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Isabelle Donnat

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Lina et la Sphère,
un texte de :

Chapitre 1: Lina


Une jeune femme est assise sur un banc devant la baie vitrée du plus grand bâtiment de la
sphère. Il fait vingt cinq degrés comme tout les jours, température idéale pour le corps humain. Elle
est vêtue d’un voilage blanc sur le buste et d’un short blanc. Elle porte une ceinture blanche à la
taille constituée de plusieurs pochettes et aux pieds, des sandales en lanières blanches. Elle a un
visage rond, de petits yeux marrons et des cheveux châtains clairs coupés très courts, les cheveux
longs étant interdit. Elle mesure un mètre soixante dix et a un corps ferme et bien proportionné. Sa
peau est très blanche. Elle a vingt huit annuités.
Elle attendait quelqu’un avec impatience devant le bâtiment des autorisations. C’était une
tour vitrée mais opaque qui la surplombait. Elle patientait sur ce banc blanc. Différents écrans
virtuels étaient disposés devant et autour d’elle en l’air et annonçaient les nouvelles de la journée.
L’air est doux, cela ne sent rien, tout est normal. Aucune incidence à déclarer. Toujours cette voix
suave et féminine, ces différentes images montrant le bonheur parfait des citoyens de la Sphère.
La Sphère se répandait devant elle avec ses rues animées par les habitants se rendant à leur
travail journalier, certains à pieds, d’autres par l’intermédiaire des wagons. Les rues étaient toutes
de la même largeur et parallèles. De là où elle se trouvait, elle voyait un quadrillage parfait. Il n’y
avait que des bâtiments de travail dans ces rues: Préparations des boissons, confection des
vêtements, des chaussures, confections de pilules de nourriture, supervision de la sécurité de la
sphère, le bâtiment de l’information, de là partait toutes les informations diffusées sur les écrans.
Tout les bâtiments se ressemblaient, ils avaient le même nombre d’étage, soit cinq. Les seules
exceptions concernaient le bâtiment d’autorisation qui faisait deux kilomètres de haut et devant
lequel elle attendait; et l’hôpital qui faisait un kilomètre de haut.
Elle l’apercevait au loin, et il lui paraissait tout petit. Lina devait s’y rendre obligatoirement deux
fois par an pour des examens de routine. Elle ne connaissait que le rez de chaussée. Elle appréciait
ces examens, elle savait qu’elle dormirait quelques heures et se sentirait en forme après. Elle avait
l’impression d’avoir droit à deux jours de tranquillité dans l’année. Les autres jours étaient
identiques, le travail, le travail, le travail. Elle savait qu’il y avait un étage consacré à la conception
et à la naissance de citoyens, cela l’intriguait toujours autant. Elle n’avait jamais vu de bébé. Elle
n’avait jamais été acceptée dans cet endroit. Un service était consacré à la recherche de
médicament pour traiter les maladies. Mais elle n’avait jamais vu de malade. Si un citoyen avait un
problème, il était isolé à l’hôpital et s’il était guéri il revenait, s’il n’était pas guéri, jamais il ne le
revoyait. Jamais elle n’avait connu de malade. Par contre quand il y avait des accidents, c’était le
premier étage. Une fois, elle s’était cassé le bras quand elle était jeune, elle était allée dans ce
service et son bras avait été réparé rapidement. Elle avait du rester seule dans cette chambre jusqu’à
ce que son bras soit solidifié, cela avait prit de longues heures et ensuite elle avait pu regagner ses
cours. Elle ne connaissait pas exactement les autres étages.
La sphère faisait quatre cents kilomètres de long sur deux cent kilomètres de large au point
le plus long. De là où elle se trouvait, elle avait une certaine vue d’ensemble. Elle connaissait cela
par coeur. Elle arrivait aussi à entrevoir un des complexes de sport comprenant les terrains de
courses, les piscines, les tennis, les salles d‘entretien physique où les citoyens devaient effectuer les
mêmes gestes répétitifs pendant de longues minutes. L’entretien physique était important. Tout les
matins chaque citoyen devait effectuer les gestes d’étirements et de souffles estimés nécessaire au
commencement d’une bonne journée. Ensuite, chaque citoyen pouvait aller au centre de sport pour
se dépenser. Chaque citoyen s’y rendait au moins 4 fois par semaine. Les écrans le leur rappelaient
sans arrêt. Ils devaient faire de l’exercice physique. C’était indispensable. Si le minimum des quatre
séances n’était pas effectué, le citoyen était convoqué pour donner des explications. Il était remis
dans le droit chemin, il devait faire de l’exercice physique. Lina n’avait jamais été convoquée, elle
adorait nager. Elle y allait dès qu’elle pouvait. Cela lui faisait un bien fou. Elle ressentait une
sensation de liberté qui la revigorait. Elle appréciait moins les autres sports. La course l’ennuyait.
Elle aimait moins le tennis, elle perdait tout le temps même s’il était répété sans arrêt que c’était un
jeu et qu’il ne fallait pas gagner.
Les habitants de la sphère logeaient dans des bâtiments communs autour du centre des
activités. Les bâtiments étaient mixtes et ils étaient affectés en fonction de leur âge et de leur
activité. Lina était professeur de sciences dans la seule école de la sphère depuis deux ans
maintenant. Elle avait demandé ce poste depuis des années. Mais il avait été très difficile d’y
accéder. Pourtant, elle tenait à être en contact avec les enfants, il n’y en avait jamais dans les rues.
Et elle avait voulu dès qu’elle avait quitté l’école, être en contact avec eux. Ils étaient si innocents,
si plein d’envie et si avide d’apprendre. Elle était contente de son nouvel emploi mais elle voulait
plus. Après le cursus obligatoire jusqu’à 17 ans, après divers tests d’aptitudes, ses capacités
intellectuelles avaient continué à être exploitées dans le milieu des sciences. Au début elle avait été
affectée au traitement de l’eau. Elle devait vérifier que cela n’était pas contaminé, que l‘eau était
bonne à consommer. Puis elle devait participer à la création de nouveaux goût pour les diverses
boissons crées par la sphère. Elle n’avait jamais trouvé cela très passionnant. Les goûts ne variaient
pas beaucoup, le peu d’innovations qu’elle avait proposées avaient été rejetées. Elle avait été mutée
du service de l’eau le jour où elle avait demandé d’où venait l’eau et pourquoi il fallait toujours
analyser son état. Elle n’avait pas obtenu de réponse. Elle avait été transférée au service des pilules
de nourriture. Elle analysait plus que ce qu’elle devait. Une fois, elle avait fait remarquer que
certaines pilules étaient défectueuses, qu’elles contenaient trop de stimulant ce qui faisait que prit
en grande quantité cela pouvait avoir de mauvaises conséquences sur la santé notamment une
accélération intense du coeur. Son travail était rébarbatif. Elle devait seulement contrôler des
échantillons sur de gros lots de pilules. Quand elle avait découvert cet élément dangereux de la
pilule, il lui avait été assuré que ce dysfonctionnement avait été réglé et les pilules détruites. Elle
n’en n’avait jamais retrouvé. Mais ces différents travaux ne lui plaisaient pas.
Elle se sentait frustrée. Elle avait donc demandé une dérogation pour continuer à faire des études.
Cela lui avait permit de s’intéresser à l’histoire de la sphère. Comment faisaient-ils avant pour
manger? Boire? Vivre?
A sa grande surprise, l’histoire de la sphère était devenue sa passion. Elle essayait de savoir
pourquoi ils en étaient arrivés là. Dans le cadre de son projet, elle avait demandé encore à enseigner
les sciences aux enfants. Après plus de dix ans de demandes renouvelées, elle avait obtenu un poste
dans la seule école de la sphère pour trois ans. Il ne fallait pas se lier avec les enfants, “Trois
annuités” était une durée règlementaire. Pour une fois, elle appréciait ce qu’elle faisait. Elle adorait
apprendre aux enfants la composition de l’eau, le fonctionnement de l’énergie de la sphère, leur
parler des anciennes fleurs, plantes, animaux. Elle aimait les éduquer à l’économie de l’énergie, à la
tenue d’un bon citoyen.
Et Aujourd’hui, c’est une belle journée, comme tous les jours, la lumière est intense et
artificielle, il est neuf heures. Lina en a marre d’attendre. C’était bien long cette séance. Elle n’avait
pas pu pénétrer dans le bâtiment. Elle avait du s’asseoir sur ce banc et patienter. Elle était si
impressionnée par ce lieu. C’était le seul monument qui touchait le plafond de la sphère. C’était une
tour, le seul bâtiment rond de la sphère. De là toutes les décisions importantes de la sphère étaient
émises. Il existait un conseil composé de citoyens sélectionnés en fonction des problèmes soulevés.
Pourquoi avaient-ils voulus que ce soit Dean qui présente le projet? Pourquoi pas elle? Elle n‘en
avait aucune idée. Elle avait un mauvais pressentiment. On lui disait souvent qu’il ne fallait pas se
fier à tout ça. La Sphère était un endroit parfait, on y était heureux, tous les jours, tout le temps. Il
n’existait pas de contrariété. Même si elle se répétait cela, elle n’était pas toujours d’accord. Surtout
en ce moment. Dean allait encore lui demander d’aller voir un Doctus, ces soigneurs de la sphère,
parce qu’elle n’était pas assez calme, qu’elle était trop inquiète, il fallait qu’elle prenne des pilules
roses! Mais elle n’en voulait pas de ces pilules, ça la mettait dans un état trop serein, trop calme,
elle ne se reconnaissait pas, elle n’aimait pas cet état de demi conscience. Pourtant c’était la règle
dans la sphère. Dès que l’on ne se sentait pas bien, dès qu’on avait une baisse de moral, on devait
prendre une pilule rose et voir le doctus. Lina n’était pas d’accord avec cette méthode. Alors, elle
ferait comme d’habitude, elle mentirait, dirait que tout allait bien et irait se cacher pour
décompresser.
Un jeune homme d’un mètre quatre vingt, vêtu d’un même voilage blanc pour le haut et d’un short
blanc, sort du bâtiment sans sourire sur son visage. Il a vingt huit annuités et porte les cheveux
blonds très court en brosse, il a de grand yeux bleus. Lina se lève et le rejoint précipitemment.
– Alors, qu’est ce qu’ils ont dit?
– Non, Lina, tant que tu n’as pas un dossier plus complet. Et il lui tend un tout petit disque .
Elle le récupére et le met dans une des sacoches minuscules fixées sur sa hanche. Ils veulent
plus d’arguments et l’appuie d’autres personnes.
– Mm, faut que j’y travaille encore. Il faut que ce soit moi qui présente le projet la prochaine
fois.
– On verra. Alors quoi de neuf aujourd’hui?
– Pas grand-chose. Deux nouveaux nés, on doit voter pour leur prénom ce soir. On est
toujours un million de personnes et pas plus. La Sphère se porte bien. Oxygène, eau, tout est
normal.
– Pourquoi tu veux cette autorisation pour aller à l‘extérieur?
– J’y tiens, je veux voir si on ne peut vraiment pas vivre ailleurs, être plus nombreux.
– Pourquoi plus nombreux?
– Pourquoi un million et pas plus?
– Tu te poses trop de questions, prends une pilule rose ou va voir le doctus.
Elle le regarde méchamment
– Je n’ai pas besoin d’aller voir un doctus, mon cerveau va bien. Ma superviseuse me dit que
je peux.
– Ta superviseuse est folle!! Je te l’ai déjà dit qu’elle a failli se faire expulser.
– Ben tant pis si je risque de me faire expulser. Ça fera un nouveau né de plus, dit-elle avec
rage.
Dean la fixe horrifié. Lina prend sur elle, lui sourit et dit:
– Je veux simplement une autorisation pour aller explorer ce qu’il y a en dehors de la sphère.
Elle parle plus calmement. Il y a bien des vérifications tout les jours, je dois pouvoir faire
partie d’une des sorties. J’en ai le droit, je vais faire un meilleur dossier. Et puis ça serait
bien de savoir si l’extérieur est toujours aussi contaminé. Tu en penses quoi toi? Et pourquoi
ils ont voulu que ce soit toi qui présente mon projet?
– J’ai peur pour toi, Lina , tu as des idées qui risquent de te faire expulser et tu vas mourir
prématurément. Tu sais qu’il n’y pas d’oxygène dehors, pas de nourriture, pas de vie, tout
est mort. Tu as eu les mêmes cours que moi sur l’histoire de notre planète et de notre
civilisation. Cela fait dix siècles que la sphère a été crée suite aux dramatiques exploitations
de nos ancêtres. Ils ont détruits la terre. T’imagine, il y a deux mille ans il y avait de l’eau,
des arbres, on n’était pas obligé de les fabriquer. Ils mangeaient des animaux, même si je
n’arrive toujours pas à me représenter « animaux » bref, il y avait autre chose que nous et ils
ont tout détruit et Magnus, le grand Magnus, nous a sauvé en créant la Sphère. Pas plus d’un
million de personnes. Tout est recyclé, aucun gaspillage. Tout le monde est à tout le monde.
Chacun travaille pour tous. Par ton travail tu as droit à « énergie » la pilule de nourriture.
Chacun a droit à sa couche. D’ailleurs j’ai appris que tu as demandé à avoir une cellule.
Pourquoi tu ne veux plus dormir en collectivité?
– J’ai envie d’avoir mon coin à moi. Et j’ai le droit d’en faire la demande, j’ai vingt huit
annuités.
– Oui mais tu n’es pas obligée. Moi j’aime bien vivre avec les autres, comme ça.
– C’est toi, moi je me sens différente, ça ne t’ai jamais arrivé?
– non et tu te souviens des cours, si tu as des difficultés dans ta tête, il faut aller voir le doctus!
– Dean , fait- elle en chuchotant, je n’ai pas de problèmes dans ma tête, je réfléchis. On est
programmé pour vivre cent annuités j’en suis à vingt huit, je veux voir s’il n’y a pas autre
chose à côté. Tout ce que tu dis je le sais, on nous l’a assez rabâché pendant notre enfance.
– Ce n’est pas bon de réfléchir, tu sais. Il n’y a rien à côté.
– oui, mais c’est plus fort que moi. J’ai encore appris une langue morte.
– A quoi ça te sert?
– Peut être que cela me servira un jour et ça me plait ces anciennes civilisations mêmes si elles
nous ont fait aboutir à ce monde vide de tout espoir, peuplé de toutes ces interdictions. J’ai
appris le français, l’anglais, l’espagnol , le mandarin et je me suis mis à l’arabe. C’est fou le
nombre de langages qui pouvaient exister ! Comment ils faisaient pour se comprendre? Et
toutes ces batailles! Toujours en train de s’entretuer. On ne connaît plus tout cela. Mais ça
peut nous servir à améliorer notre société.
– Notre société est parfaite Lina, s‘exclame-t-il. Chacun pense aux autres, on ne doit pas
penser qu’à soi, tu ne vas pas bien, promets-moi d’aller voir le doctus, Lina, je m’inquiète
pour toi.
Pourquoi il lui parlait comme cela? C’est vrai qu’elle lui avait parlé très peu de son projet et surtout
au dernier moment, avant la présentation. Elle connaissait Dean depuis toujours. Elle savait qu’il
n’avait pas réussi à se faire à l’idée qu’elle voulait voir ailleurs. Elle savait que pour lui la sphère
était parfaite et qu’il était impensable d’avoir l’idée de sortir de là.
Voyant son regard bleu nuit profond posé sur elle, elle décide d’acquiescer et de lui promettre
d’aller voir un doctus. Mais elle n’irait pas. Les doctus étaient capables de vous modifier totalement
le cerveau. Ils pouvaient vous effacer la mémoire et ça elle ne le voulait pas. Il ne fallait plus qu’elle
parle avec Dean, mais elle parlerait de ses projets à qui? Personne ne la comprenait à part peut être
sa superviseuse. Elle voulait vraiment aller voir si la vie était vraiment impossible de l’autre côté
de la sphère. Si elle était expulsée, elle savait que se serait définitif. Elle ne pourrait plus jamais
revenir dans la sphère, si sécurisante et où chaque humain avait ce dont il avait besoin pour vivre. Il
fallait qu’elle obtienne l’autorisation, il fallait qu’elle monte un meilleur dossier scientifique pour
prouver que cela servirait à quelque chose. La commission comprenait des membres du comité
scientifique et de sécurité.
– Ne t’inquiète pas pour moi. Tu n’as pas répondu à ma question. Pourquoi ils n’ont pas voulu
m’entendre?
– Ils voulaient mon avis en priorité. Je suis un agent de sécurité en qui ils ont confiance.
Comme je te connais bien, ils voulaient mon avis objectif.
Ils s’étaient éloignés du bâtiment et avaient rejoint un lieu où des moyens de locomotion étaient mit
à leur disposition: la volinette, une large planche faite dans un matériau dur et souple à la fois,
totalement transparente. Lina l'apprécie beaucoup car elle se manie facilement grâce à un guidon et
aussi à l’impulsion du corps. Certains, seul sur leur planche enlevent le guidon. D’autres abaissent
le siège de la volinette et voyagent assis. On peut être maximum trois sur la volinette. Elle ne va pas
très vite mais est très maniable. Elle vole à quelques centimètres du sol. Aucun autre véhicule
n’existe dans la sphère. Ces volinettes sont à disposition de tous, à divers endroits de la sphère.
Lina et Dean montent sur une volinette. Elle se déplace à l’énergie dite « solaire » suivant des sens
de circulation imposés pas la sphère. Les citoyens étaient autorisés à se déplacer à pieds et à
emprunter les divers transports mit à leur disposition. Il y avait des ascenseurs dans les bâtiments,
des wagons aménagés pour transporter des centaines de personnes en même temps d‘un bout à
l‘autre de la sphère. Ils se déplaçaient sur des lignes précises et toujours très entretenues. Tout était
automatisé. Ils desservaient toute la sphère. Les volinettes permettaient plus d’indépendance. C’était
le moyen de locomotion préféré de Lina.
Lina dépose Dean devant son poste de travail devant un grand hangar totalement fermé. Il travaillait
à la sécurité intérieure de la sphère. Il ne lui parlait jamais de son travail.
Lina continue son chemin en survolant diverses ruelles grâce à sa volinnette. Il y avait beaucoup de
circulation comme tous les jours. Il était rare de voir quelqu’un utiliser la marche pour se déplacer à
l’extérieur des bâtiments.
« La sphère s’étendait sur 200km de large et 400Km de long. Ce monde était appelé la sphère car il
était recouvert d’un film invisible et protecteur du reste de l’atmosphère et il était dit que de
l’extérieur cela ressemblait à une sphère. » Elle se récitait ce qu’elle avait appris plus jeune.
- « Sphère » Ce que j’aimerais voir ce que cela donne de l’extérieur! Pense-t-elle intérieurement. Je
n’arrive pas à imaginer comment me la représenter!
Lina s’arrête devant un bâtiment massif mais plus petit que les autres et fait en pierres, matériau qui
n'était plus utilisé. Il était dit que c’était un des vestiges de l’ancien temps. Il était gravé sur le
portail d’entrée en grosse lettres rouges « École des Futurs Citoyens ».
Elle dépose sa volinnette avec les autres devant le portail, sur un socle pour la recevoir. Elle
franchit le portail un sourire aux lèvres. Elle aime son travail. C’est la seule chose qui égayerait sa
journée. Depuis deux ans maintenant elle enseignait ici. C’était La seule école de la sphère qui
préparait les enfants à vivre dans la sphère, à être de bons citoyens. Elle enseignait les sciences et
pour ceux que ça intéressait et s’ils avaient plus de 15annuités, les langues anciennes. En sciences,
elle avait les enfants de quatre à 10 annuités. Ensuite, ils continuaient en classe de perfectionnement
où ils étaient préparés à être de bons citoyens et de bons travailleurs pour la société. Suite à des tests
à leur 15ème anniversaire, ils étaient orientés vers leur future profession.
Lina adorait travailler avec les enfants et ils n’étaient que dans cette école. Ils vivaient sur place.
En entrant dans la cour, sur la droite, s’étendait le dortoir des enfants. Ils vivaient là de 4 ans à 17
ans. A 17 ans, il commençaient leur travail. Ils étaient envoyés dans les dortoirs pour adultes.
Sur la gauche, se dressaient les bâtiments administratifs qui géraient les professeurs et les enfants.
Lina pénètre dans le bâtiment principal. Droit devant elle se situe les salles de classes et derrière, un
parc avec de l’herbe et quelques arbres, toujours les mêmes. Elle se souvenait qu’elle avait grandi
là et c’était exactement pareil, rien n’avait changé et rien ne changerait jamais. Elle savait que tout
était faux. Tout était virtuel. Rien n’existait vraiment. Les arbres étaient seulement des
hologrammes. Au fond de cet espace, un large parterre de fleurs était installé. L’étendue d’herbe
servait aux exercices physiques. La matière de l’herbe était souple et lisse, agréable au touchée mais
fabriquée par la sphère. Rien ne poussait dans la Sphère. Elle respire un grand coup l’air ambiant,
cela sentait comme toujours, cette odeur diffuse et particulière de la sphère, toujours cette
température de 25 °, pas un degrés de plus , pas un degrés de moins. Elle s’approche des fleurs, se
penche et essaye d’humer. Elle passe sa main sur la fleur qui disparaît, elle ne sent rien, elle n’existe
pas.
- Ah, Lina, enfin tu es arrivée. Arrête de faire ça, tu sais qu’elles ne sentent rien, il n’y a aucune
odeur, il n‘y a plus que nous qui sentons encore quelque chose. Je me souviens quand tu étais plus
petite, tu te précipitais tous les jours ici pour les sentir et à chaque fois tu mes faisais cette tête
déçue. Ah, ma chère Lina , tu m’étonneras toujours.
Lina s’était retournée et avait devant elle sa superviseuse, Ryna, une belle femme grande d’un mètre
quatre vingt, d’une quarantaine d’années. Elle avait un visage carré, un nez très droit et long. Ses
yeux marrons foncés regardaient avec douceur Lina. Des cheveux roux très court encadraient son
visage.
– Ils devraient mettre de l’odeur, fait-elle
– Non, tu le sais, ça n’existe plus, c’est ce que cela doit montrer
– Je le sais bien, pour le bonheur de tous.
– oui, Lina. Mais tu devais passer en commission ce matin! Alors ce dossier?
– ils ont refusé. Il faut que je refasse mon dossier.
– C’est bien, restes motivée. C’est difficile pour qu’un dossier passe. Il faut trouver de
nouveaux arguments, passes me voir après les cours pour que l’on réétudie ton dossier.
– Merci Ryna.
– Allez, allons au discours matinal.
Elle était très joviale.
Lina suit Ryna d’un bon pas. Elles entrent dans le bâtiment principal. La hall, entièrement
vitré et immense, était rempli des élèves et des différents proffesseurs. Les enfants étaient rangés
par âge en ligne bien parallèle. Au début, au milieu et à la fin de chaque ligne, il y avait un
enseignant qui surveillait les enfants. Lina allait prendre sa place à la fin de sa ligne. Le hall était
bondé comme tous les jours. Tous les enfants de la sphère étaient là, seulement là.
Un étendard se met à descendre au milieu du hall. Il représente Magnus,en pied, il paraît vivant;
c'est un grand homme, blanc, les cheveux ébouriffés et gris, l’oeil bleu, pétillant et avec un sourire
bienveillant sur chaque personne qui le regarde. Il est vêtu d’une longue chemise blanche et d’un
pantalon blanc. Ses bras se tendent vers eux, ses mains sont grandes ouvertes. Dix heures sonne.
Et ils entament leur discours de remerciement pour Magnus, le grand homme qui a su créer la
sphère et qui leur a permis de vivre, de vivre correctement, de vivre sur terre. Lina se retourne et
regarde dans la rue et voit les quelques passants en arrêts eux aussi en train de réciter leur
hommage. C’était tous les matins la même chose, toujours à la même heure.
Tous avaient leur main posée sur leur coeur. Lina se concentre et regarde à nouveau l’effigie de
Magnus. Il paraissait si vivant. Certains petits pensaient pouvoir le toucher et levaient la main vers
lui. Le discours se termine, Magnus disparaît.
Les enfants s’activent vers leurs classes respectives. Lina rejoint sa classe.
Chapitre II: Injustice
Lina prennait plaisir à donner ses cours. Les enfants étaient parfaits, disciplinés et appliqués.
Elle en oubliait l’échec de sa matinée. Elle adorait leur vivacité et leur envie d’apprendre. Elle
aimait être au contact de ces petits humains.
A la fin de cette journée, elle se rend dans une des salles de réunion où les élèves travaillent à leurs
devoirs et font diverses activités. Elle aimait bien cette ambiance de fin de soirée. Les enfants
parlaient entre eux, ils s’entraidaient sur les devoirs, jouaient ensemble à des jeux calmes. Il était
interdit de courir. On ne courait que pendant les heures prévues. Lina devait surveiller ce groupe
jusqu’au repas pendant deux heures. Elle s'installe à une table et se met à travailler à son projet. En
le relisant, elle se demande ce qu'elle peut rajouter pour qu’elle ait l’accord de faire une expédition.
Elle prévoyait une expédition de cinq jours, un survol sur plusieurs kilomètres, un atterrissage sur la
plaine, seul coin à pouvoir être explorer selon les autorités. Elle ferait des prélèvements de l’air, de
la terre, voir s’il y avait trace d’une ancienne civilisation.
Peut-être qu’il fallait qu’elle réduise le nombres de jours comme le lui avait conseillé Ryna
en début d'après midi. Mais si c’était moins long, elle ne pourrait pas explorer tout ce qu’elle
voulait. Ryna lui avait déjà parlé de cet endroit et elle lui avait dit qu’il y avait beaucoup de choses
à exploiter. Rien n’avait été fait. Pourquoi d’ailleurs personne n’explorait les alentours? Peut-être
que l’air était respirable, la grande fin avait eu lieu des centaines d’années plus tôt. Peut être qu’il
y avait d’autres êtres vivants. Ryna n’était jamais sortie à l’extérieur mais elle en avait toujours rêvé
et elle connaissait bien les cartes sur lesquelles Lina travaillait. Elle n’avait jamais obtenu
d’autorisation. Lina lui était reconnaissante de l’aider.
Les sorties hors de la Sphère étaient soumises à autorisations drastiques, elles étaient très rares et
souvent secrètes. Si un habitant sortait sans autorisation, il ne revenait jamais.
Deux femmes entrent dans la salle, chacune un plateau dans les mains. Elles s’installent à
côté de Lina ce qui leur donnait une vue sur l’ensemble de la salle. Une musique lente est émise.
Tous les enfants se levent et deux files se constituent en face de chaque femme. Celle se trouvant à
côté de Lina lui sourit. Elle était petite, noire, avec de petits yeux forts chaleureux.
– Bonsoir Lina
– Bonsoir Zin. Alors, le repas du soir?
– Et oui, c’est l’heure. Tient voilà le tient.
– Merci.
Et elle prend une petite gélule bleu dans la main, elle l’avale d’un coup et boit un peu de liquide
bleu versé dans un verre posé devant elle.
Puis le défilé commence. Chaque enfant avance, prend une pilule, un verre contenant un liquide
rouge, boit le tout, jete le verre dans un sac disposé au fond de la salle et repart à ses activités. Lina
était bien contente de ne plus être obligée de boire ce liquide rouge, soit disant contenant toutes les
vitamines nécessaires à la croissance. Il n’empêche que son goût était toujours bizarre et amer.
Pourquoi ils n’avaient jamais pensé à donner à cette boisson un meilleur goût?
Il existait des dizaines de boissons différentes, avec des goûts de toutes sortes mais ils n’avaient
jamais changé ce goût. Cette boisson était obligatoire jusqu’à 17 ans. Il faut dire qu’elle ne
connaissait personne qui continuait à boire ce truc après 17 ans. C’était peut être la raison de ce
goût.
Elle reprend son dossier en cours. Puis, un petit garçon qu’elle avait en cours vient la voir. Il avait
huit ans. Il était blond, avait les yeux verts, un petit nez en trompette et pleins de tâches de
rousseurs. C’était très rare les tâches de rousseurs. En principe, elles étaient éradiquées mais dans la
fabrication des bébés, il y avait toujours des ratés, elle-même avait des tâches de rousseurs. Elle le
trouvait attachant ce petit Tink. Il la cherchait tout le temps, lui posait des questions sans arrêt.
– Lina, s’il vous plaît, vous pouvez m’aider pour le jeux?
– Quel jeux Tink?
Il s’approche d’elle avec une boîte ronde contenant divers morceaux de métal qu’il fallait
empiler pour faire des constructions. Il voulait faire comme sur le modèle mais il n’y arrivait pas. Il
s’était approché d’elle et elle commence à lui expliquer. Puis prise dans le jeux, elle ne se rend pas
compte qu’il est monté sur ses genoux. Ils font la construction ensemble, en rigolant, en se touchant
les doigts.
– Vous êtes gentille Lina
– toi aussi tu es gentil Tink. Elle souriait.
Mais tout à coup, la surveillante générale arrive en trombe.
– Lina, vous savez qu’il est totalement interdit de toucher les enfants et encore moins de les
prendre sur les genoux. Tink, allez reprendre vos activités plus loin.
Le petit garçon, les larmes aux yeux, glisse des genoux de Lina et part le coeur lourd dans un
coin de la salle. Tous les yeux étaient rivés sur lui. Il n’avait rien fait de mal, il voulait juste jouer
avec Lina, elle était gentille et maintenant par sa faute elle allait avoir des ennuis.
– Lina, venez avec moi.
Pinka, la surveillante générale, une grande brune, de carrure large se dirigeait vers
l’extérieur du local suivit de Lina qui faisait signe du regard à Tink que ce n’était pas grave. Mais il
ne la voyait pas. Pinka portait une tunique blanche correspondant à son rang de surveillante. Elle
partait du cou et arrivait au dessous du genou. Pinka était plate de haut en bas, pas de forme de
fesses, ni de sein. Lina la trouvait trop plate de dos. Ses jambes ressemblait à des bâtons dont ils se
servaient pour les jeux en extérieurs.
Lina ne portait que son short blanc ou son pantalon blanc et son bustier. Ses vêtements ne variaient
pas. Pinka était surveillante générale, elle avait le droit sur ses vêtements blancs de porter cette
blouse sans forme.
Elles sortent du local, longent un couloir lumineux et entrent dans une pièce noire. Pinka claque des
mains, la lumière se fait. Il y avait une table. Pinka passe la main dans le vide et un écran apparait.
– Lina, je suis obligée de faire le signalement. Tu ne dois pas t’attacher aux enfants. Il est
interdit de les toucher. Ils sont assez grands. Vous le savez, vous connaissez le règlement?
– Oui, Pinka , je connais le règlement. Mais je n’ai pas fais attention.
– Vous devez toujours rester vigilante! Toujours Lina. Je dois vous prévenir. On a déjà
remarquer à plusieurs reprises que vous êtes trop prêts des enfants. Si cela continue, nous
allons devoir vous changer de poste!
– Oh, non, j’aime beaucoup ce que je fais
– Soyez plus vigilante!
Pinka met à son doigt un piqueur, un embout pointu qui permettait d’écrire sur l’écran. Elle s’en
servait avec beaucoup d’agilité.
– Au fait, Lina, il paraît que vous avez déposé un dossier pour sortir de la sphère?
– Oui, en effet, mais il a été refusé aujourd’hui
– Pourquoi cette démarche, Lina? Je ne comprends pas?
– Je veux seulement savoir s’il y a autre chose de l’autre côté.
– il n’y a rien.
– Vous y êtes allé?
– pas besoin d’y aller, d’autres y sont allés pour nous, il n’y a rien. Il faut croire au grand
Magnus, Lina. Il a dit que l’on ne peut pas y vivre, on ne peut pas, Lina.
– Et cela ne vous a jamais titiller d’aller vérifier par vous-même?
– Jamais!!
Pinka avait dit cela violement en relevant la tête et en lui lançant un regard effaré.
– Quelle idée! Il n’y a pas d’air, pas d’eau, pas de pilule de nourriture, il n’y a plus rien Lina,
la vie de l’autre côté n’existe pas!!!
Elle voulait se rendre compte par elle-même. Elle n’était pas du tout comme Pinka. Lina observait
cette femme qui ne ressentait rien et qui appliquait scrupuleusement les règles de la sphère. Elle
bouillait de colère mais se taisait. Elle ne voulait pas faire d’esclandre et devoir s’expliquer. De
toute façon personne ne comprenait. La nuit allait bientôt être faite dans la sphère. Dans quelques
minutes, il y aurait le vote pour les prénoms des nouveaux nés. Elle retrouverait Dean. Elle ne
voulait pas se mettre en retard pour si peu. Donc, elle ne rajoute rien, elle ne tenait pas à avoir cette
conversation avec cette femme.
- Bien, ça y est , j’ai tout noté sur toi et Tink. Maintenant je te tiens à l’oeil, sois vigilante avec les
moins grands. Tu peux repartir.
Lina s’en va sans se retourner. Elle n’aimait pas Pinka. Elle ne l’avait jamais aimé. Elle était
toujours stricte sur le règlement. Si cela avait été Ryna qui l’avait surprise, elle lui aurait signalé de
ne pas le faire mais elle ne l’aurait pas inscrit sur son dossier. Il fallait qu’elle fasse attention.
Pourtant qu’y avait -il de mal?! Il n’était que monté sur ses genoux! Pourquoi il ne fallait pas
prendre les petits dans les bras? Pourquoi il ne fallait pas les toucher? Pourquoi il ne fallait pas être
gentils ou doux avec eux? Elle n’y arrivait pas. Elle s’attachait aux enfants. Elle n’y pouvait rien et
le petit Tink lui faisait beaucoup penser à elle, petite. Elle l’avait surpris lui aussi respirer les plantes
qui ne sentaient rien, essayer de se rapprocher des plus grands, comme elle l’avait fait avec Ryna
plus jeune. Ses yeux verts étaient toujours interrogatifs envers les adultes mais seule Lina le
remarquait. Et il semblait toujours attendre quelque chose comme elle, mais elle-même n’avait
toujours pas trouvé ce qu’elle attendait.
Sa passion pour l’histoire de la sphère comblait un peu pour l’instant ses demandes. Mais il existait
si peu de choses sur le passé! En essayant d’apprendre les anciens langages comme l’anglais ou le
français, elle espérait pouvoir déchiffrer des livres qui avaient été découverts et qui étaient
conservés dans un endroit isolé de la sphère. Ces livres étaient consultables que sur demande. C’est
grâce à Ryna qu’elle avait pu en consulter quelques uns pour peaufiner ses recherches.
Comment en étaient-ils arrivés à vivre dans cette sphère? Toutes les différentes puissances
s’étaient entretuées. L’eau, l’air respirable, l’herbe, la terre avaient disparus. Tout était contaminé
par les pollutions diverses de leurs ancêtres, par les bombes nucléaires. Plus rien ne poussait hors de
la sphère! La vie n’existait que dans la sphère. C’est ce qu’on lui répétait incessamment depuis
qu’elle était enfant. Mais elle voulait aller constater cela d’elle-même. Elle voulait voir par ellemême
tout cela, de ses propres yeux. C’est pour ça qu’elle montait son expédition.
Elle repasse rapidement devant la salle de vie des enfants. Elle voit furtivement qu’une des
gardiennes faisait la leçon à Tink et il pleurait. Elle sentait son coeur se serrer mais elle ne pouvait
rien faire. Il était interdit de se toucher, toute marque d’affection était prohibée. Les enfants ne
devaient pas être proche des adultes. Ils devaient grandir seul, individuellement, mais dans une vie
de groupe. Lina se met à courir au dehors du bâtiment et attrape une volinette. Elle sentait monter
en elle une certaine colère comme ses larmes. Elle se sentait impuissante face à cette situation. Elle
ne comprenait pas les décisions de la sphère. Il était interdit de les critiquer. Pourquoi cela prenait
une telle ampleur? Pourquoi était-il interdit de jouer et de prendre les enfants sur les genoux? Et
pourquoi faire pleurer le petit Tink? Il n’avait rien fait de mal!
Il fallait qu’elle se calme et surtout qu’on ne la voit pas pleurer. Elle monte sur la volinette, chasse
les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Elle respire un grand coup et met en route la volinette.
Elle se dirige vers son bâtiment de vie. Mais elle voulait être seule quelques instants pour
décompresser. Son coeur battait fort et elle sentait son sang battre contre ses tempes. Elle ne voulait
pas rejoindre la foule des citoyens tout de suite. Elle longe la rue principale. Les gens rentraient vers
leurs bâtiment de vie, ils se réunissaient à différents endroits. Ils discutaient, s’amusaient à des jeux
virtuels, consommaient des pilules et des boissons colorées. Lina les enviaient tout à coup. Ils
semblaient toujours heureux et insouciant. Ils ne se posaient pas les questions qu’elle se posait. Elle
se sentait seule, il lui manquait quelque chose qu’elle n’arrivait pas à déterminer. Elle ne se sentait
pas sereine. Elle avait du mal à comprendre la société dans laquelle elle vivait. Elle aimait tellement
travailler avec les enfants que cette interdiction d’attachement la dépassait. Mais personne ne
partageait son sentiment.
Elle bifurque de l’artère principale et se dirige vers le bord de la sphère. La volinette se stoppe. Elle
n’empruntait plus le chemin tracé et autorisé aux volinettes. Elle était en dehors des parcours
autorisés. Elle était trop près du bord de la sphère et un simple citoyen n’était pas autorisé à s’y
rendre. Lina regarde autour d’elle, il n’y a personne. Elle descend de la volinette, la retourne, ouvre
un petit capot, trifouille quelques fils. Elle rallume la volinette, cela fonctionnait. La batterie était
pleine. Elle pouvait faire du chemin hors des sentiers prévus par la sphère. Elle continue son
chemin. Ce qu’elle faisait était totalement illégal. Il était interdit d’utiliser la volinette en dehors du
tracé prévu. Dès le départ, cette règle l’avait énervée. Très tôt elle avait voulu connaître le
fonctionnement des volinnettes et avait trouvé le système qui permettait de les faire voler partout.
Elle savait qu’elle n’était pas la seule à connaître ce système. Elle hausse les épaules, car
présentement cela lui était totalement indifférent de se faire prendre en pleine infraction. Puis elle
ne risquait pas grand-chose. Tous les citoyens, même les agents de sécurité, devaient se rendre dans
les lieux de vie pour voter. Elle ne croiserait personne. Elle arrive dans un endroit dégagé d’où
commençait le dôme de la sphère. Elle avait découvert cet endroit quelques années auparavant. Il
était facile d’accès et elle savait qu’elle y serait tranquille.
Elle arrive devant un mur derrière lequel il y avait des passerelles en fer à des niveaux différents.
Pour y accéder, des escaliers à plusieurs endroits rejoignaient les passerelles. Les passerelles
permettaient aux agents de sécurité de faire leurs rondes, de vérifier la structure et la solidité de la
sphère.
Lina stoppe la volinette, la pose contre le mur. Elle regarde autour d’elle, il n’y avait toujours
personne. La lumière du jour commençait à baisser. Elle entendait la musique de début de soirée
émise par les hauts parleurs et diffusée dans les rues et les salles de vie. C’était la même partout, des
sons électroniques, strident par moment, sur des rythmes saccadés. Cela les motivaient à s’amuser
et à voter. Cette musique de fin de soirée ne variait pas beaucoup. Elle était légèrement modifiée
une fois par mois. Il n’y avait pas de grande variation. Ce manque de changement dérangeait Lina.
Elle escalade agilement le mur, passe de l’autre côté et emprunte un escalier. Elle savait qu’elle
n’avait pas le droit d’être là. Seul les agents de sécurité pouvaient accéder aux abords de la sphère
dans le cadre de leur mission. En tant que simple citoyenne, elle n’en avait pas le droit. Mais elle
s’en fichait et il n’y avait personne.
Elle grimpe le plus haut qu’elle peut, jusqu’au milieu de la structure. Arrivée, elle pousse un soupir
de soulagement. Elle pouvait voir la sphère dans son ensemble. Elle voyait bien la tour au centre de
la sphère, elle distinguait le centre de soin au loin et toutes ces avenues et rues de la sphère
grouillante de citoyens se dirigeant vers les bâtiments de vie. Elle était seule et en paix. Elle
s’assoit en tailleur au milieu de la passerelle. Elle regarde autour d’elle. Elle trouve cela beau. Toute
la sphère était sous ses yeux, illuminée par les lumières de fin de jour. Ses rues, cet espace urbanisé,
fonctionnel, lui paraissait calme, paisible mais cela ne l’était pas. Elle respire plus lentement pour
se calmer.
Elle trouvait la situation injuste. Ce qui l’embêtait le plus c’est qu’il n’y avait pas de raison. Ellemême
avait souffert de cela enfant. Il lui avait toujours manqué quelque chose et le fait qu’il ne
fallait rien chercher auprès des adultes lui avait appris qu’elle était seule dans la vie, qu’elle ne
pouvait compter que sur elle-même.
Elle voulait changer de vie, elle voulait autre chose. Elle voulait être libre, elle voulait toucher,
boire autre chose, écouter d’autres sons, elle voulait une vie différente. Elle voulait pouvoir porter
autre chose que ces vêtements blancs identiques, que ces chaussures à lanières, laisser pousser ses
cheveux. Elle voulait faire autre chose, vivre autre chose. Toute sa vie était déjà planifiée. Elle
savait qu’elle continuerait ainsi des dizaines d’années en changeant régulièrement de travail. Mais
elle n’en pouvait plus, il fallait qu’elle voit autre chose, qu’elle vive différemment. D’abord elle
attendait l’accord pour une cellule personnelle. Elle ne supportait plus ces dortoirs avec tout ces lits
les uns à côté des autres, sans aune intimité, cela commençait à lui être insupportable.Ensuite, il
fallait qu’elle constitut un meilleur dossier. Elle repensait à la déception qu’elle avait ressenti quand
Dean avait dit que ce n’était pas accepté. Cette décision aussi l’avait beaucoup chamboulée. C’est
pour cela que le petit incident du soir lui faisait remonter sa colère. Elle se rendait compte qu’elle
était toujours interloquée qu’ils n’aient pas voulu l’entendre, que les responsables de la sphère aient
demandé à ce que le projet soit présenté par Dean.
Elle retournait son projet dans tous les sens dans sa tête. Elle réfléchissait. S’ils faisaient confiance à
l’avis de Dean, il fallait qu’il fasse partit intégrante du projet. Il fallait qu’elle l’intègre dans son
projet. Pourquoi ne pas le nommer chef de l’expédition, de mettre le projet sous sa responsabilité. Il
était un agent important de la sécurité. Ils avaient confiance en lui, en son jugement. Cette idée
s’imposait à elle. Il fallait convaincre Dean de la nécessité de son projet pour que cela passe devant
le conseil de la sphère et qu’ils l’autorisent à sortir. Elle en était convaincue. Elle souriait. Elle se
sentait mieux d’un coup. Le poids qu’elle ressentait sur son coeur s’était envolé. Elle tenait sa
solution et elle mettrait tout en oeuvre pour convaincre Dean de la nécessité de son projet pour la
sphère. Il fallait qu’elle découvre l’extérieur.
Elle se lève et se tenant à la structure de fer, elle regarde d’un air de défi la sphère qu’elle
surplombe. Elle se jure intérieurement qu’elle serait libre un jour, libre de faire ce qu’elle voudrait,
libre de corps et d’esprit. Son regard était déterminé et portait le plus loin qu’il pouvait. Elle souriait
intérieurement.
Puis, elle entend des sirènes. Dans quelques minutes, il y aurait le vote des prénoms des nouveaux
nés. Il fallait qu’elle soit présente dans son bâtiment de vie, sinon elle devrait encore expliquer
pourquoi elle n’avait pas voter. Elle se dépêche de descendre, récupére la volinette et fonce vers
son bâtiment. Quand elle gare la volinette, une autre sirène retentit, le vote était imminent. Elle se
précipite à l’intérieur du bâtiment. Les files d’attentes se formaient à peine devant les écrans virtuels
et tactiles. Ils votaient les uns après les autres. Il y avait une vingtaine d’écrans à différents endroits
de la pièce. Elle se glisse dans une file. Elle salue plusieurs personnes. Elle les connaissait tous. Elle
les saluait les uns après les autres. Elle discutait. Elle reprenait sa vie modèle de bonne citoyenne de
la sphère. Elle arrive devant l’écran, une liste de prénoms défile. Elle clique au hasard, cela n’avait
aucune importance pour elle même si ce serait le sujet principal de la soirée. Elle continue son
chemin dans la salle principale où tous les citoyens se rejoignent le temps des résultats. Diverses
boissons avec des coloris et des goûts légèrement variés sont à leur disposition. Elle prend une
boisson, parle avec quelques uns. Elle fait comme d’habitude. Elle parle de tout et de rien. Pour les
autres, Lina incarnait la parfaite citoyenne de la sphère. Elle effectuait toujours ce qui lui était
demandé, elle ne critiquait jamais rien, elle était conforme au moule de la sphère. La musique
s’accélérait et elle était de plus en plus forte. Ils avaient l’autorisation de se trémousser, de sauter, de
se secouer. Lina ne se fait pas prier. Elle se déchaîne. Elle plonge aussi sa main dans un bac rempli
de pilules roses. Elle en prend plusieurs, ce soir elle ne veut plus réfléchir, ni penser. Elle les avale
d’un coup et se sent bien. Elle s’amuse, la vie est belle. Elle crit quand la musique le demande. Puis
elle voit Dean et se joint à lui pour danser. Il lui sourit.
Et la musique s’arrête, une voix féminine annonce que les votes ont été comptabilisés. Les
nouveaux prénoms vont être annoncés. Un certain silence se fait. Puis les prénoms apparaissent en
lettres blanche dans le vide. « Zina , Palu » Des cris de joie saluent cette évènement. Lina sourit en
regardant Dean.
– Tu as l’air d’aller bien?
– j’ai pris des pilules roses, plein! Fait-elle en riant.
La musique était plus douce. La foule continuerait quelques instants à boire puis ils iraient dormir.
– Tu as abandonné ton projet, lui demande Dean
– Non, je l’ai repensé. Elle tourne sur elle-même, attrape une nouvelle boisson, et revient vers
Dean. Je veux que ce soit toi le chef de l’expédition, fait-elle en souriant.
Dean ne cache pas son étonnement. Lina était partie s’asseoir sur un large fauteuil moelleux. Il la
suit. Lina s’affale sur le fauteuil. Dean s’assoit en face d’elle. Elle le regarde avec des yeux vitreux.
Ces pilules roses avaient un drôle d’effet sur les gens.
– Pourquoi tu n’es pas dans ton bâtiment? Lui demande Lina en le dévisageant de haut en bas.
– Je voulais voir comment tu allais après ce qui s’est passé ce matin.
Lina lui adresse son plus beau sourire. Elle appréciait Dean et lui aussi, ce qu’il venait de lui dire le
lui prouvait. Et il était si beau avec ce regard si bleu et profond. Ces pilules faisaient son effet, elle
se sentait bien, elle était heureuse. Elle aimait tous les citoyens, ils l’aimaient tous.
– Je t’aime Dean, j’aime tous les citoyens de la sphère, j’aime la sphère. Je suis bien! Si bien.
Elle avait les yeux qui vrillaient.
– Lina, tu en as trop prit des pilules roses! s’exclame-t-il
– C’est pas ce que tu m’avais conseillé! Fait-elle en riant.
Il sourit à son tour. Puis il se lève, attrape une boisson et avale lui aussi deux pilules roses. Il revient
vers Lina et s’assoit à côté d’elle. Lina ouvre les yeux. Dean était juste à côté d’elle. Il avait posé sa
tête à quelques centimètres de la sienne. Les pilules faisaient déjà effet. Elle le regarde
attentivement. Il avait fermé les yeux. Il avait un visage carré, bien dessiné, un nez allongé, des
pommettes saillantes, des lèvres fines et bien rosées. Il avait une peau blanche qui paraissait
soyeuse. Elle avait toujours connu Dean. Ils avaient grandi ensemble, ils s’étaient toujours accordés
sur tout. Petit, il l’avait défendu contre un autre enfant par rapport à un jouet. Lina l’avait trouvé
courageux et protecteur. Ils avaient passé un pacte, se secourir toujours, pouvoir compter toujours
l’un sur l’autre. Ils s’étaient toujours tout raconté. Mais depuis qu’ils travaillaient, ils se voyaient
moins souvent, ils ne vivaient pas dans le même bâtiment. Et surtout, Dean était plus secret depuis
qu’il avait des fonctions importantes dans la sécurité. Mais elle lui faisait toujours confiance, il était
le seul à vraiment compter pour elle dans la sphère.
– Dean, c’est important de faire une mission pour voir comment cela a évoluer à l’extérieur lui
chuchote -t-elle.
Il ouvre les yeux. Cette idée qui lui était venue le dépassait.
– Pourquoi toi Lina?
– Je suis une scientifique, j’ai envie de savoir, imagine si on pouvait vivre à l’extérieur, plus
d’espace! De l’air, de l’oxygène, du soleil! Dean, imagine si cela existait?!
– Et s’il n’y avait rien
– Je le saurais et la sphère aussi. Cela nous permettrait d’envisager différemment le futur de la
sphère. Je pense que mon projet tiens la route. Je t’en donnes une copie, elle lui glisse un
disque dans la main, et tu mes diras ce que tu en penses. Je voudrais que ce soit toi qui
supervise toute l’expédition. Quand je t’ai donné le projet à présenter, je n’ai rien eu le
temps de t’expliquer, le conseil m’a pris au dépourvu en me demandant que tu
m’accompagnes et que ce soit toi qui présente le projet. J’y ai repensé toute la journée, pour
toute la sécurité de l’expédition, il me faut un excellent agent de sécurité, qui de mieux que
toi?
Dean manipulait le disque sans la regarder. Il est vrai qu’il n’avait pas compris grand-chose à ce
qu’elle voulait faire, à part sortir de la sphère.
– Je ne sais pas Lina. Je vais regarder cela plus attentivement et il range le disque dans une
petite pochette situé sur son short blanc. Il faut que j’y réfléchisse.
Après quelques secondes de silence, il ajoute en la regardant droit dans les yeux:
– Je crois que je ne peux plus t’en dissuader, Lina.
Elle le regardait paisiblement. Elle avait dans les yeux une lueur particulière, il la voit esquisser un
sourire.
– Non, j’y tiens à ce projet, cela peut ouvrir tant de possibilités!
Ils étaient très proche l’un de l’autre, ils se parlaient à quelques centimètres à peine. Ils se
regardaient avec intensité.
– tu m’étonneras toujours, Lina, tu as toujours des idées saugrenues. Personne ne veut aller à
l’extérieur sauf toi!
– Je veux voir de mes propres yeux, je veux m’en rendre compte par moi-même.
– je l’ai bien compris, tu as une grande force de caractère, tu m’étonneras toujours, Lina. Tu as
une volonté qui te permets d’avancer et de dépasser tous les obstacles. Cela m’a toujours
impressionné. Je lirais ton projet avec attention, cette fois-ci. Surtout si tu veux que j’en
fasse parti.
– On va avoir une contravention dit-elle tranquillement en continuant de le regarder.
Il parait surpris.
– Tu me caresses la main depuis deux minutes, c’est agréable mais tu franchis les règles de la
sphère, ajoute Lina en souriant.
Dean regarde leurs mains posées sur ce divan, il lui caressait les doigts sans s’en rendre compte. Il
retire sa main espérant ne pas avoir été détecté. Il trouvait sur le coup que la sensation était
agréable. Il regrette aussitôt d’avoir enlevé sa main.
- Tu as la peau douce, Dean, fait Lina le fixant toujours dans les yeux.
Il ne peut réprimer un sourire.
- Toi aussi.
Tout à coup, la musique stoppe. Une voix suave susurre:
« veuillez regagner votre dortoir, la sphère vous souhaite une bonne nuit ». Cela était répété sans
discontinué. Lina hausse ses paupières.
- Ils sont obligés de nous envoyer se coucher. Franchement, c’est énervant!
- Râleuse fait Dean en souriant
Tout deux se levaient pour regagner leur dortoir. Les citoyens se quittaient et regagnaient
tranquillement leur place dans le dortoir. Ils étaient disciplinés, marchaient lentement, se
respectaient. Il n’y avait aucune bousculade. Tout se faisait dans l’ordre le plus parfait. Lina
accompagne Dean à l’extérieur du bâtiment, il devait partir vers son propre bâtiment.
– je ne suis pas une râleuse. Mais on pourrait choisir à l’heure à laquelle on se couche, pas être
contraint par ces règles de la sphère et ces vêtements, toujours les mêmes pour tout le
monde, c’est rébarbatif, ennuyeux.
Dean secouait sa tête en riant.
– Tu es marrante. Petite rebelle! Ces vêtements sont parfaits, adapté à nos corps, à la
température de la sphère, et recyclable entièrement. Et on s’habillerait comment?
– Je ne sais pas, différemment, avec des couleurs!
– Ne prends pas autant de pilules la prochaine fois, Lina. Je te souhaite une bonne nuit.
Et sur une volinette, il prenait le chemin de son bâtiment à quelques kilomètres de là alors que Lina
regagne sa couche en espérant que son projet lui plaira.
Le lendemain soir, il l’attendait à la sortie de son travail. Il avait réfléchi et il avait prit sa décision.
– Je suis d’accord, je te suis dans ton projet si je le dirige.
Lina saute de joie. Elle souriait.
- Ah, je savais que si tu le lisais plus attentivement cela t’interpellerait.
- Oui, mais j’ai modifié plusieurs choses et il faut que l’on règle les problèmes de sécurité.
- Tout ce que tu voudras. Du moment que tu me suis dans mon projet, j’accepte tout. Elle sautillait
de joie.
CHAPITRE III: La décision
Les semaines suivantes, Lina et Dean travaillaient ensemble à ce projet. Lina avait obtenu
une autre séance d’entretien pour présenter son expédition.
Il est neuf heures. Lina attend devant la grande porte de la salle du conseil. Elle porte le
costume de cérémonie composé d’une tunique blanche arrivant aux genoux et de sandales plates à
lanières blanches. Cette fois elle avait pénétré la tour et s’était rendue devant la salle du conseil au
dernier étage. C'était la première fois qu’elle prenait cet ascenseur vitré qui l'avait monté au dernier
étage en quelques secondes. Elle est anxieuse mais la vue sur la sphère qu’elle découvre depuis cet
étage la subjugue. Elle pouvait voir toute la sphère à travers les murs vitrés. Elle voyait la sphère
sur 360° en parcourant le couloir qui faisait le tour de la tour. La salle du conseil se trouvait face à
l’ascenseur. C’était un moment important, elle devait mettre toutes les chances de son côté. Dean
était déjà à l’intérieur. Le président du jury avait tenu à s’entretenir avec lui avant d’entendre Lina.
Que Dean fasse partit de l’expédition était un point essentiel de son projet qu’elle avait changé. En
attendant elle se repassait pour la énième fois les détails de son expédition.
Elle avait prévu une sortie de 48heures. Elle avait en effet réduit l’expédition. Elle avait suivi les
conseils de Ryna et de Dean. Elle ne ferait que deux sorties hors du véhicule, qui durerait 4 heures
grand maximum. Elle acceptait toutes les mesures de sécurité que le jury exigerait.
Dean ressort de la salle. Il est sérieux, sans un sourire. Elle le connaissait depuis toujours.
Enfant, il était plus gai, curieux et toujours prêt à rire. Puis il avait terni. Il était devenu top sérieux.
Il avait opté pour la sécurité de la sphère dans son cursus. Et depuis il ne faisait que cela. Il ne lui
racontait plus rien sur ce qu’il faisait. Au tout début quand il avait commencé à travailler, il lui
avait tout raconté de ses missions, ses différentes activités, notamment la vérification de la structure
de la sphère. Puis un jour, il était allé sur une mission importante qu’il avait préparé longtemps à
l’avance et depuis il ne lui avait plus rien raconté, jamais. Il ne parlait plus de son travail.
Elle croise son regard qui ne laisse rien paraître.
– C’est à toi, Lina, dit-il froidement.
Elle entre dans la salle. Ils étaient dix représentants de la sphère. Elle les connaissait tous.
Le président de la sécurité, Lindic, quatre de ses professeurs de sciences, la responsable de
l’évolution des enfants,Pinka, le responsable de la nourriture, le responsable des boissons et deux
agents de sécurité extérieures.
Elle les salue et se présente.
Lindic prend la parole.
– Alors Lina, vous voulez toujours aller faire un petit tour à l’extérieur de la sphère.
Expliquez- nous pourquoi et comment vous comptez y procéder.
Lina se lance dans une explication très détaillée de son expédition. Elle savait que chaque membre
du jury avait lu son projet et avait son opinion. Elle essayait de démontrer l’intérêt d’une telle sortie
scientifique, 15 ans après la dernière sortie connue. En tant que scientifique, elle pourrait faire de
nouvelles études, voir comment évoluait l’extérieur. C’était aussi important pour la sphère.
- Mais Lina , êtes-vous consciente des dangers que vous courrez?
- Oui, je le sais. Il n’y a pas d’air respirable, pas d’eau, je peux rester coincée là-bas, sans possibilité
de retour à la sphère. Si je ne me conduis pas correctement, je peux être rejetée de la sphère, sur
votre ordre. Mais je me conformerai au protocole et j’obéirai aux personnes que vous m’imposerez.
Plusieurs sourires se faisaient sur les visages en face d’elle. Lindic reprend la parole.
- Bien Lina, nous allons délibérer et vous recevrez la réponse dans quelques instants.
Lina sort. Dean est là.
– Alors, tu en penses quoi? lui demande-t-elle
– Que ça devrait être bon. Mais je compte sur toi pour m’obéir, Lina.
– Oui, je leur ai dit que j’obéirai à toute personne qu’ils m’imposeront dans ma mission.
– Oui, mais je te connais Lina. Tu en fais toujours à ta tête, la preuve! Promets-moi que tu
m’obéiras pendant la mission! Du moment que l’on sort de la sphère, tu feras tout ce que je
te dirai!
Dean était très sérieux, il lui faisait même peur à la fixer aussi durement.
– Oui, je te le promets, croit-t -elle obligée de lui dire d’une voix grave et sérieuse.
Tout à coup la porte s’ouvre, une femme vient demander à Dean de revenir. Il la suit. Lina attend
là, à l’extérieur, hébétée par cette intervention. Dean avait une importance dans l’accord pour sa
mission. Son opinion comptait vraiment. Elle s’assoit sur le banc à coté de la porte. Elle fixe un des
écrans qui passait les messages habituels. La température, l’eau, l’air, les nouvelles naissances, les
disparus, les repas avec la pilule…
Toujours la même chose, immuable, toujours la même voix cristalline qui souhaitait une bonne
journée.
« Tout est pour le mieux dans la sphère, vous êtes heureux, c’est le bonheur. N’oubliez pas votre
visite médicale mensuelle »
Elle pousse un soupir, allonge ses jambes et ferme les yeux.
Il fallait attendre. La porte ne laissait rien passer. Elle n’entendait rien. Dean ne lui dirait rien, elle le
savait. Elle voulait tant y aller, mais elle voulait être sûre de pouvoir revenir vers la sphère. Elle ne
savait pas ce qu’il y avait dehors. Certainement rien. Mais il fallait qu’elle voit. Cependant elle ne
voulait pas non plus être rejetée de la sphère. Elle voulait rester dans la sphère, en faire partie.
La porte s’ouvre. Dean passe la tête et lui demande de venir. Elle se lève précipitamment, surprise
par son intervention. Elle entre.
Lindic prend la parole.
- Bien, Lina, nous avons bien étudié votre projet. Nous avons décidé de vous suivre. C’est accordé.
Dean supervisera l’expédition et sera responsable de la sécurité. Vous devrez lui obéir. Tan, ici
présent , vous accompagnera comme scientifique biologique. Il nous a dit beaucoup de bien sur vos
études.
Lina le connaissait bien, il avait été son professeur. C’était un homme d’une cinquantaine d’années,
pas très grand, assez chétif, avec un visage rond, des yeux très petits et très noirs. Il avait des yeux
bridés, en amende et un nez aplati. Il était un des hauts spécialistes scientifiques de la sphère. Elle
l’appréciait beaucoup. Il cherchait toujours à aviver leur curiosité.
- Votre voyage sera de quarante huit heures, dans six mois. Dean déterminera la date exacte.
Lina est heureuse. Ce serait rapide. Il fallait tout préparer. Ça allait être passionnant. Elle remercie
tout le monde. Elle jubilait intérieurement, elle avait eu raison de mettre Dean dans son projet.
- Merci de me permettre d’accomplir ce projet. Je souhaite que cela soit bénéfique à la sphère.
Elle était enthousiaste.
Dean souriait à peine. Il était sur sa gauche près de la dernière personne du jury, debout, bien droit,
les bras dans le dos.
Tan lui demande d’approcher. Il avait lu avec attention son projet et il voulait la féliciter. Il voulait
prendre rendez-vous avec elle pour préparer la mission. Ils s’organisent.
Quand elle sort de la salle, Dean l’avait attendu. Il semblait très sérieux.
– Alors, contente?
– oui, très, merci. Ils t’ont demandé quoi?
– Beaucoup de choses, notamment sur la sécurité. Tu vas devoir passer beaucoup d’examens
de santé. C’est moi ton évaluateur. Il faudra surtout répéter les procédures d’alertes. Je ne
veux pas de problème pendant cette mission. D’ailleurs, on commence demain, dès 13h. Ton
travail est déjà prévenu pour ton absence. Ils ne doivent pas être au courant de ta mission
même si tu en as déjà parlé, tu n’as plus le droit d’en parler à partir de cet instant précis.
Tout ce que tu verras, devra rester entre nous, tu ne devras rien révéler. As-tu bien compris?
– Oui capitaine! Fait-elle en souriant
– Je ne plaisante pas! il était très sérieux et ne souriait pas du tout.
– Oui, Dean, on est d’accord.
Il sort un petit disque de sa sacoche.
– Tu dois lire tout ceci pour demain. C’est la base. Il faut que j’y aille. A demain! et il part en
courant la laissant seule devant le bâtiment. Lina attrape une volinette et se dirige vers son
travail.
Elle avait réussi, son projet allait aboutir. Elle irait voir hors de la sphère. C’était vrai, elle
allait le faire. Elle avait du mal à réaliser. Elle se sentait soulagée, heureuse presque. Il ne fallait rien
dire à personne, ce ne serait pas très évident. Mais elle ferait ce que la sphère lui demandait. Elle
souriait, elle avait enfin obtenu l’autorisation tant désirée. Elle verrait l’extérieur de la sphère. C’est
la coeur léger et en sautillant qu’elle pénétrait dans le bâtiment de l'école.
Elle va retrouver Ryna dans son bureau. Elle lui raconte tout en lui faisant promettre qu’elle ne
dirait rien de sa mission.
– Je suis heureuse pour toi Lina, tu réalises ce que tu souhaites le plus.
Elle lui souriait sincèrement. Lina appréciait le regard bienveillant que posait Ryna sur elle.
– Je vais pourvoir faire des recherches et vérifier si tout est toujours contaminé. Peut-être que
la sphère pourra évoluer différemment? Que de possibilités!
– Oui Lina, cela peut ouvrir de nouvelles perspectives pour la sphère. Mais promets moi que
pendant cette mission, tu prendras soin de toi. Ryna avait terni ses yeux, elle la regardait
sérieusement.
– Oui, je te le promets. Je ferais attention.
– Je suppose que l’on va moins te voir ici.
– Seulement les matins.
– Prépare bien cette mission, Lina. Tu as une chance énorme de pouvoir le faire. Profites-en
bien. Fais bien toutes les expériences nécessaires. Et fais très attention à toi, cela peut être si
dangereux.
Ryna prodiguait à Lina des conseils pendant de longues minutes. Lina l’écoutait attentivement. Elle
appréciait beaucoup Ryna, la seule femme de la sphère qu’elle connaissait depuis toujours et qui
était son aînée de vingt ans. Elle avait toujours pris conseil auprès d’elle et elle s’était toujours
confiée à elle.
– Je ferais attention, Ryna, et à mon retour je te réserverai à toi toute seule un récit complet de
mes aventures. Ryna lui sourit. Lina voit perler au coin des ses yeux des larmes. Je ne suis
pas encore partie.
– Je sais, mais on ne pourra plus parler de ta mission. Lina acquiesçait. Ta volonté ma toujours
impressionnée, tu n‘abandonnes jamais. Tu as réussi là où j’ai échoué. Continue, Lina. Je
suis un peu émue car je t’ai vu grandir, tu es la seule enfant que j’ai toujours suivi, qui s’est
le plus confiée à moi. Et tu as réussi l’a où j’ai échoué. J’ai une sorte de fierté de t’avoir
aidée, de t’avoir conduit. Cela m’émeut de savoir que tu vas réaliser ce que tu as souhaité le
plus.
– Merci, Ryna. Lina lui souriait les yeux embués.
Une sonnerie se fait entendre, les enfants sortaient en récréation.
– Allons les rejoindre dans la cour, Lina; promets moi de rester telle que tu es.
– Promis. Elle lui sourit en émettant un léger rire.
Et elles rejoignent le groupe des enfants. Lina appréciait sa journée avec délectation. Elle regardait
ces petits humains jouer, apprendre, grandir. Elle savait qu'elle sortirait de la sphère,qu'elle
réaliserait son rêve.
CHAPITRE IV: L ’ entraînement
A compter du jour suivant, une fois ses cours de la matinée terminés avec ses élèves, qui ne
savait rien sur sa mission , elle rejoignait Dean. Elle ne donnerait ses cours que le matin désormais
consacrant ses après-midi seulement à la préparation de la mission. Ce jour là, il l’attendait dans le
stade de sport près de son logement. Il avait revêtu un short et un débardeur blanc. Elle le salue d’un
signe de tête.
- T’es prête, Lina, pour un bon entraînement? D’abord, je vais faire une évaluation de ta condition
physique. On va courir autour du terrain et faire divers exercices.
Pour Lina, commençaient des heures interminables d’entraînement intensif: De la course à pieds,
des pompes, des barres, de la piscine. Dean ne lui laissait aucun répit. Le début de soirée
commençait à s'entamer. Épuisée, Lina reprenait son souffle assise au bord de la piscine. Dean
effectuait une dernière longueur. Il sort de la piscine à sa hauteur en se hissant à la seule force de ses
bras. Il était large d’épaule, Lina le trouvait agréable à regarder. Il s’assoit à côté d’elle et bat l’eau
de ses pieds comme elle le faisait.
– Alors, mon niveau est comment? Lui demande Lina sans le regarder.
– Bon, Lina, tu es en bonne forme physique.
– allez, avoue que tu ne pensais pas que je me défendais bien. Elle lui souriait en le regardant
de travers.
Elle le voit esquisser un sourire. Elle rit. Il la suit dans son rire.
– Oui, j’avoue, tu m’impressionnes. Je pensais qu’il y aurait plus de travail.
– c’est fini pour aujourd’hui?
– Oui, je t’ai assez torturé.
Lina lui sourit en se levant. Elle n’estimait pas avoir été torturée mais elle se sentait lessivée. Elle
ferait tout pour ne rien laissé paraître. Elle savait qu’elle s’engageait dans une mission qui pouvait
être dangereuse. Il fallait qu’elle soit en excellente forme. Elle l’avait prévue. Elle ne devait surtout
pas se plaindre. Elle le connaissait bien, elle lui faisait totalement confiance mais parfois il pouvait
être cruel. Elle ne lui raconterait pas ses doutes.
Les jours suivant étaient quasiment identiques dans l’intensité de l’entraînement. Mais Lina tentait
de temps à autre de détendre l'atmosphère et ils rigolaient bien.
Un après midi, Dean venait d'arriver les bras chargés.
– Voici la combinaison que nous porterons dans la machine qui nous conduira dehors et pour
aller à l’extérieur, on devra mettre ce casque.
Dean lui présentait un vêtement d’un seul tenant, noir.
- Il s’adapte au corps, lui précise-t-il. Enfile le!
Elle obéit. En effet, il épousait sa forme parfaitement, elle se sentait à l’aise. Sur sa poitrine elle
voit un grand bandeau argenté.
Dean enfile la sienne. Il avait aussi ce bandeau.
– Il est original le motif, fait-elle
– Tu sais bien que tout est utile dans la sphère. C’est très simple, si le bandeau passe au noir,
cela signifiera que tu es irradiée, tu ne pourras plus revenir dans la sphère sans une
procédure longue d’isolement et ça n’a jamais marcher jusqu’à maintenant. Pour résumer,
c’est noir, t’es mort! Tu en es bien consciente Lina?
Lina ne dit rien, elle touche seulement le bandeau du bout des doigts.
– oui, Dean, je suis consciente de tout cela. Je suis prête à mourir pour cette mission, Dean. Je
veux savoir ce qu’il y a de l’autre côté. Je sais que c’est risqué. Si je pouvais y aller seule,
j’irais sans risquer ta vie.
Il ne dit rien. Mais l'observe quelques secondes avec attention.
– Essayes le casque.
Elle le met. Il lui englobait la tête, il était entièrement transparent et elle pouvait respirer à
l’intérieur. L’oxygène y circulait normalement. Deux fines et légères bouteilles étaient fixées sur
son dos.
Puis, Dean lui demandait d'effectuer les exercices déjà effectués mais revêtu de la combinaison. Il
ne fallait pas qu’elle se fatigue trop vite. Il fallait qu’elle s’habitue à la porter et qu’elle arrive à
économiser un maximum d’oxygène.
Tan, son professeur de science, autre membre de la mission, l’aidait à préparer l’expédition
en répertoriant les procédures de prélèvement pour l’extérieur, en préparant des procédés qui leur
permettraient immédiatement de vérifier si l’air, l’eau, la terre étaient toxiques. C’était l’autre agent
de sécurité qui entraînait Tan. Il s’appelait Phil et était un peu plus âgé que Dean. Il était aussi grand
que Dean et avait la même corpulence. Il paraissait plus musclé que Dean. Mais son visage carré et
emascié lui donnait un air féroce et dur. Ses petits yeux noirs faisaient peur à Lina.
Tan se plaignait régulièrement de la rudesse de l’entraînement qu‘il suivait avec Phil. Il ne pensait
pas que cela pouvait être dur à ce point là. A cinquante annuités, il ne se sentait plus comme à vingt
même avec les pilules soit disant magiques du doctus.
Cinq mois d’entraînement s'étaient écoulés. Ce jour là, Dean arrive à leur lieu de rendez-vous avec
un engin que Lina n’avait jamais vu dans la sphère. C'est un large véhicule composé de quatre
roues, d’une caisse avec deux sièges à l‘avant et d'un bac vide à l‘arrière. Dean se tenait au volant.
Elle en avait vu de lointaine imitation dans de vieux documents sur le passé. Elle n’avait jamais
imaginé que la sphère en possédait encore. Elle était très étonnée. Dean lui expliquait que cela
fonctionnait grâce à l’énergie solaire, comme tout dans la sphère. Ce véhicule allait très vite et dans
tout endroit de la sphère. Il pouvait parcourir une grande distance. Lina était stupéfaite que ce genre
de véhicule existe dans la sphère. Mais elle n’était pas au bout de ses surprises.
– Bien sûr, ces véhicules sont réservés aux agents de sécurité pour des opérations particulières.
Tu n’en parles à personne. Aujourd’hui, je vais te montrer un véhicule encore plus
impressionnant. Tu vas découvrir l’engin dans lequel nous allons nous déplacer. Mais pour
aller le voir je suis obligé de te bander les yeux!
– Je ne dois pas voir où c’est situé
Elle sourit, incrédule.
– Désolé mais ce sont les ordres. Assieds toi sur ce siège.
Dean était très sérieux, il ne souriait pas.
– Ok puisque je n’ai pas le choix.
Le départ était imminent, plus que quelques semaines. Lina trouvait Dean de plus en plus distant et
trop professionnel. Ses sourires ne l’amadouaient pas. Elle obtempérait sans plus rien demander.
Il lui colle un bandeau sur les yeux. Elle se sentait bizarre partagée entre un sentiment de joie de
connaître quelque chose de nouveau et de peur car la sphère leur cachait beaucoup de choses . Elle
sent que le véhicule se déplace. Cela dure un très long moment. Puis il s’immobilise. Dean ne parle
pas. Elle entend des bruits de ferraille, de choc. Et le véhicule repart. Cela dure encore de longs
instants. Et il s’immobilise à nouveau. Dean lui enleve le bandeau.
– Nous sommes arrivés. Je devrais refaire le même manège à chaque fois que nous viendrons
ici et que nous repartirons.
Lina ne répond pas, elle regarde devant elle et voit l’engin. Elle en avait vu d’identique dans les
bouquins sur l’histoire sur l’ancien temps. C’était une grande masse noire uniforme avec deux ailes
sur chaque côté et un nez devant très pointu. Il se trouvait dans un grand espace totalement clos et
fermé qui ne pouvait être vu de l’extérieur. Dean s’était garé devant. Ils étaient seuls dans ce grand
bâtiment totalement hermétique. L’entrepôt était très large et très haut de plafond. Il n’y avait que
cet engin à l’intérieur.
– Cet engin vole et roule sur terre. Nous lui avons donné comme nom « libellule ». Viens que
je te présente la machine.
Il s’approche de l’engin, appuit sur un bouton digital et une porte, invisible à l’oeil nu, s’ouvre. Lina
le suit. Il y avait un sas d’entrée, puis sur la droite, la cabine de pilotage avec deux sièges et un large
panneau noir perpendiculaire devant les sièges.
– Derrière tu as la salle de vie avec les sièges pour les passagers et les lits, puis la salle d ’eau
et la salle de stockage où tu pourras faire tes expériences, à toi de l’aménager pour que cela
ne pose aucun problème pendant l’expédition.
Lina regarde chaque pièce, elles sont très spartiates et fonctionnelles. Il la ramène vers la cabine de
pilotage. Il n’y avait pas de vitre sur l’extérieur, tout était sombre, seulement éclairé par les lumières
artificielles. Dean appuit légèrement sur une lumière et le pare-brise se divise en deux parties
laissant une vue sur l’extérieur, en l’occurrence le grand entrepôt métallique dans lequel l’engin
était parqué. Dean lui avait dit qu’il était secret et qu’elle ne devrait pas en parler.
Depuis qu’elle avait entrepris ce projet, elle était impressionnée par le nombre de secrets. Elle
croyait qu’il n’y en avait pas dans la sphère. Elle n’y était pas habituée. Dean était au courant de
pas mal de chose, elle s’en rendait compte. Là, il faisait fonctionner une machine qu’elle n’avait
jamais vu et qui leur permettrait d’aller à l’extérieur, qui roulait et volait. Il semblait à l’aise avec
ce tableau de bord et avec toutes ces iodes lumineuses. Il appuyait sur certaines d’entre elles.
Pourquoi tout cela était caché aux citoyens? Mais elle gardait toutes ses questions pour elle. Elle
avait peur qu’en étant trop curieuse la mission ne soit annulée. Et elle tenait à sortir de la sphère
plus que tout.
– Nous allons procéder aux phases de démarrage.
Dean c’était assis sur un siège. Il manipulait divers instruments, le panneau s’illuminait de milliers
de couleurs, de lumières.
– Assieds toi, Lina.
Elle obéit. Mais à peine assise, des lanières la plaquent contre le siège. Elle en est surprise.
– c’est normal, c’est la sécurité, Lina. Attention, on va décoller.
Elle sent le véhicule décoller mais aucun bruit ne s’échappe de l’appareil.
Dean attrape un cordon qui sort du tableau de bord et qui se termine par un bout de plastic noir. Il se
calle dans son siège et garde l’embout entre ses doigts.
– Je veux te montrer comment libellule se comporte en vol. N’ais pas peur, je vais faire des
exercices un peu violent. Essayes de ne pas crier.
Elle le voit esquisser un sourire.
Lina n’en menait pas large. Qu’allait-il se passer?
Il lui sourit et avec son pouce joue sur l’embout en rond. La machine tremble et la secoue dans tous
les sens. Elle tente de s’accrocher à son siège mais c’est inutile. Lina sent son coeur déborder, jamais
elle n’avait été secouée à ce point dans tout les sens, elle ne distinguait plus le haut du bas. Elle
réfrénait fortement son envie de hurler. Dean semblait impassible. Il s’amusait, il souriait concentré
sur ses figures. Puis il arrête enfin et se pose.
– Alors?
Lina prend quelques minutes avant de lui répondre, elle avait du mal à reprendre ses esprits, cela
avait été stressant et amusant à la fois.
– Amusant, tu es un bon pilote, je ne savais pas que ce genre d’engin existait vraiment.
– Beaucoup de choses existent Lina. Mais tu n’en parles à personne.
– Comme tout dans cette mission!
Lina sortait de cet entraînement assez chamboulée. Comment tous ces véhicules pouvaient exister
sans que les citoyens de la sphère ne soient au courant? Pourquoi les citoyens ne pouvaient pas en
profiter? Pourquoi existait -il tous ces secrets? Elle se demandait surtout s’ils en existaient beaucoup
d’autres.
Mais son seul but était de pouvoir aller vers l’extérieur. Elle remettrait à plus tard toutes ces
questions qui somme toutes lui paraissait bien bénignes.
Elle devait se concentrer sur sa mission et tout préparer.
Elle travaillait beaucoup sur les cartes qui restait de la terre. Elles étaient vieilles et n’avait pas été
remises à jour. Personne ne sortait de la sphère. D’ailleurs, la dernière expédition officielle dont elle
avait été au courant remontait à une quinzaines d’années et personne n’était revenu. Un véritable
échec, qui avait été relayé sans arrêt, prouvant et répétant qu’il ne fallait pas vouloir sortir de la
sphère, c’était dangereux, on pouvait mourir. Une véritable panique s’était emparée de la population
de la sphère, bannissant pour toujours les sorties extérieures. Les missionnaires avaient été pleurés
comme des héros. Une panique folle avait envahi les gens, pensant qu’ils allaient mourir, les stocks
de nourriture avait été épuisé en 2 jours, la sphère avait frôlé l’épuisement. Les gens ne se
divertissaient plus, ayant peur que la sphère se détruise. Une inspection minutieuse de la sphère et
de sa structure avait été organisée. Des reportages sur la sécurité passaient en boucle, ils précisaient
qu’ils étaient en sécurité dans la sphère, qu‘elle était inébranlable. Le calme était revenu lentement.
Les choses avaient repris leur cours.
Des divertissements nouveaux étaient apparus avec beaucoup de relaxation. Des sports
avaient été remis à la mode avec des ballons opposant des équipes des quatre coins de la sphère, des
combats entre divers athlètes. Beaucoup de jeux étaient virtuels. Depuis, plus aucune mission
n’avait été officielle, Lina avait comprit qu’il y en avait eu mais peu de monde était au courant.
Dean le lui avait confirmé sans s’en rendre compte en lui confirmant qu’il fallait vérifier la structure
de la sphère de l’extérieur. Lina avait su qu’un voyage extérieur était possible.
Lina préparait l’endroit d’atterrissage. Ce n’était évident, les cartes étant très vieilles.
Ils iraient sur un ancien territoire appelé Europe. Elle n’arrivait pas à déterminer les anciens pays.
Pour elle, il n’existait que deux mondes, la sphère et hors de la sphère.
Elle avait du signer un paquet de documents de façon électronique, précisant que tout ce qu’elle
verrait ou ferrait devait rester confidentiel. Elle devait en référer au responsable de la mission,
Dean. Et tout devait passer par le jury et c’est seulement lui qui estimerait si les citoyens devaient
être mis au courant ou pas. Cependant, toutes ces règles ne ternissaient pas l’enthousiasme de Lina
qui augmentait au fur et à mesure que la date du départ avançait.
Dean restait très strict sur la sécurité, sur son entraînement physique. Il ne parlait que de sécurité.
Avec Tan, elle prévoyait divers compartiments pour entreposer leurs découvertes, des
compartiments totalement hermétiques et pouvant supporter des conditions extrêmes. Ils tentaient
de les tester à tout. Rien n’était facile. Lina travaillait énormément à son projet. Cela lui tenait
tellement à coeur.
Les jours et les semaines passaient très vite. Lina n’assurait plus ses cours. Elle avait été remplacée
à l’école des citoyens. Les enfants n’avaient pas été mis au courant de sa mission, ils savaient
seulement qu’elle était partie. Elle n’avait pas eu le droit de leur dire au revoir, il ne fallait pas les
perturber. Lina en avait été peinée mais elle ne pouvait pas compromettre sa mission en exigeant de
pouvoir revoir certains de ses élèves. Il était interdit de s’attacher aux enfants. Il fallait les préserver
et ils ne devaient pas s’attacher pas aux adultes.
Elle obéissait comme elle l’avait toujours appris.
Une fois par semaine, elle passait plusieurs heures avec un doctus qui lui faisait différents examens.
A vrai dire ces séances l’apaisaient. Elle arrivait le matin, était installée dans une pièce blanche avec
une banquette confortable. Elle s’allongeait, le doctus entrait, lui posait divers électrodes sur les
jambes et la tête et elle s’endormait paisiblement. Elle ne souvenait de rien à part d’un bon
sommeil. Ces séances , elle les appréciait. Elle se détendait, elle en sortait sereine et reposée.
Le départ approchait. Ils ne seraient que quatre dans l’expédition, Phil et Dean pour tout ce qui
tenait à la sécurité. Tan et Lina pour les expériences scientifiques. Tout était prêt. Lina ajoutait dans
son matériel personnel un appareil photo. Elle savait que ce n’était pas autorisé mais elle estimait
que c’était indispensable pour bien expliquer l’expédition. L’appareil était minuscule, il tenait dans
sa main et ressemblait à un disque pour ordinateur. Elle l’avait dérobé à l’école avant de partir. Il
leur servait une fois par an pour les photos de groupes et individuelles. Ils ne s’apercevraient pas de
sa disparition avant la prochaine séance photo dans plus de 6 mois. Elle serait déjà revenue et aurait
remis l’appareil en place. Dans la sphère, les photos étaient règlementées et un citoyen n’avait pas
le droit de prendre des photos sans autorisation. Lina avait toujours trouvé cela ridicule, que
pouvait faire comme mal une photo dans la sphère. Elle s’y était toujours intéressée. Mais elle avait
compris en consultant les archives que les photos figeaient le temps. Elle pouvait révéler des choses
pas toujours agréable. Et dans la sphère, tout était contrôlé: les films et les photos. Cette préparation
de l’expédition lui faisaient se poser plus de questions chaque jour. Mais elle n’en parlait à personne
de peur que ses interrogations ne poussent à annuler sa mission. Mais plus la date de départ
approchait, plus la sphère lui semblait mystérieuse.
La veille de son départ, elle doit faire sa dernière visite médicale. Elle y va après l’entraînement. Un
doctus qu’elle ne connaissait pas la reçoit. Il n’était pas très grand, chauve avec des yeux petits et
très noirs.
– Alors, dernier examen?
– Eh oui, fait Lina un large sourire aux lèvres.
– Vous me semblez très heureuse
– Mais je le suis
Il la regarde seulement de haut en bas.
– Vous connaissez la procédure?
– Oui
Et Lina s’allonge sur la banquette, attend qu’il place toutes les électrodes et elle s’endort comme à
chaque fois. Quand elle se réveille, elle se sent bien.
– Vous allez très bien. Faites bien attention à vous, lui dit le doctus en la raccompagnant à
l’extérieur.
CHAPITRE V: Décollage
Ils vont partir. Ils sont tous installés dans l'engin, “Libellule”. Phil et Dean sont dans la
cabine de pilotage tandis que Lina et Tan se trouvent dans le compartiment “lieux de vie”; Lina et
Tan n’ont aucune vue sur l’extérieur.Tan est aussi joyeux que Lina même s’il est beaucoup plus
vieux qu’elle. Ils avaient passé pas mal de temps à préparer les ustensiles nécessaires aux
prélèvements, au stockage de leurs trouvailles. Ils avaient aussi installé une station scientifique pour
avoir des résultats immédiat. Ils s’étaient entraînés à faire des prélèvements avec la combinaison et
le casque transparent qui leur amenait l’oxygène nécessaire.
Ils se regardent en souriant. L’appareil ne fait aucun bruit, même à son décollage. Lina n’entend rien
de particulier. Elle regrette de ne pouvoir aller dans la cabine de pilotage. Dean devait voir
l’extérieur. Il les préviendrait quand ils pourraient venir.
Tout à coup, elle sent diverses secousses et un mal aux oreilles la surprend. Dean lui avait dit qu’ils
monteraient très haut dans le ciel . L’appareil tressautait. Elle se met à regarder partout mais il n’y
avait rien à voir. La peur commence à la gagner. Puis, comme le lui avait appris Dean, pendant
l’entraînement , elle décide de fermer les yeux et se met à respirer lentement pour se calmer. Elle
remarque que Tan aussi avait fermé les yeux.
Puis, ses oreilles se débouchent, l’appareil devient stable. Dean leur indique par le micro qu’ils
peuvent se détacher et venir dans la cabine de pilotage. Lina s’exécute aussitôt suivie de Tan. Quand
elle entre, la plaque habituelle conte la vitre était mise. Elle est déçue. Le tableau de bord était
illuminé de toutes les couleurs. Dean se retourne. Il portait le micro contre sa bouche. Il le déplace
sur le côté. Il lui sourit. Phil se tenait à ses côtés.
– Nous allons enlever le pare brise. Vas-y Phil.
Ce dernier appuit légèrement sur une lumière verte. La plaque se divise en deux pour se replier sur
les côtés. Dans un premier temps, ils ne voient que du blanc, des boules de blanc.
– Dans les nuages, nous somme dans les nuages, murmure Tan.
– En effet, approuve Phil.
Il tenait dans sa main le cordon qui se terminait par un embout en plastic. Phil le penche.
“Libellule” se penche aussitôt. Ils pouvaient voir en bas. La terre, leur terre, ils la voyaient. Du
marron, du vert, du bleu.
– C’est surprenant, je ne m’attendais pas à voir toutes ces couleurs. Il est vrai que nous
sommes haut. Du marron , oui, mais du vert et du bleu, c’est pas possible . N’est-il pas
possible de descendre pour voir ce que c’est?
– non, nous devons rester à cette altitude pour ne pas endommager l’appareil avec les gaz
toxiques.
– Ben, on y est en plein dedans, fait Lina. Les gaz ne s’arrêtent pas à un endroit précis, ils
montent.
– Non, nous avons des ordres différents. Nous devons rester à cette altitude. Nous ne pouvons
pas descendre, rajoute Phil.
Dean lance un regard autoritaire à Lina pour qu’elle arrête ses questions.
Tan avait regagné son siège, déçu et résigné. Il s’était rattaché. Lina continue d'observer quelques
instants. Elle avait posé ses mains contre la vitre.
– Nous refermons, annonce Phil. Regagne ton siège.
Dean ne la regarde même pas. Elle repart dans la salle de vie.
Dean, en appuyant sur un bouton, ferme la séparation entre la cabine de pilotage et la salle de vie.
- Il m’énerve ce Phil, fait Tan. C’est lui qui m’a préparé physiquement à la mission. Il ne me
respecte pas. Ce n’était pas marrant tous les jours. Si on ne descend pas, on ne peut pas distinguer
si le bleu c’est de l’eau ou autre chose. On ne m’a pas autorisé des appareils de photos ou des films,
des loupes. Je me demande s’ils oseront nous poser! S’exclame-t-il. Cette mission me paraît de plus
en plus suspecte.
– moi aussi on me les a interdit. Mais j’ai pris ça. Elle lui montre le mini appareil photo qui
tenait dans sa main. J’ai mis au point un zoom et des rafales de photos et des films. Je l’ai
activé quand nous avons observé.
– Génial. Toujours de bonnes idées. Vous l’aviez caché où?
– Secret, fait-elle en souriant. On regarde ce que cela donne ?
– Oh oui! Fait-il avec jubilation.
Ils étaient assis côtes à côtes dans l’appareil.
– l’écran n’est pas génial mais on va voir ce que cela donne.
L’appareil avait pris plus d’une cinquantaine de photos. En appuyant sur le côté de l’appareil, un
écran virtuel apparait. Il passent en revu les photos.
– En plus j’ai réussi à piquer un logiciel qui agrandit les photos, on pourra tout voir sur ce
petit écran.
– On dirait bien des lacs, Lina, tu en penses quoi?
- Des lacs et là des forêts, regarde, les arbres.
Elle s’arrête sur la photo et l’agrandit.
– Ce sont bien des arbres.
Ils se regardent en souriant.
– Mais c’est incroyable je croyais qu’il n’y avait plus rien, que du sable, des cailloux, irradiés.
Pas d’eau, pas d’herbe, pas d’arbres!!!
Ils continuent à passer en revu chaque photo. Lentement, en essayant de relever les détails.
– Oh! C’est quoi cette tache, près de l’eau? Vas-y, essayes d’agrandir?!
Ils observaient étonnés.
– C’est pas possible!! s’exclame -t-il
Sur l’écran, il y avait un groupe d’êtres humains comme eux qui les observait. Ils étaient vêtus de
tuniques de couleurs différentes, plein de terre, les visages sales, certains avaient la bouche ouverte,
ils leur manquaient des dents. Ils zooment un maximum. Il y avait trois hommes. Ils regardaient le
ciel, il les regardaient.
– On le dit à Phil et Dean?
– Inutile. Ces deux là doivent déjà être au courant, ils sont agents de sécurité, ils savent plus
de choses que nous. Lina, il y a la vie. Ils n’ont pas l’air difforme à cause des radiations .
Ils observaient les photos de longs instants. Depuis toujours on leur disait que seul ceux de la sphère
avaient survécu.
C’était incroyable mais on leur avait menti.
– non, on ne leur dit rien, ils ne vont pas vouloir nous poser à l’endroit que tu as prévu, insiste
Tan. C’est pour ça que le président du jury était si tatillon.
- Comment ça? C’est pas vous qui avez influencé le jury, fait Lina surprise
- Oh non! je n’y suis pour rien. Dean et le responsable de la sécurité ont décidé de l’expédition.
A un moment, ils parlaient par mots codés.
– Carrément?!!
– Oui, je pense qu'ils doivent avoir une autre mission. Le principal c’est que l’on soit là, Lina.
– T’as vu ça, elle lui montrait la photo en gros plan, on distinguait chaque membre du groupe.
– on peut vivre dehors, c’est génial!!
– tu serais prêt à le faire?!
– oui, vivre dehors, pas de problème, j’y pense secrètement depuis longtemps
– Enfin quelqu‘un qui pense comme moi
– il faudrait informer tout le monde de la sphère, leur dire qu’ils ont le choix entre la sphère et
dehors, que d’opportunités, de perspectives!Lina l’avenir est devant nous!
Ils se souriaient.
Tout à coup, Dean les informe qu’ils atterriraient bientôt. Tan et Lina s’attachent fermement sur
leur siège. Ils n’arrivaient pas à ne pas sourire. Ils étaient tout deux excités. Ils se parlaient sans
arrêt des photos qu’elle venait de prendre. Puis ils sentent des secousses, ils sont ballottés sur leur
siège. Ils sentent des à-coups, l’avion se posait. Puis l’appareil se stabilise. Dean et Phil leur
signalent qu’ils s’étaient posés. Ils leur ordonnent de ne pas bouger de leur siège le temps qu’ils
fassent les vérifications nécessaires.
Ils avaient enfin atterri. Lina et Tan étaient impatients de sortir. Ils s’étaient déjà levés de leur siège
malgré les ordres. Phil s’était levé, leur avait ordonné de ne pas bouger tant qu’il n’avait pas fait un
tour de l’engin. La sécurité avant tout. Que pouvait-il se passer puisque tout était mort dehors?
Pourquoi ils prenaient tant de précautions? Tan et Lina se regardaient d’un air entendu. Ils savaient!
Ils étaient au courant que des humains vivaient au dehors, leur montrer les photos aurait été inutile.
Mais Lina et Tan avaient décidé de faire les imbéciles et de faire semblant de ne pas comprendre
leur stress et leur énervement. Dean restait dans le poste de pilotage contraignant Lina et Tan à
rester dans l’espace de vie. Il ne voulait pas qu’ils restent avec lui. Lina insistait pourtant.
– Pourquoi on ne peut pas rester avec toi? Il n’y rien de spécial. On a atterri, non? On peut
sortir!
– Lina, pas encore. Nous devons sécuriser le périmètre et vous sortirez quand nous vous le
dirons!
– Mais pourquoi tout ça ,Dean, il n’y a personne qui peut nous attaquer, il n’y a rien à
l’extérieur, que de la terre, des cailloux, irradiées! s’exclame-t-elle
Dean lui lance un regard méchant et plein d’autorité. Il était chargé de reproches, de secrets, de
choses qu’il ne pouvait pas lui dire.
Lina est choquée par ce regard violent. Elle y lisait des choses cachées, des choses qu’il se refusait
de lui dire.
– va t’asseoir dans la salle de vie et tu sortiras quand je te le permettrai. Tu t’es engagée à
m’obéir et quand on obéit on ne pose pas de questions!crit-il
Renfrognée et touchée dans son amour propre, Lina va dans la salle de vie en colère. Elle s’assoit
dans le siège et croise ses bras.
Tan n’avait pas bougé et il souriait.
– Ils savent à quoi s’attendre, j’en suis sûre! Et il ne peut, il ne veut rien me dire!
Tan émet un rire sarcastique
– je pense comme toi, Lina. La façon dont il t’a renvoyé ici en est la preuve! Ils sont au
courant de plus de choses que nous, simple habitant de la sphère! On nous cache des choses,
je m’en doutais! Tan avait les yeux qui pétillaient de colère. Et Phil qui est déjà dehors et
qui voit ce que nous devons voir! Ça m’énerve d’être coincé là! En plus, avec quoi ils vont
les accueillir les autres? Je suis sûr que leur bâtons ce sont des armes. Ils ne vont pas les
accueillir gentiment! Sinon ils ne se comporteraient pas avec autant de précautions, de
méfiance!
– Oh quand même, je suis sûre que tu exagères. La sphère n’a plus d’arme depuis des années,
elles sont trop destructrices!
Pour seule réponse Tan fait la moue, le regard négatif. Tan s’était levé et avait décidé de réunir le
matériel nécessaire à leur expédition. En s’occupant, il pensait moins à sa colère du au fait d’être
écarté encore de son but, découvrir l’extérieur. Lina l’aidait. Ils avaient prévu des sacs hermétiques,
des éprouvettes, divers produits pour faire réagir les éléments qu’ils auraient entre les mains. Puis
ils décident de revêtir leur combinaison. Mais ils ne mettent ni le casque ni les gants attendant que
Phil et Dean leur permettent de sortir.
Phil équipé d’un costume noir hermétique était partit de longues minutes. Quand Phil revient, il
passe par le sas à l’entrée de la navette. Lina et Tan se précipitent quand ils l’entendent mais il ne
leur adresse ni un regard ni un mot. Il fait directement son rapport à Dean sans que Lina et Tan ne
puissent entendre quoi que ce soit. Ils s’étaient isolés dans la cabine de pilotage. Ils y restent
enfermés un long moment. Lina et Tan trépignaient d’impatience. Mais ils ne pouvaient rien faire.
Ils étaient totalement isolés. Ils ne pouvaient pas les entendre ni les déranger. Ils étaient coincés
dans cette pièce si joliment appelé « salle de vie »! Quelle vie?! Lina se sentait en cage. Tan pensait
comprendre la notion de prison et d’enfermement. Qu’avait-il fait pour qu’on les tienne à l’écart? Il
ne savaient pas tout. Dans d’anciennes époques, il avait lu que les criminels étaient enfermés en
prison où ils étaient gardés et surveiller. On les empêchait de faire ce qu’il voulait. Cette notion était
totalement étrangère à la sphère. Il n’existait aucun criminel. Il n’y avait pas de prison. Mais là dans
cette petite salle de vie, Tan et Lina avait l’impression d’être en prison. Ils étaient seuls et coincés
dans cette pièce. Ils se rassoient dépités. Ils attendent encore de longues minutes. Puis Dean et Phil
apparaissent dans la salle de vie revêtus de leur combinaison. Lina voit un sourire être esquissé sur
les lèvres de Dean, il la fixait. Elle sourit à son tour et se lève.
– C’est bon, on peut y aller.
– Oui, mets ton casque dit Dean en souriant.
Lina et Tan s'exécutent avec frénésie. Lina n’en revenait pas, elle allait voir l’extérieur. Son coeur
battait la chamade. Son excitation était à son comble. Dean se tenait devant la porte de sortie,
derrière lui, Lina et Tan légèrement chargé de leur matériel et Phil fermait le groupe. Dean appuit
sur un bouton sur la droite de la porte, le mécanisme s’actionne, la porte s’ouvre lentement.
Une luminosité jaune et or irradiait au fur et à mesure la porte. Lina ne voyait rien. Elle était trop
éblouie. Elle porte devant ses yeux son bras pour se protéger. Dean avance, elle le suit à l’aveugle.
Elle sort de l’engin. Elle s’arrête. Elle est subjuguée. Ses yeux s’habituent à la luminosité émise par
le soleil. Elle le fixe, étonnée par cette grosse boule jaune dans le ciel, c’était la première fois
qu’elle voyait le soleil. Elle regarde autour d’elle. Elle était impressionnée par l’immensité de
l’espace, des kilomètres de terre à perte de vue, et le ciel au dessus d’elle était si bleu et si
lumineux. Elle trouvait cela magnifique. Tan et elle restent quelques instants bouche bée à examiner
cette immensité qui s’offrait à leur yeux. Dean s’était éloigné devant eux, Phil restait derrière eux.
Phil et Dean portait une combinaison noire et avaient dans leur main de long bâton noir.
Lina essayait de porter son regard le plus loin qu’elle pouvait en faisant le tour de l’appareil. Elle
voit au loin des vallons, croit apercevoir des arbres. Elle était excitée par tout ce qu’elle voyait. Elle
se met à parler avec Tan, ils déterminent leur exploration de la journée, jusqu‘où ils iraient, ce qu‘ils
prélèveraient. Il avait commencé à faire des prélèvements de terre et d’air. Phil et Dean tout en
gardant un oeil sur eux, observaient sans arrêt les alentours. Lina se surprend à sourire, elle sentait
une certaine chaleur sur sa peau. Elle observe le soleil. Elle avait du mal à contenir sa joie devant
cette immensité, ce paysage à perte de vue avec ces vallons, ce soleil qui brillait, cette lumière et
cette sensation de chaleur. Le soleil la réchauffait. Elle ne réprime pas son excitation au premier
prélèvement.
Dean et Phil étaient toujours sur leurs talons à vérifier les alentours. Ils tenaient dans leur bras des
longs instruments noirs, creux et solides. Dean lui avait seulement dit que c’était pour leur
protection. Elle ne voyait pas en quoi un tube pouvait les protéger. En avançant, ils trouvent de
petites plantes vertes qu’ils prélèvent. Lina regardait toujours plus loin.
– C’est dommage que l’on ne soit pas allé plus loin, on dirait qu’il y a des arbres là bas.
– On essaiera demain, Lina. Contentons nous de cela pour aujourd’hui, il y a pas mal de
choses à analyser, fait Tan.
Ils marchaient autour de l’engin pendant de longues heures à l’opposée l’un de l’autre. Ils
prélevaient tout ce qu’ils pouvaient. Petit à petit, le soleil disparaissait dans l’horizon. Dean et Phil
contraignaient Tan et Lina à regagner l’engin. La première sortie se terminait. Lina regagnait
lentement l’engin. Elle sentait une certaine fraîcheur, la luminosité disparaissait, il faisait noir. Elle
regarde le ciel, d’une couleur bleu nuit, elle sourit, elle voyait pour la première fois la Lune, ce
croissant blafard éclairait à peine le sol et elle voyait luire des milliers d’étoiles. Elle ressent une
sorte de sérénité en regardant ce ciel illuminé de ces petites lumières. Elle regarde Dean. Il était
toujours en mission, elle constate qu’il ne profitait pas du moment. Elle s’arrête et attend qu’il
arrive à sa hauteur. Il la regarde surpris qu’elle l’attende. Elle cherche son regard. Ils se parlaient par
l’intermédiaire de micro à l’intérieur des casques.
– Il faut rentrer dans l’engin, croit-il obligé de lui dire
– Je sais, Dean. Mais je me demandais si tu arrivais à profiter de tout cela?
– Profiter?
– Oui, Dean, arrête de surveiller et regarde vraiment autour de toi quelques secondes! C’est la
première fois que l’on est censé voir un ciel étoilé. C’est magnifique, ça te fait quoi?
Elle voit qu’il semblait interloqué et qu’il ne savait pas quoi dire. Lina le regarde droit dans les
yeux.
– Dean, regarde le ciel quelques secondes, sans penser à quoi que ce soit et
– Lina, il faut entrer dans l’engin
– Dean, fais le!!
Ils se fixaient. Voyant la détermination de Lina, il regarde en l’air. Elle se joint à lui. Ils fixent
ensemble ce ciel magnifique. Elle voit que Dean pendant quelques secondes s’abandonne à la
contemplation.
– oui, Lina, c’est beau.
Il soupire et lui sourit. Phil les interpelle, il fallait rentrer, la nuit pouvait être dangereuse. Lina et
Dean se mettent à courir pour rejoindre l’engin.
– Vous faisiez quoi? Phil les accueillent méchamment, il regarde durement Dean. Nous devons
rester dans l’engin la nuit. Tu le sais, Dean, c’est la procédure!
Lina se débarrasse de sa combinaison dans le sas. Elle le regarde attentivement et un large sourire
éclaire son visage. Elle se dirige dans le laboratoire qu’elle et Tan avait aménagé à côté de la salle
de vie. Elle laisse Dean et Phil se quereller et mettre les choses au point. Tan avait déjà revêtu une
blouse et s’affairait à faire des expériences. Il soulève à peine les yeux quand Lina entre dans la
salle.
– J’ai déjà lancé trois analyses sur l’air, la terre. J’en prépare d’autres. Tu peux commencer les
tiennes. Je notes tout ce que je fais sur cet écran. Il avait allumé devant lui un écran tactile
sur lequel grâce à un embout métallique il écrivait et enregistrait ses données.
Le laboratoire qu’ils avaient aménagés comprenait une grande table avec deux sièges assez écartés
pour ne pas se gêner, divers instruments étaient fixés sur la table. Les écrans étaient positionnés
face aux sièges. Des coffres de rangements se situaient au dessus et au dessous de la table. Sur les
cotés et le reste de la pièce, d’autres coffres et cellules hermétiques étaient positionnés. Lina
commence par mettre des gants, puis elle dépose les prélèvements qu’elle avait effectué dans le
grand caisson hermétique qu’ils avaient positionné sur la table à côté de ceux de Tan. Ce dernier
avait déjà mit dans une machine différents tubes à essais. Il manipulait ses prélèvements avec
précaution. Lina le regarde faire en s’asseyant sur le siège. Elle voulait se reposer quelques instants.
Elle en avait trop vu pour la journée. Elle pousse un long soupir.
– Ça va Lina, lui demande Tan, sans lever les yeux de ce qu’il faisait.
– très bien, quelle merveilleuse journée!
– En effet. Tan relève la tête et lui sourit. C’est immense et magnifique! C’était génial! Et tout
ce que l’on a pu prélever! C’est merveilleux!
– Quelle beauté, tout cet espace est impressionnant! Et ce ciel, quel espace, quelle splendeur!
Le soleil, la lune, les étoiles!
La machine se met à émettre un bip sonore. Tan se précipite sur la machine. Divers résultats
s’affichent sur l’ordinateur. Il les lit avidement, Lina le regarde en souriant.
– C’est incroyable, c’est pas possible! s’exclame-t-il
Lina le regardait en souriant largement et elle dit:
– Ce n’est pas contaminé! Tan la regarde avec surprise. Ne sois pas si étonné, les bandes des
combinaisons n’ont pas virées au noir.
Ils se mettent à rire. Puis ils continuent à vérifier chacun des prélèvements. Les premières plantes
prélevées, la terre n’avaient aucune trace de radiation. Tout paraissait sain. Ils se mettent à évoquer
toutes les possibilités qui s’offrent à eux. Ils pouvaient certainement respirer normalement à
l’extérieur. Ils pouvaient vivre dehors. Tan et Lina parlent de façon volubile. Ils parlaient si fort que
Dean et Phil pénètrent dans le laboratoire.
– Que se passe t-il? Vous faites un bruit monstrueux.
Tan et Lina rient.
– Nous faisons des expériences, comme nous ne sommes pas d’accord sur tout, on parle un
peu fort et un peu vite.
Tan disait cela en riant. Il ne voulait rien leur dire. Il voulait faire son rapport directement à la
sphère.
– Veuillez faire moins de bruit, dit Phil avec rudesse. Et n’oubliez pas de prendre vos pilules.
Et il repart. Dean observe Lina quelques secondes et la lueur qu’il voit dans ses yeux l’intrigue mais
il ne demande rien. Il sort à son tour. Tan et Lina se remettent à parler et à faire des expériences.
Plus tard dans la soirée, Lina laisse Tan continuer. Il ne voulait pas s’arrêter. Elle va chercher des
boissons et des pilules de nourriture. Elle arrive dans la salle de vie. Phil jouait face à un écran. Il
paraissait calme. Elle récupére deux boissons et deux pilules. Elle lui demande où se trouvait Dean.
Sans lever les yeux de son jeu, il lui montre la salle de pilotage. Elle décide de s’y rendre. Elle
franchit le sas d’entrée qui se referme une fois qu’elle pénétre dans la salle. Elle voit Dean se lever
avec stupeur, comme surpris en train de faire quelque chose d’interdit. Quand il voit que c’est elle,
son visage se détend et il lui sourit. Elle ne le voit pas. Elle fixait le pare brise. Il l’avait ouvert et le
ciel étoilé était sous ses yeux.
– Je te prends en flagrant délit de contemplation, fait-elle en riant. Elle s’assoit sur l’autre
siège du poste de pilotage. Dean s’était rassit. C’est magnifique!
– N’est-ce pas! Tu m’as un peu ouvert les yeux tout à l’heure. J’en profite!
– Tu as bien raison, Dean, ça ne te dérange pas si j’en profites quelques minutes?
– Je t’en prie Lina, profites. Après un petit silence, il ajoute. Vous avez trouvé quoi? Vous
paraissiez si excités!
– Tu n’as pas regardé les combinaisons, Dean?
– Si, j’ai tout vérifié
– Les bandeaux ne sont pas passés au noir!
– Non en effet!
– Jusqu’à maintenant, dans tout ce que l’on a examiné, aucune trace de contamination
Dean reste sans voix. Il la regarde avec étonnement.
– T’imagine,continue-t-elle, si l’on peut vivre à l’extérieur! Fait Lina, avec beaucoup de joie
dans la voix. On pourrait avoir droit à ce spectacle tout les soirs, Dean.
Pour Lina, la lune et les étoiles avaient une brillance particulière, un goût de liberté et de nouveauté.
Elle se sentait bien. Elle se permet une familiarité en attrapant la main de Dean. Elle souriait en
fixant le ciel étoilé. Dean la laissait faire, la chaleur de sa main le réconfortait. Personne ne les
trahirait ici. Elle lui parle longtemps de toutes les possibilités qui pourrait s’offrir à eux si jamais la
vie était possible à l’extérieur. Dean la laissait parler. Cela lui semblait incroyable. Il trouvait sa
main d’une douceur particulière. Ses paroles le faisaient presque rêver d’une vie différente.
– ce serait incroyable, Lina, mais restons réaliste. Même si cette partie n’est pas contaminée, il
faut quand même rester prudent. Les examens que vous ferez demain pourraient prouver le
contraire. Ne t’emballes pas trop Lina.
– Je sais bien Dean, mais cela fait quand même rêver à une autre vie.
Dean lui sourit.
– Ta volonté et ta détermination sont extraordinaire, quoique je puisses te dire, tu trouveras
quelque chose de positif, même si ce n’est qu’utopique.
– oui, fait-elle en riant.
Puis ils entendent des voix. Dean lui lâche la main, appuit sur un bouton pour fermer le pare-brise.
C’était Tan, il cherchait Lina. Il avait besoin de son avis sur différentes expériences. Elle le suit en
laissant Dean dans la cabine de pilotage. Elle lui lance un regard étincelant et plein d’espoir, il
esquisse un sourire en la fixant et en hochant la tête.
Le lendemain, l’engin les amène à côté d’une crevasse qu’ils avaient repéré la veille. Ils restaient
dans le périmètre qui avait été prévu. Lina sort de l’engin avec une joie et une vigueur intense.
Selon les cartes de la bibliothèque, ils se trouvaient sur une ancienne capitale européenne. Ils
faisaient des prélèvements tout en approchant de la crevasse. Dean et Phil restaient vigilant. La
crevasse était énorme et s’enfonçait loin dans le sol. Tan y tournait autour depuis de longs instants.
Il la sondait. Après seulement quelques secondes d’hésitation quand Phil eut le dos tourné, il s'y
aventure. En voyant Dean et Phil accourir en criant NON, Lina saute à son tour. Elle suit Tan en lui
disant qu’il fallait retourner à l’extérieur.
– Non, je veux explorer cette crevasse sans les deux agents de sécurité sur le dos.
Lina entend Dean lui demander de revenir dans le casque.
– Laisse nous explorer la crevasse quelques instants, les prélèvements peuvent être plus
intéressant. On remonte dans quelques minutes, Dean!
– Ok, mais fais vite, ce n’est pas prudent.
Les parois étaient rugueuses, froides, en pierre ciselées. Le sol en terre était glissant. Lina et Tan
descendait ce boyau de pierre. Tan avait un tube qui faisait de la lumière. Ils arrivaient à un
croisement. Le boyau se divisait en deux. Tan la regarde indécis et ils décident de prendre à droite.
Le chemin s’agrandissait au fur et à mesure. Ils avançaient lentement. Lina faisait des prélèvements
des parois, de la terre. Elle entend Dean lui crier de revenir de vive voix. Leur casque ne faisait plus
passer leur communication à cause de la roche.
Tan continuait d’avancer. Tout à coup le sol se dérobe sous leurs pieds. Ils chutaient. Lina ne voyait
plus Tan, il y avait beaucoup trop de poussière. Le bruit était assourdissant. Sa chute se stoppe. Son
corps se retrouve étaler par terre, le casque contre le sol. Il avait bien résisté. Le fracas cessait enfin.
Lina se relève et appele Tan. Quelques pierres continuaient de tomber. Tan l’invective. Il se tenait
devant elle. Son casque n’avait pas tenu, il était cassé. Il fixe Lina avec un regard inquiet. Il allait
mourir, l’air était irrespirable. Il devait respirer. Il inspire, expire, rien ne se passe. Lina et lui
attendent qu’il se passe quelque chose, rien. L’air n’est pas toxique. Il respire. Ils éclatent de rire. Il
se met à sauter de joie.
– Je suis vivant, je ne meurs pas. Lina on peut respirer!
Elle souriait et riait avec lui. Tan arrête de sauter tout à coup. Il se fige. Lina se rapproche de lui
croyant qu’il n’allait pas bien.
– Je savais qu’il fallait venir ici.
Et il se retourne vers Lina. Et elle voit derrière lui des rangées de livres, des petites tables, un mur
noir. Tan s’approche des livres et tente délicatement de les prendre. Certains se désintégrent dans
ses doigts. Ils essayent de les recueillir délicatement, les disposent dans de grands emballages qu’ils
avaient prévu. Lina regarde autour d’elle. Il y a de petites tables, des chaises en bois. Elle pensait à
sa salle de classe, adaptée à la taille des enfants. Elle enjambe divers cailloux et s’avance. Sur les
tables, dans la poussière, il y a des ustensiles qu’elle avait vu seulement dans les livres cachés de la
bibliothèque, elle reconnaît des stylos, des cahiers, ce devait être bizarre d’écrire sur du papier. Elle
touche les choses, les préleve. Mais les gants l’empêchent de bien sentir la matière.
Elle aperçoit sur le sol une forme en plastic dur, elle la ramasse. Cela avait un corps, des jambes,
des bras.
– Tan, regarde,je crois que c’est une sorte de poupée, tu sais, des représentations d’humain
pour amuser les enfants. Elle lui montrait sa découverte, il la fixait.
– oui, ça y ressemble. Moi j’ai quelques livres, beaucoup de contes, tu sais ces histoires
fausses pour enfants. J’ai quand même trouver un dictionnaire, ça nous aidera dans notre
apprentissage de l’ancien monde. Je pense que c’est une salle de classe. Il regarde derrière
elle.
– Essayes de prendre des photos du tableau noir derrière toi. On dirait qu’il y a quelque chose
écrit dessus.
Lina se retourne. Elle remarque le tableau noir et des traits blancs très légers dessus. Elle se munit
de son appareil et prend diverses images. Elle connaissait cette langue morte.
– Du français, Tan, je crois que c’est du français
– Oui, Lina, du français mais j’ai des livres en anglais et espagnol
- Je crois qu’il y a écrit « vendredi treize janvier 2 …..Tu sais qu’ils comptaient en mois qui
contenait 30 ou 31 jours, 12 mois faisait une année. L’année est illisible. « leçon: Le 21ème
siècle:crise financière: »Elle s’interrompt. Il y a beaucoup de choses effacées et des lettres en
moins.
Elle entend un grondement soudain suivis de cris, de bruits sourds, de chocs violents.
– Qu’est-ce qui se passe? Il faut que l’on remonte, Tan
– Ok, je finis d’emballer
Lina se saisit du sac contenant divers prélèvements, le met sur son épaule et commence à remonter
dans la grotte. Le boyau était facilement atteignable. Tan la suivait chargé de deux sacs. Les bruits
s’amplifiaient. Elle distinguait des grondements, des coups, des cris, des sons forts, sourds, violents.
Lina essayait de contacter Dean mais son micro récepteur ne fonctionnait pas. Elle criait dans son
micro
– Dean, je sors de la crevasse avec Tan. Qu’est-ce qui se passe, Dean répond-moi!! Les bruits
sont assourdissants! Que se passe t-il? Réponds- moi!
Elle n’avait aucune réponse. Tan marchait derrière elle. Ils arrivaient vers la fin de la crevasse. Ils
jetent leurs sacoches hors du trou. Lina gravit les derniers rochers et peut sortir de la grotte, Tan est
derrière elle. Ils restent bouches-bées:
Une foule de gens, d’humains se tient devant eux. Dean est positionné devant la crevasse à
quelques mètres d‘elle, son tube noir braqué sur la foule. Phil n’était plus là, certainement dans
l’engin car Lina le voyait en vol derrière elle. Une poussière énorme enveloppait la foule. Ils étaient
vivants, sans casque, sales, ils portaient des tuniques sans couleurs ni formes définies, tirant sur le
marron, ils avaient les cheveux longs. Ils criaient, Lina ne comprenaient pas ce qu’ils disaient. Ils y
avaient trop de monde, ils parlaient tous en même temps. Elle ne savait pas quoi faire. La foule
invectivait l’appareil qui s‘était mit à les survoler. Lina fait signe à Dean . Il ne bougeait pas, il était
sur ses gardes et fixait la foule. Puis, il lui fait signe de venir. Mais tout à coup, des cailloux sont
lancés vers Dean. Il riposte et Lina voit pour la première fois comment ces instruments étaient
censés les protéger. Des billes de feu en sortent, elles atteignent les gens qui tombent, hurlent de
douleur, saignent, restent inertes sur le sol. Lina est paralysée. Pourquoi toute cette violence? Leurs
tubes, ce sont des armes qui tuent. Les gens se mettent à courir de tout les côtés. Dean lui fait
toujours signe de venir vers lui. Des projectiles volent en tous sens, les gens se défendant en lançant
des pierres et des choses diverses. Tout à coup l’engin se met en face de la foule et envoit aussi des
projectiles, des dizaines de billes de feu. Les gens se mettent à tomber, ensanglantés. Quel vacarme!
Quelle folie! Tan est aussi abasourdi qu’elle. Puis il voit Dean faire des signes et il prend Lina par la
main pour la diriger. Ils doivent aller vite. Lina observe un filin descendre vers Dean depuis l’avion.
Lina entend dans son casque la voix de Dean:
– Il n’a pas de casque, il ne peut plus revenir, Lina
– On peut respirer, Dean, ça ne risque rien
– Lina, il n’a pas de casque, il ne peut pas revenir dans la navette!
Lina s’arrête. Elle n’avait pas remarqué que Tan lui tenait la main. Il s’arrête aussi.
– Qu’ est-ce qui se passe?
– Dean dit que tu n’as pas de casque et que tu ne peux pas monter dans l’avion!
Il reste interloqué. Les projectiles volent en tout sens. Elle doit hurler pour se faire comprendre. Les
coups sont assourdissant. Des pierres atteignent Dean sur son bras, sur son torse, il tire. Des
projectiles partent de tous les côtés. Lina qui regardait Tan droit dans les yeux le voit tourner de
l’oeil, son regard se perd dans le vague et elle le voit s’écrouler sur le sol. Elle se précipite sur lui,
voit sa tête en sang, une balle l’a atteint en pleine tête. Un cri strident s’échappe de Lina. Elle
n’arrive pas à comprendre. Tan ne respire plus, son regard est inerte, vide. Il est mort.
– Tu as tué Tan, hurle -t-elle à Dean en le foudroyant d’un regard incrédule et terrifié.
Elle s’était jeté sur le corps de son professeur, pour essayer de le sauver, de le relever, mais il n’était
plus, ses yeux étaient grands ouverts, il ne bougeait plus, une partie de son crâne s’était arraché. Il y
avait du sang partout. Lina sent des larmes sur ses joues, c’était quoi cette folie. Elle était
submergée par la peur, la rage, l‘émotion. C‘était la première fois qu‘elle voyait un mort et une mort
si violente! Elle enlève son casque, elle n’y voyait plus rien, ses pleurs et ses cris créant trop de
buée. Elle regarde autour d’elle. C’était horrible. Des gens courraient partout, tentaient de se
défendre en lançant des cailloux contre la navette volante qui faisait un bruit ronflant, assourdissant
et terrifiant. Elle voyait des corps mutilés étalés partout. Ça hurlaient dans tous les coins, les cris
étaient déchirant de douleur, de stupeur. Lina ne comprenait pas ce qui ce passait. Elle tenait la main
de Tan dans la sienne mais elle ne bougeait plus. Quelle violence inouïe! Elle regarde en direction
de Dean. Il tirait toujours vers la foule. Elle croise son regard. Il était froid, sans sentiment. Elle
voit presque au ralenti ses yeux s’agrandir d’effroi en lui criant:
– attention, derrière toi!
Elle sent tout à coup un poid lourd sur elle. Elle tombe par terre, écrasée contre le sol, elle ne peut
plus bouger, elle met sa tête sur le côté et voit Dean attraper le filin et disparaître dans l’engin. Il
n’avait même pas fait un pas vers elle pour venir la sauver. C'était sa dernière image de Dean. Elle
reçoit un grand coup sur la tête et perd connaissance.

© Conselia 2009

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