas a se concentrer. Il perdait un temps précieux, il en avait conscience mais il ne pensait qu'a sa fille. Cela faisait maintenant près de vingt quatre heures que Lucia avait disparu et pas un coup de fil. Elle avait toujours été une enfant fantasque et il lui était déjà arrive plusieurs fois déjà de découcher mais elle l'appelait toujours pour lui dire ou elle était, même si la plupart du temps, il s'agissait de gros mensonges. Depuis la mort de sa mère Dorotha, décédée d'un cancer deux ans plus tôt, Lucia s’était rapprochée de son père. Cette fois-ci, il se passait quelque chose de grave. Il le sentait au plus profond de son cœur.
Quand il s’était présenté au bureau de la police de Mérida, la veille, le commissaire en chef l'avait lui-même reçu mais il n'avait rien entrepris de vraiment concret pour retrouver sa fille. Il lui avait explique qu'a dix-huit ans, beaucoup de jeunes fuguaient et ce, pour diverses
raisons. Certains voulaient fuir l’autorité parentale, d'autres connaissaient leur premier amour et s’échappaient pour vivre une passion qui ne durerait que peu de temps. En bref, le gros policier lui avait conseille de rentrer chez lui et de ne pas s’inquiéter. Le Sénateur écouta en silence et il ne voulait pas abuser de son statut politique et médiatique pour obtenir gain de cause. Aussi, insista-t-il comme l'aurait fait n'importe quel père:
"- Écoutez commissaire, je connais ma fille et je suis certain qu'elle n'a pas fugue. Lucia voue une véritable passion aux vêtements, a la mode et au maquillage. Or, quand je suis rentre hier soir dans sa chambre, sa garde-robe était intacte et son maquillage était reste sur la coiffeuse.
Si elle avait décidé de quitter la maison, la première chose qu'elle aurait fait, c'est sa valise avec ses robes, ses chaussures et ses fards a paupières."
L'imposant commissaire Delgado était sur des charbons ardents. Il ne savait comment exposer la situation sans risquer de froisser le prochain candidat aux élections présidentielles. Jusqu’à présent, Morales s’était montre patient et courtois mais il commençait a montrer des signes
d’exaspération:
“- Monsieur le Sénateur, je comprends tout a fait votre inquiétude mais les jeunes changent si vite a cet age la. Peut-être a-t-elle décidé que c’était superflu et qu'elle aurait toujours l'occasion de s'acheter de nouveaux vêtements. Peut-être aussi cela ne fait-il plus partie de ses
priorités.”
Les mains délicates du Sénateur s’étaient mises légèrement a trembler et sa mâchoire carrée était crispée. Son visage semblait calme mais l' intonation de sa voix se fit légèrement menaçante:
“- J'ai aussi vérifié la petite boite ou elle garde son argent de poche. Tout est la. Alors que comptez-vous faire concrètement?”
Le gros policier soupira. La procédure normale voulait qu'on attende quarante-huit heures pour entamer des recherches mais en l’occurrence, il ne s'agissait pas d'une situation normale. Il prit un formulaire dans le second tiroir et un stylo:
“- Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois?
– Hier soir. Nous avons dîné ensemble et vers 22h, je l'ai moi-même accompagnée chez son amie Laeticia Garcia qui habite le quartier de Santiago. Ça lui arrive assez fréquemment d'aller dormir chez elle. Elles devaient ensuite partir toutes les deux au lycée. Lucia finit ses cours a 15h. Mais lorsque mon chauffeur est allé la chercher, elle
n’était pas la. J'ai bien entendu téléphoné a Laeticia. Elle se souvient l'avoir quittée aux environs de 8h dans la cour du lycée. Après ça, plus rien.
– Mais vous m'aviez bien dit qu'elles étaient dans la même classe ?
– Pour les cours généraux oui. Mais ce matin, la première heure était consacrée aux langues étrangères. Laeticia était en cours d'Anglais. Quant a Lucia, je lui avais conseille d'apprendre plutôt le Français. J'ai appelé tous ses professeurs. Personne ne l'a vue aujourd'hui au lycée”.
“- Hormis son amie Laeticia” nota Delgado. Il avait eu trois filles et il savait par expérience que les meilleures amies de ses filles étaient le plus souvent de parfaits alibis.
Morales avait sorti une photo de son portefeuille et l'avait posée sur le bureau. Une jeune fille ravissante souriait devant l'objectif avec le charme naturel propre a sa jeunesse et a son insouciance. En arrière-plan, Delgado crut reconnaître les Pyramides de Chichen Itza.
“- Cette photo date de trois mois. Nous étions partis un week-end rien que tous les deux. “
Le commissaire glissa la photo dans une chemise cartonnée. Des que le Sénateur aurait quitte son bureau, il lancerait officiellement un avis de recherches sur la personne de Lucia Morales mais en attendant, il se voulait rassurant:
“- Je dirais que pour l'instant, la situation n'est pas alarmante. Rentrez chez vous. Je vous promets que nous allons tout mettre en œuvre pour vous ramener votre fille au plus vite.”
Lorsque le Sénateur fut parti, Degado reprit le formulaire et y agrafa la photo de Lucia. Pendant tout l'entretien, il était reste optimiste. Ce ne serait pas la première gamine qui sèche ses cours ou qui fait une fugue. Pourtant, a présent, il ne se sentait pas aussi sur de lui. Cette
histoire avec son amie ne lui plaisait pas. Il décida de passer a la vitesse supérieure et convoqua ses hommes dans la salle de réunion.

Lutherio Morales était revenu dans son immense demeure située a dix kilomètres de Mérida, plus désespéré et impuissant que jamais. Il avait file directement dans la chambre de sa fille mais rien n'avait change et elle n’était toujours pas la. Il s’arrêta un moment devant un cadre
qui la représentait a l'age de onze ans dans les bras de Dorotha et se mit a pleurer. Un bruit soudain dans la chambre a cote le ramena brutalement a la réalité. Angela! Il essuya ses larmes et descendit rapidement dans son bureau ou il s'enferma a clé. Il se versa une grande
rasade de bourbon, l'avala d'une traite et se resservit.

Comme tous les lundis, César Cavalcaba se leva de très bonne heure. Après avoir pris une douche froide, il enfila un jean, son tee-shirt rouge porte-bonheur et une paire de tennis.
C'était une sorte de rituel qu'il s’était impose chaque lundi avant d'aller chercher le nouveau groupe de touristes qu'il accompagnerait pendant trois jours. Avant de partir, il lança un dernier coup d’œil a la brochure explicative de l'Agence “Maravilloso Mexico” pour laquelle
il travaillait depuis deux ans. Il était prévu qu’il récupère une dizaine d'Anglais devant le bureau de l'agence a huit heures. De la, un bus, conduit par son fidèle compagnon Roberto les emmènerait sur le site de Xochitl . Il y avait cent vingt kilomètres a parcourir, ce qui lui
laissait aisément le temps de leur expliquer ce qu’ils allaient visiter, combien ils devraient payer pour prendre des photos et a quelle heure était prévu le déjeuner.
Depuis qu'il exerçait ce boulot, César était sur d‘une chose. Peu importait la nationalité des touristes ou l'endroit qu'ils visitaient, l'heure du déjeuner était toujours leur préoccupation la plus importante. Irrite au début, il avait fini par accepter cet état de fait et prenait soin a
chaque sortie de réserver le restaurant le plus proche.
Mais aujourd'hui, il se félicitait de deux choses. La première était qu'il aimait plus particulièrement travailler avec des Anglais car ils laissaient de très gros pourboires. La seconde était qu'il allait pouvoir retrouver son amie Zia sur le site de Xochitl.
En très peu de temps, il s'était forge une solide réputation dans son domaine. Les cultures Mayas et Aztèques n'ayant pas de secrets pour lui et il était de plus en plus en plus sollicite par de grands tours opérators qui l'envoyaient le plus souvent sur des sites connus comme Uxmal
ou Chichen Itza. De plus, c'était un conteur remarquable et les groupes qui avaient loue ses services se souvenaient encore des mythes et légendes qui se rattachaient a ces Civilisations.
A huit heures pile, il faisait connaissance avec ses nouveaux compagnons de route. Tandis qu'ils les comptait pendant qu'ils montaient dans le car, il remarqua que quelques femmes d'un certain age et non accompagnées n'étaient pas insensibles a son charme. Il avait un cote séducteur qui ne lui déplaisait pas surtout si cela contribuait a gonfler ses pourboires. Une fois tout le monde installe, il prit place sur le siège a cote de Roberto et manipula le micro pour
s'assurer qu'il fonctionnait correctement.
"- Bonjour, je m'appelle César et je serais votre guide pour les trois jours a venir. Pour nous conduire un peu partout dans le Yucatán, je vous pressente votre chauffeur Roberto. Voici le programme de notre journée. Tout d'abord, nous allons nous rendre dans un des hauts-lieux
de la culture Maya, le site archéologique de Xochitl qui se trouve a deux heures d'ici environ. Sur place, je vous ferais mieux connaître les Pyramides et les différents temples qui composent cet endroit magique. La visite durera deux heures. Puis nous nous arrêterons dans un
restaurant typiquement mexicain ou vous goûterez les meilleurs tacos a la viande de la région. Pour les plus téméraires, il y aura aussi des sauterelles grillées au menu. Vers quinze heures, nous reprendrons la route pour Mérida et nous vous déposerons devant le Sheraton ou vous
aurez tout le temps de vous reposer avant le spectacle de danse folklorique qui vous sera propose a vingt et une heure dans la grande salle de spectacle de l’hôtel. Si vous avez des questions, n’hésitez pas. Je suis la pour ça."
Après avoir répondu a quelques questions d'ordre pratique, l'autobus démarra. Une fois le trafic redevenu calme, César se leva et reprit son micro:
"- Maintenant, je vais vous raconter la terrible histoire selon laquelle depuis des siècles, plane sur le Site de Xochitl une redoutable malédiction. En effet, l'un des temples que nous allons visite a été érigé en l'honneur du Dieu des Ténèbres Hatloc et la légende veut que ce Dieu
cruel et sanguinaire tue toute personne qui ose pénétrer sur le Site a la nuit tombée...

Zia se réveilla tôt a cause du soleil. Elle s’étira comme une chatte et se replongea avec délices dans les draps frais. Mais au bout de cinq minutes, sa mauvaise conscience l'obligea a se lever.
Elle aurait du déjà se trouver au travail mais la veille, toute a la joie d'avoir retrouve son ami, elle avait décide de rester un peu plus a San Pedro. De plus, elle adorait la pension de famille Mayari. C’était une petite maison d'un étage construite en carre autour d'un patio
fleuri et ombrage. Il n’y avait que quatre chambres, chacune équipée d'une petite salle de douche. C’était propre, coquet et typique du Yucatán. Sur les murs étaient accrochées des représentations de la vie quotidienne des Mayas a l’époque de leur apogée.
Zia s'extirpa du lit avec une grimace et la douche glacée finit de la réveiller complètement. Après avoir enfile un survêtement gris clair elle descendit dans la salle a manger. La maîtresse de maison était déjà levée et une délicieuse odeur de café frais flottait dans l'air.
"- Hola señorita Zia. Bien dormi j’espère. Je savais que vous deviez partir tôt alors je vous ai déjà prépare votre petit-déjeuner. Un grand café bien noir, un jus de papaye presse et je vous recommande mes sables faits maison.”
A peine sortie de la maison, Zia regretta d'avoir choisi de porter un survêtement. Il faisait une chaleur insupportable et de grosses perles de sueur perlaient sur son front et collaient ses mèches rebelles sur ses tempes. Elle se dirigea vers le bureau de police et constata avec joie
que Pablo était déjà la. Il avait les traits tires et paraissait préoccupé mais son visage s’éclaira lorsqu'il la vit:
" Bonjour Zia. Je constate que vous êtes toujours aussi matinale. Vous prendrez bien un café? Je viens tout juste de le faire.
- Bonjour Pablo. Volontiers. Je me sens en pleine forme pour affronter ma première journée de boulot et vous?
Depuis leur première rencontre, ils se vouvoyaient. Elle pressentait que si un jour ce n’était plus le cas, ils briseraient la frontière qui ne ferait plus d'eux de simples amis mais entraînerait leur relation dans une voie sans issue. Elle ne pouvait nier le fait que Pablo lui plaisait et elle savait que c’était réciproque mais il était marie et elle n’était que de passage.
Selon un accord tacite et inavoué, ils se contentaient tout simplement d’être heureux quand ils étaient ensemble.
"- Vous ne pouvez vraiment pas rester quelques jours de plus parmi nous? Vous savez, ça fait des siècles que Xochitl existe. Il peut bien encore attendre quelques jours.
- Non Pablo, il faut vraiment que je parte ce matin mais je vous promets que je resterais ici quelques jours lorsque j'aurais fini mes recherches avant de regagner Paris. Et puis, si je vous manque trop, vous pouvez toujours venir me rendre visite sur mon lieu de travail."
Au moment même ou les mots sortaient de sa bouche, elle sut qu'elle était allée trop loin. D'un naturel spontané, il lui arrivait trop souvent de laisser parler ses émotions sans réfléchir aux conséquences. Elle n'avait plus qu'a espérer qu'il n'ait pas relevé le sous-entendu.
"- C'est d'accord. Des que la délinquance aura diminue de moitie et lorsque j'aurais démantelé le trafic d'armes, je passerais vous voir."
Elle sourit. C’était aussi une des raisons pour lesquelles il lui plaisait. Il savait comment elle fonctionnait et, mieux que quiconque savait comment s'y prendre avec elle. Elle finit rapidement son café et se prépara a a partir. Il s'approcha d'elle et la serra très fort contre lui.
Il aimait tellement la douceur de sa peau et l'odeur de ses cheveux. D'abord réticente, Zia se laissa peu a peu envahir par le sentiment de bien-être que lui offraient les bras puissants de son ami. Il fut le premier a se détacher d'elle.
"- Bonne chance et revenez-nous vite avec plein de nouveaux trésors."
Une dernière fois, elle vérifia qu'elle avait tout son matériel dans le coffre et se mit au volant de la voiture de location et prit le chemin de Xochitl. Dans une demi-heure, elle serait dans son élément et ne penserait plus a lui.

Quand ils arrivèrent a destination, le parking était dessert. Xochitl n’était pas un Site très connu et César se félicita d’être seul avec son groupe. C’était une vraie plaie d'essayer d'expliquer la magie des monuments lorsque des centaines de personnes de langue différente
s'agitaient et criaient autour de vous. Il fit descendre un a un les touristes en les recomptant. C’était devenu un automatisme depuis le jour ou, sur le Zocalo de Mexico, il avait failli perdre une octogénaire qui s’était éloignée du groupe.
Après avoir sommairement explique la configuration du site, il se mit en route vers la Grande Pyramide, suivi consciencieusement par les vacanciers. Il commençait toujours l’itinéraire par cet élément central de la cite avant de continuer par le terrain de Jeu de Balle.
La Pyramide, haute d'une vingtaine de mètres élevait ses sept gradins sur quarante-cinq mètres de cote. Quatre escaliers convergeaient vers le "Temple des Guerriers" qui domine toute la cite. Alors qu'il arrivait juste en bas du monument, César buta contre une masse informe. A première vue, il ne s'agissait que d'une vieille couverture sale. Le jeune guide jura
entre ses dents. Ce n’était pas la première fois qu'il rencontrait ce genre de détritus sur le site. Peu fréquenté, il servait souvent de lieu de rencontre pour des amours caches. Une fois, il y avait même découvert des préservatifs usages. Ecoeure, il se pencha pour la soulever et
brusquement recula d'un pas en apercevant deux jambes nues. Il laissa retomber le linge sale et porta instinctivement sa main devant la bouche pour contenir la nausée qui lui montait aux lèvres. Le petit groupe derrière lui commençait a s'impatienter et a manifester des signes
alarmants de curiosité. Il ferma les yeux et respira très fort en essayant de reprendre ses esprits. Il fallait éviter a tout prix que les Anglais assistent a ce spectacle. Il se tourna vers eux en adoptant le comportement le plus naturel possible au vu des circonstances:
"- Mesdames, Messieurs, je suis vraiment désolé mais j'ai fait une erreur stupide et impardonnable. J'avais complètement oublie que le Site est actuellement en rénovation, donc impraticable et dangereux. Il nous sera donc impossible de le visiter aujourd'hui. Si vous voulez bien retourner a l'autobus. J'arrive dans un petit moment."
Il dut essuyer les protestations habituelles du client mécontent mais a son grand soulagement, le petit groupe s’éloigna peu a peu de l'endroit du drame. Reste seul, il s'abaissa de nouveau et découvrit le visage d'un cadavre. Il s'agissait d'une très jeune fille. Les yeux fixes et la bouche
encore ouverte sur un cri reste muet, elle lui semblait encore terrorisée. Le visage lui était familier mais il n'aurait su dire ou il l'avait déjà vue. Elle paraissait complètement nue et la première l’idée qui lui traversa l'esprit était qu'elle avait été violée mais quand il abaissa
complètement la couverture, il ne put réprimer un cri d'horreur.

© Conselia 2009

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