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Georges Hervé

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Oser la Fraternité,
un texte de :

Une ère marquée par les crises

Crise financière, crise économique ; crise sociale, crise écologique ou crise environnementale, crise agricole, crise internationale, crise morale, crise de l’école, crise de la démocratie… Toutes ces crises sont liées entre elles, ; elles forment un tissu complexe dans lequel elles inter-rétroagissent les unes avec les autres, s’amplifient,  se renforcent mutuellement au point, aujourd’hui, de constituer une menace majeure pour l’humanité toute entière : Edgar Morin parle, à juste titre, d’une polycrise.

Mais au juste, qu’entend-on par ce terme de crise ?
Ce nom désigne, en effet, deux phénomènes très différents qui n’ont en commun que leur caractère désagréable, difficile, voire dangereux,  à vivre.
Il y a d’abord la crise telle que l’entendent la quasi unanimité des dirigeants politiques, économiques, financiers, de nos sociétés occidentales lorsqu’ils préconisent une large palette de moyens – financiers au premier chef – pour « sortir de la crise ». L’exemple du  dernier krach boursier illustre très bien cette façon d’envisager une « crise ».
En 2007/2008, dans le monde entier, la plupart des banquiers ont craint de revivre le cauchemar de 1929 qui ruina plus d’un de leurs prédécesseurs. On a pu voir ainsi quelques établissements financiers réputés solides s’effondrer comme châteaux de cartes et l’on évoqua le risque d’un « effet domino », deux allusions aux jeux et à la fragilité de certains équilibres qui ne manquaient pas d’à propos.
Panique à bord ! On vit alors un chef d’Etat trouver soudain des centaines de milliards pour renflouer des banques chancelantes de son pays, alors que peu avant, il avait répondu « que voulez-vous que je fasse ? les caisses de l’Etat sont vides », à des ouvriers qui lui demandaient d’intervenir pour empêcher la fermeture de leur usine, Remède efficace, semble-t-il, puisque ces banques, qui avaient participé aux folles spéculations à l’origine de leur propre déconfiture, ont pu franchir ce cap difficile sans trop de dégâts (avoués) et reprendre, dès 2010, leurs « juteuses » activités là où elles les avaient laissées, deux ans plus tôt et pour que leurs dirigeants puissent de nouveau se partager des profits confortables. Pour elles, la crise n’avait été qu’un mauvais moment à passer, un tunnel à traverser avant de retrouver le grand air des affaires florissantes (« j’aperçois le bout du tunnel » est une formule souvent reprise pour ramener la confiance et l’espoir dans le système en place).
La crise serait donc essentiellement un accident de parcours, une maladie, qui interrompt momentanément le cours des choses, la vie « normale » d’un organisme, d’un système, d’une société. L’application de remèdes appropriés (baisse du coût des crédits personnels pour amener la reprise de la « consommation des ménages », plans de relance, etc.), doit permettre, au besoin en dérogeant aux sacrosaintes règles de l’idéologie néolibérale dominante de l’époque, de retrouver une santé un moment compromise, pour que la vie puisse reprendre son cours « normal » antérieur.

Pourtant, il existe un autre type de crise, celle que connaît un système vivant lorsque, pour des raisons externes ou internes, sont équilibre est trop fragilisé pour qu’il puisse continuer à vivre sans se transformer radicalement.
C’est ce type de crise qui caractérise l’adolescence dans nos cultures individualistes européennes.
Socialement l’adolescent(e) s’y caractérise surtout par ce qu’il/elle n’est pas : plus un enfant, pas encore un adulte. Ce n’est  pas une maladie, tout au plus un certain malaise que connaissent filles et garçons lorsque leur corps commence à « muer », qu’ils  sont troublés par la force de désirs jusque là contenus, et que, dans le même temps, ils s’éveillent aux réalités du monde des adultes, aux injustices et à l’hypocrisie qui les révoltent. Un passage où l’enfant qu’il se sent encore être, revit les grandes phases de son évolution en accéléré, écartelé entre ses aspirations à la liberté et à l’indépendance, et son besoin tout aussi fort, de sécurité et d’amour protecteur ; un moment où l’enfant doit rompre avec lui-même, s’autodétruire  pour mieux pouvoir se construire comme l’adulte libre et responsable qu’il sera.
On retrouve là les caractéristiques essentielles du phénomène biologique de la métamorphose, rappelé dans son ouvrage, La Voie, par Edgar Morin . Sauf que, contrairement au monde des insectes où la larve, enfermée dans sa chrysalide (autre métaphore souvent utilisée pour décrire l’enfermement, le repli sur soi de nombreux adolescents), va s’autodétruire pour réaliser un programme contenu dans ses gènes et devenir l’insecte « parfait » qu’il est dans sa « nature » de devenir. Pour l’adolescent humain, si son devenir purement biologique est largement programmé, l’adulte qu’il sera psychologiquement et socialement n’est pas inscrit dans ses gènes. Il reste largement imprévisible, sauf lorsque des pressions sociales sont particulièrement contraignantes pour le déterminer.
Cela me rappelle un souvenir personnel qui m’a donné à réfléchir il y a fort longtemps.
C’était aux tout débuts des années 60, à une époque où, Instituteur encore jeune, j’avais été amené à assurer un complément de formation en « cours du soir », pour des jeunes de 16 à 18 ans sortis de l’école sans le Certificat d’Etudes Primaires, sésame minimum de l’époque. Un Certificat d’Etudes Postscolaire constitua, un temps, un recours possible pour ces jeunes. A défaut du CEP,  ce diplôme était nécessaire pour accéder à certaines professions comme celle de facteur des PTT, et, d’une façon générale, aux concours d’accès à une catégorie de la fonction publique  aujourd’hui disparue, la catégorie D. La loi Berthoin votée en 1959, qui prolongeait de 2 ans l’âge de la scolarité obligatoire en France, ne s’appliquera effectivement qu’en 1965 .
Au début des années 60, de très nombreux jeunes passaient directement, sans transition, de l’école primaire qu’ils quittaient à 14 ans au travail à l’usine où ils étaient plongés du jour au lendemain dans le monde des adultes. Mes « élèves », à ce cours dit « d’adultes », étaient tous, filles et garçons, dans ce cas. Encore proche d’eux par mon âge, j’essayais de les faire parler de leurs espoirs, de leurs révoltes adolescentes, et je fus très surpris par leurs réactions. Visiblement, les questions qui avaient agité mon adolescence et celle de mes condisciples du Lycée que j’avais fréquenté jusqu’au début des années 50, leur étaient totalement étrangères. J’avais devant moi de jeunes adultes ternes et résignés, plongés dans une sorte de réalisme réducteur qui en faisait de jeunes vieillards ! Passés, par la pression d’une vie purement « prosaïque », directement de l’état d’enfance à celui d’adulte, ils avaient été volés de leur adolescence, ce qui en faisait des proies toutes désignées pour la société de consommation qui était entrain de s’instaurer. Quelques années plus tard, ils assistèrent sans vraiment y prendre leur part à la joyeuse effervescence  du mois de mai 1968, contrairement à leurs contemporains étudiants et lycéens.
Il semble aujourd’hui, que de nombreux jeunes se voient, eux aussi, privés de leur « crise d’adolescence », du fait de la toute puissance de certains médias (invasion de la pornographie et de la publicité notamment) qui les conditionnent et les enferment dans un rôle de consommateurs serviles. Mais la crise de l’adolescence se manifeste même chez ceux-là, par des conduites autodestructrices bien souvent, qu’il s’agisse de tentatives de suicide (en principe, la presse n’a pas le droit de faire écho aux suicides des enfants et des adolescents, mais ceux-ci restent nombreux) ou par la fuite dans les différentes sortent de drogues (de l’alcool à l’héroïne en passant par le cannabis qui se banalise).
L’autodestruction de l’enfance que l’on quitte doit permettre normalement de se re-construire en adulte, de « re-naître » à soi-même, métamorphosé comme l’insecte qui sort de son cocon.
Les crises que traversent nos sociétés ne s’apparentent-elles pas davantage à ce type de crises qu’à celui que mettent en avant nos décideurs : ceux-ci veulent bien qu’après quelques moments difficiles pour les plus fragiles – dont ils ne sont pas - « tout change (mais) pour que rien ne change ». ?
Polycrise, mais surtout « crise de civilisation », écrit Edgar Morin ,
Cette fois c’est le mot de civilisation qui risque d’être mal compris.
Dans ses vœux de fin d’année 2007 aux Français, Nicolas Sarkozy avait cité 41 fois cette expression empruntée à Edgar Morin. On entendit certains « philosophes » médiatiques patentés expliquer qu’effectivement, il était urgent de « civiliser » les sauvageons de nos villes qui n’avaient pas appris la politesse, les « bonnes manières », qui ne respectaient plus les règles qui assuraient l’ordre dans la cité.
Edgar Morin fut appelé à préciser sa pensée par différents médias : il apparut à l’évidence que la « plume » de Sarkozy, Henri Guaino, avait tenté de détourner le sens de cette expression, titre d’un ouvrage publié dans la plus complète indifférence de ceux (les politiques de gauche) à qui il était adressé, et, peut-être de draper son « maître » dans l’aura du grand penseur. Mais la supercherie fit long feu.
Appelé à préciser ce qu’il entendait par « civilisation », Edgar Morin répondit « Il faut distinguer culture et civilisation. La culture est l'ensemble des croyances, des valeurs propres à une communauté particulière.  
La civilisation, c'est ce qui peut être transmis d'une communauté à une autre : les techniques, les savoirs, la science, etc. Par exemple la civilisation occidentale dont je parle, qui s'est du reste mondialisée, est une civilisation qui se définit par l'ensemble des développements de la science, de la technique, de l'économie.  
Et c'est cette civilisation, qui aujourd'hui apporte beaucoup plus d'effets négatifs que d'effets positifs, qui nécessite une réforme, donc une politique de civilisation. »
Nous aurons l’occasion, dans cet ouvrage, de revenir sur ce constat, mais il ne semble pas inutile de préciser ce qui distingue et rapproche à la fois ces concepts souvent confondus de culture et de civilisation.
..............
CONCLUSION :

QUELQUES PISTES D’ACTIONS POUR AMORCER
LES CHANGEMENTS SOCIAUX EN PROFONDEUR.

De très nombreuses analyses de l’état de nos sociétés, de l’humanité, de la planète ont été publiées ces dernières années. Elles sont souvent très précises et décrivent très justement les dangers qui nous guettent à moyen et long terme, qui vont jusqu’à menacer l’existence même de l’humanité. Pour sortir de l’impasse dans laquelle celle-ci est engagée, on voit très bien les réformes fondamentales qui devraient être mises en œuvre, mais on voit aussi très bien que celles-ci ont peu de chances d’être initiées aux niveaux où elles devraient être engagées. Combien de fois n’entend-on pas soupirer : bien sûr, il faudrait… mais que puis-je faire ? je n’ai aucun pouvoir ! Ce sentiment d’impuissance engendre la perte de tout espoir, la résignation, le repli sur soi.
Pourtant des pistes sont parfois lancées, comme celle des maisons de la solidarité (dans La VOIE, d’Edgar Morin) ou des oasis en tous lieux par Pierre Rabhi. Nous n’avons pas la prétention de dire « voilà ce qu’il faut faire pour sortir de l’impasse actuelle », mais simplement de suggérer certaines actions qui nous semblent permettre de ne pas en rester simplement au stade de la réaction à des situations intolérables : non seulement « s’unir contre », mais aussi et surtout, « s’unir pour ».

Echanger : du troc au don.

Echanger nous est naturel : marchant dans la rue, il nous arrive de croiser le regard d’un(e) passant(e), il ou elle sourit, nous lui sourions aussi. L’échange de regards, de sourires peut être le début d’une rencontre.
Claire Héber-Suffrin, lorsqu’elle était jeune Institutrice dans la banlieue parisienne, avait eu l’idée de favoriser l’échange des savoirs entre ses élèves. Elle remarqua rapidement que celui ou celle qui « donne » un savoir approfondit ce savoir, l’intègre, l’assimile plus aisément. Ces échanges de savoirs, entre ses élèves d’abord, étendu ensuite à leurs mamans, permit de créer un climat de confiance dans la classe et autour d’elle. Elle raconte ce qui fut le début d’une longue aventure, puis d’une recherche et d’un mouvement très vivant enfin dans un livre paru en 1981 .
Les enfants pratiquent fréquemment les échanges : des billes contre des images, par exemple. J’ai un objet dont je ne me sers plus ou dont j’accepte de me séparer ; mon voisin a un objet dont j’ai envie ou besoin : je lui propose de faire un échange. Ainsi naît le troc, sans doute apparu très tôt dans l’humanité.
Tombé en désuétude depuis que nos sociétés sont entrées dans l’ère commerciale de l’abondance, le troc soulève un regain d’intérêt de nos jours. Il permet d’accéder à des biens ou à des services souvent difficiles à obtenir en période de crise économique. Des sites Internet se sont montés pour faciliter les trocs . Tout peut s’échanger !
Au début des années 80, un Ecossais, Michael Linton, vivant sur l’île de Vancouver, au Canada, eut l’idée de créer un système d’échange et de commerce local (Local Exchange and Trading System ou L.E.T.S.) pour faire face à une grave crise économique qui avait entraîné un chômage massif. Il s’était inspiré des travaux de Sylvio Gesell (1862-1930), théoricien d’une économie libre, sans argent.
Les LETS se développèrent en Grande Bretagne, dans les années qui suivirent, dans des régions frappées, elles aussi, par la crise économique. Ces systèmes d’échanges utilisaient en général une monnaie locale, parfois « fondante », c'est-à-dire perdant chaque mois un peu de sa valeur pour en favoriser la circulation.
En 1994, le premier SEL (Système d’Echange Local) était créé en Ariège.  Le terme de Trading (commerce) fut jugé non-conforme à l’idée d’une économie détachée de l’argent. De même, l’usage d’une monnaie locale ne fut pas repris. Une unité de compte ou d’échange non convertible, non thésaurisable), souvent nommé « grain de SEL »  favorise les échanges multilatéraux au sein d’un SEL,
Les SEL se sont multipliés depuis cette époque. Fin 2009, la France en comptait 400 et il semble qu’avec la crise économique actuelle, ce mouvement devrait encore s’étendre.
Un SEL est une association locale, de fait ou déclarée, de plus en plus souvent gérée par l’ensemble de ses membres formant un « collectif ». Le caractère local est important : il ne faut pas que les membres d’un SEL doivent effectuer de longs déplacements pour se rencontrer. Réunissant souvent des personnes partageant des idées et des valeurs communes, les rencontres sont en général très conviviales. Des amitiés s’y nouent, formant souvent des réseaux qui vont au-delà des échanges de services et de biens : ce qui a amené à constater que les échanges conduisaient souvent à de véritables rencontres, dont la valeur dépassait de loin celle de l’échange lui-même : « un lien vaut mieux qu’un bien » est un slogan que l’on trouve sur de nombreux sites de SEL.
Concrètement, un SEL peut donc constituer un véritable creuset où se développent des rapports interhumains véritablement « fraternels », échappant à tout esprit de domination, d’appropriation, d’exploitation de l’Autre. Celui-ci n’est plus l’étrange/étranger, celui « dont le regard me dépossède », mais devient un véritable alter ego, un autre moi, égal et bienveillant.
Des critiques ont été émises sur le fonctionnement même des SEL, notamment sur l’existence d’une unité de compte ou d’échange « comptabilisant » ces échanges et, de ce fait, tendant à faire revenir la notion de prix au détriment de celle de valeur. Et il est vrai que, au moins au départ, dans de nombreux SEL, la pratique d’une comptabilité centralisée gérant les comptes en grains (en crédit/débit) de chaque Selliste reflétait la primauté du  quantitatif et non le passage au qualitatif. De plus en plus souvent, depuis une dizaine d’années, cette comptabilité centralisée est abandonnée au profit d’un carnet d’échanges individuels, simple « mémoire » des échanges réalisés, dans lequel le solde individuel (positif ou négatif) ne figure que pour mémoire.
Les SEL organisent périodiquement des BLE (Bourses locales d’Echanges) à l’intérieur de l’association ou en association avec des SEL de la région (ou même sur le plan national, lors des rencontres nationales Inter-SEL). Ces BLE permettent d’échanger des biens (objets). Or, au départ, s’est posée la question de l’évaluation de l’objet proposé à l’échange.
En général, lorsqu’il s’agit d’un service, l’unité d’échange est fondée sur le temps passé : une heure = 60 grains , quel que soit le service rendu. Mais comment définir la valeur d’échange d’un objet ?
La tendance a été, au départ, de repasser par le prix de l’objet. Tel objet, neuf, se vend, par exemple, 120 euros. S’il a déjà servi, on dira qu’il ne représente plus que la moitié de son prix initial, soit 60 €. Partant du salaire horaire moyen pratiqué dans le secteur marchand (par exemple, 10 € de l’heure), on en déduit que cet objet représente 6 heures de travail, soit 360 grains (6 fois 60 grains).
Chassons le quantitatif (le prix, l’argent) par la porte, il revient par la fenêtre !
Nous avons proposé, dans notre propre SEL, un autre moyen d’estimer la valeur d’un objet proposé à l’échange. Si je propose de me défaire d’un objet, c’est qu’il ne m’est plus d’aucune utilité. Pour moi, il vaut 0 grain !  La personne qui souhaite l’avoir lui attache une certaine valeur affective ou d’usage : c’est donc à elle d’exprimer cette valeur qualitative en une valeur quantifiée d’échange de cet objet. Pour ne pas retomber dans l’esprit du commerce  la règle sera de s’en tenir à cette évaluation « subjective » pour ne pas rentrer dans un quelconque marchandage.
Mais si la comptabilisation centralisée des échanges est abandonnée, si la mention, dans le carnet individuel, n’est plus qu’une formalité secondaire, pourquoi ne pas abandonner l’estimation d’une valeur même subjective, et en arriver au don gratuit ? Si « un lien vaut mieux qu’un bien » l’occasion de donner est pour moi – et pour celui à qui je donne – celle d’établir un lien ou de renforcer un lien déjà existant. N’est-ce pas le principe même du don maussien (voir plus haut p. 46). A propos du don, Marcel Mauss écrivait « « Nous croyons avoir ici trouvé un des rocs humains sur lesquels sont bâties nos sociétés... ». Il s’agissait bien du fondement des sociétés humaines, pas de l’économie de ces sociétés ! Ce retour à une période antérieure à celle de nos civilisations marchandes, conquérantes, guerrières, pourrait marquer un réel progrès en humanité, une progression hélicoïdale dans laquelle ce retour marque non le retour au point de départ dans un mouvement circulaire, un dépassement du niveau de ce point de départ.
Concrètement, un SEL peut donc être l’une de ces organisations locales qui permettent d’entrer dans un « cercle vertueux »  de transformation personnelle, lequel entraînerait une transformation sociale, limitée sans doute au groupe restreint que constitue le SEL ; mais chaque personne étant à l’intersection de plusieurs groupes sociaux (famille, lieu de travail, clubs, associations, etc.), elle pourrait participer à la transformation de ces autres groupes. Ces transformations inter-rétroagissant au sein des différents systèmes « personne/société », il y a là, incontestablement un chemin à explorer, une voie à suivre et à développer, qui convergera avec d’autres voies pour dessiner pas à pas, la VOIE qui conduira à la métamorphose.
Changer la vie ? Habiter autrement !

De nombreuses recherches d’autres façons de concevoir l’habitat sont menées depuis les années 60/70. Elles sont le fait d’urbanistes, d’architectes, mais aussi de plus en plus souvent de groupes de personnes qui se réunissent pour repenser leur habitat.
Actuellement, il est souvent question de « villes en transition », d’éco-villages, de maisons passives, voire de maisons à énergie positive. Ces recherches sont essentiellement nées de l’annonce de l’épuisement plus ou moins proche des réserves de combustibles fossiles. Elles consistent à explorer des voies très concrètes pour assurer la transition entre un présent de plus en plus incertain et un avenir « durable » qu’il s’agit de construire.
D’autres recherches visent à rompre l’isolement de personnes âgées en évitant les maisons de retraite : c’est par exemple l’objectif des Babayagas, associations de femmes, vivant seules en ville, qui, selon leurs propres dires, veulent « mieux vieillir ensemble, mieux vivre ensemble. » Leur charte repose sur 4 piliers la solidarité, l’autogestion, la citoyenneté et l’écologie.
Dans d’autres cas, la pénurie et la cherté de logements conduisent au partage : c’est le cas de la colocation primitivement expérimentée par des étudiants. Elle intéresse actuellement des personnes d’âges divers. Cette façon de se loger n’est possible, en général, que pour des personnes seules.
Pour mémoire, rappelons que, dans le sillage de la « pensée 68 », de nombreuses tentatives de vie en communautés ont été initiées, la majorité d’entre elles se dissolvant après quelques mois ou quelques années. On peut les rattacher aux théories de certains socialistes pré-marxistes qui avaient imaginé des « utopies » comme la communauté de New Harmony fondée par Robert Owen dans l'Indiana et les phalanstères conçus par Charles Fourier.
Les seules expériences de vie en communauté qui durent sont celles qui rassemblent des personnes partageant une même foi profonde, religieuse ou sectaire, sous l’autorité d’un « supérieur » (ou d’un gourou) incontesté, respecté, qui impose des règles de vie précises, ce qui ne garantit pas, l’absence de tensions et de conflits internes. Ces communautés ne sont donc pas des modèles de démocratie interne !
Toutes les expériences « laïques » initiées par certains « apôtres » du socialisme pré-marxiste comme Owen et Fourier ont disparu assez rapidement en général. Leurs points faibles étaient sans doute le gigantisme de ces projets qui prétendaient regrouper des centaines ou même quelques milliers d’adeptes en un seul lieu, ainsi que leur caractère d’application d’un projet « prêt à l’emploi » qu’il s’agissait simplement de mettre en oeuvre. Il ne s’agissait donc pas de systèmes auto-éco-organisateur susceptibles de s’adapter à des changements de conditions environnementales.
Redéfinir les bases de toute société humaine avant d’imaginer de nouvelles formes d’habitat.
Il existe des liens interactifs entre la nature de l’unité de base des groupes humains, leur façon d’occuper leur espace de vie et la manière dont ils vivent. Vouloir changer la vie sans prendre en compte les deux autres pôles de cette triade ne peut que conduire à l’échec.
On évoque souvent l’instinct grégaire des humains qui les pousse à vivre en groupes ; dans de nombreuses sociétés, la mise au ban d’un individu équivalait jadis à sa condamnation à mort à plus ou moins court terme. La solitude est souvent ressentie comme un rejet social ; le sentiment d’être seul, abandonné de tous, joue un rôle important dans les suicides.
Avant même la constitution de sociétés humaines de quelque ampleur, nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en petits groupes, formant des clans. L’organisation clanique existe encore dans de nombreuses sociétés. Le clan constitue une sorte de famille élargie, qui tire son identité de l’existence d’un ancêtre commun.  L’individu tire à son tour son identité de son appartenance au clan.
La chasse aux gros animaux exigeant la coopération d’un plus grand nombre d’hommes a sans doute conduit les clans à se regrouper en tribus. Il est remarquable de constater que, pour assurer la pérennité de la tribu et lui donner une identité, celle-ci doive se référer à un ancêtre commun, en général mythique.
Cette organisation en tribus composées de plusieurs clans s’est traduite matériellement dans l’organisation des premiers lieux d’habitats permanents construits : maisons rondes regroupées en villages. On retrouve les mêmes structures d’habitats chez les tribus nomades, chaque clan occupant une tente tant que le nombre d’individus du clan le permet.
C’est sans doute l’accroissement démographique aux débuts du néolithique qui a conduit les clans à se scinder « matériellement » en plusieurs familles, celles-ci continuant à se réclamer de leur ancêtre commun. Les tribus furent aussi amenées à se scinder en plusieurs villages.
La famille au sens actuel apparaît donc, à l’origine, comme un prolongement de l’organisation clanique, qu’elle soit de type patriarcal ou matrilinéaire. Elle regroupe en général 3 ou 4 générations sous la houlette d’un patriarche ou d’une matriarche, selon les sociétés. Avec la complexification de l’organisation sociale des Cités, la famille devient l’unité de base de la société, quelle que soit la classe sociale à laquelle elle appartient.
Elle le restera durant des millénaires, notamment dans les sociétés agraires. Avec l’urbanisation, la taille des familles tend à se réduire par rapport aux familles rurales, ne serait-ce que du fait des contraintes de l’habitat urbain. L’industrialisation, en attirant de plus en plus de paysans sans terre, au 19e siècle, va conduire à une nouvelle réduction de la taille des familles citadines sans pourtant leur enlever leur caractère de cellule de base de la société.
Dans notre pays et dans la plupart des pays voisins, la première moitié du 20e siècle va voir la famille urbaine se réduire, très souvent, à la famille mononucléaire  composée d’un couple stable (marié, sauf exception) et de leurs enfants. Cela ne signifie pas que les liens au sein d’une famille élargie aient disparu : s’il restent affectivement importants, ils ne se traduisent plus par le partage d’un habitat commun, sauf, durant les périodes de vacances où la famille élargie peut se reconstituer provisoirement dans une maison dite justement « familiale ».
L’allongement de la durée de vie, la mobilité des jeunes rendue nécessaire par la recherche d’emploi hors de la région d’origine, mais aussi l’évolution dans les mœurs (la liberté sexuelle, la désacralisation du mariage, la primauté donnée aux libertés individuelles et à l’épanouissement personnel, etc.) ont fortement fragilisé la famille comme institution de base de la société contemporaine. Les couples se font et se défont, les familles se « recomposent » parfois plusieurs fois de suite. L’engagement personnel tend à se calquer sur les caractéristiques de l’emploi : les CDI tendent à se raréfier au profit des CDD ; certains ont pu annoncer de nouvelles règles pour le mariage qui pourrait être prononcé pour une durée donnée…
Cellule de base de la société pendant plusieurs millénaires, la famille se désagrège aujourd’hui et, avec elle la société elle-même. Quel sens donner à l’expression « famille monoparentale » ? L’avenir devient incertain, la solitude gagne du terrain notamment chez les personnes âgées et les femmes abandonnées par leur compagnon . En même temps, la société se cloisonne en catégories séparées : les liens intergénérationnels locaux s’affaiblissent ou disparaissent. Les lieux d’habitats se spécialisent : les centres villes sont souvent abandonnés aux commerces, aux banques, aux administrations.. Les seuls logements qui y subsistent sont investis par ceux que l’on désigne sous le nom de « bobos ». Ils sont trop chers pour les classes moyennes qui vont peupler des banlieues de plus en plus éloignées des métropoles. Dans les années 60, celles-ci avaient occupé les nouveaux immeubles de la périphérie (ZUP). Peu à peu, elles ont abandonné ces locations pour accéder à la propriété, réalisant leur rêve de posséder leur propre maison. Les logements ainsi abandonnés seront occupés par des populations de plus en plus modestes, au fil des années, pour finir par former les « quartiers » actuels, souvent véritables ghettos sociaux.
Les solidarités traditionnelles, familiales, villageoises, de quartier disparaissent dans les villes et les cités-dortoirs. L’isolement qui gagne les plus âgés, les plus fragiles est un signe de la désagrégation de l’ensemble de la société à mesure que l’hyper individualisme et l’égotisme/égoïsme gagne du terrain. Le sentiment d’appartenance à un groupe social, de ses responsabilités à l’égard de ce groupe et en son sein s’amenuise. Rien ne « fait plus société »… L’irresponsabilité devient la règle du chacun pour soi.
Les sociétés humaines se sont construites dans le temps et sur un espace donné, dans un environnement, un écosystème donné. Ce sont des systèmes complexes, auto-éco-organisateurs toujours à la recherche d’un équilibre qui ne peut être que provisoire dans le temps. L’affaiblissement des interactions qui reliaient leurs éléments (eux-mêmes sous-systèmes dans ces systèmes) annonce l’éclatement et donc la mort à terme de ces sociétés.
Or le monde s’est rétréci au cours des récentes décennies au point de constituer un village planétaire. Nous savons aujourd’hui que les problèmes locaux auxquelles nos sociétés se heurtent et se heurteront de plus en plus à l’avenir ne pourront trouver de solution réelle et durable que dans le cadre des continents et même de la planète entière. De plus en plus, il est essentiel de créer les conditions favorables à l’émergence d’une société-monde regroupant l’humanité entière, macrosystème englobant les systèmes des ordres précédents à la manière des poupées russes : continents, pays, régions… Si l’un de ces échelons se désagrège, l’ensemble est compromis.
Changer de vie dépasse donc très largement le cadre de l’individu : c’est la société locale, régionale, nationale, etc. qu’il s’agit de refonder sur des bases à la fois réalistes, acceptées et stables, au moins sur quelques générations, car le temps des individus n’est pas celui des sociétés.
Autrement dit il est urgent d’imaginer et d’expérimenter de nouvelles cellules de base dans nos sociétés post-industrielles  - certains disent post-modernes - pour les refonder.
La solidité de la famille traditionnelle reposait sur la solidarité (volontaire, acceptée par chaque membre ou imposée, exigée par la personne dominante). C’est donc par l’instauration de solidarités « immédiates » que de nouvelles cellules sociales de base émergeront
La famille apportait un sentiment de sécurité, constituait un réseau chaleureux : nous avons déjà souligné ce besoin fondamental de chaque personne humaine, de se sentir aimée, reconnue, protégée et protectrice elle-même lorsqu’elle est adulte ; nous avons déjà signalé que le succès des sectes tient beaucoup à la promesse d’apporter cette chaleur humaine qui fait souvent défaut dans nos cités. La nouvelle structure de base sociale devra satisfaire ces attentes, tout en n’enfermant pas les personnes dans des carcans d’obligations.
Car les nouvelles cellules devront aussi respecter la part d’autonomie et de liberté qui a été conquise par ceux qui se trouvaient « minorisés » dans le cadre familial traditionnel, notamment les jeunes et les femmes.
Elles devront aussi rompre les isolements, recréer les liens intergénérationnels qui caractérisaient les familles d’antan, suppléer ou compléter les solidarités institutionnelles (assistance aux personnes âgées, aux malades chroniques, aux handicapés, etc.) qui manifestement ne sont plus capables d’apporter seules la sécurité qu’on en attendait encore il y a deux ou trois décennies.
Sa nature même ne peut être construite artificiellement, ni définie a priori, dans la mesure où elle doit se constituer elle-même en système auto-éco-organisateur à la fois souple et solide, provisoire et durable au moins à l’échelle de temps des individus, équilibrée et capable de s’auto-transformer dans le temps, formant une unité mais étant ouverte sur son environnement. Ce qui ne doit pas empêcher de tenter de créer les conditions pour qu’elle puisse émerger hic et nunc, c'est-à-dire sans attendre.
Ce sont les inter- rétroactions que nous avons relevées entre les modes de vie, les types de cellules sociales de base (clans, tribus, familles, etc) et les caractéristiques de l’habitat qui nous offrent une perspective d’action.
S’organiser pour vivre autrement dans l’espace et le temps.

La vie communautaire a souvent été envisagée soit comme une façon dé suppléer aux carences de la famille, soit comme une façon d’échapper à sa trop forte emprise, soit encore comme une façon de regrouper des familles en une microsociété. Nous n’avons pas d’exemple de communautés ayant répondu de façon durable aux attentes de leurs membres. L’un des gros défauts des communautés tient aux restrictions de l’autonomie qu’elles imposent à leurs membres.
Il  faut donc trouver une solution intermédiaire entre l’isolement individuel et l’étouffement de la communauté. Elle est à rechercher dans des formules de semi-communautés librement constituées entre des personnes, des couples, des trios… non figés dans des préjugés ethniques, sexuels, dans leur milieu social, leur classe d’âge ou leur niveau de vie.
Une approche possible pour expérimenter ce type de collectif  peut être de se regrouper dans un habitat commun, un lieu de vie conçu pour être à la fois commun à tous et assurant l’autonomie de chacun. Des expériences d’habitat coopératif, de sociétés coopératives d’habitation, peuvent fournir des informations utiles aux personnes désirant se lancer dans de tels projets.
Concrètement, il s’agit de se constituer en société coopérative soit pour construire en auto construction (castors) soit de faire construire par des entreprises (qui pourront elle-même être des coopératives artisanales locales)  un ensemble immobilier, sous une forme verticale (immeuble) ou horizontale (lotissement), soit d’acquérir un ensemble immobilier existant à rénover, aménager, transformer de façon à ce qu’il propose d’une part des lieux « privatifs » assurant une autonomie aux différents occupants ou groupes d’occupants, d’autre part des lieux communs à tous les coopérateurs définis en fonction de leurs attentes : au minimum une salle de réunion, à laquelle il est souhaitable d’ajouter des locaux plus spécialisés permettant à tous d’avoir accès à des équipements acquis et gérés en commun : cela peut aller de la buanderie/séchoir à la bibliothèque/médiathèque/salle d’informatique, en passant par une ou des salles de jeux pour les enfants, une salle commune polyvalente, des ateliers divers (mécanique, bois, ferronnerie,peinture, etc.) – cette liste n’étant pas limitative.
L’objectif de ce type d’habitat est de s’inscrire dans une démarche d’économie sociale et solidaire marquée par les échanges et les entraides, mais aussi de permettre de transformer les façons de vivre ensemble, en favorisant les rencontres, les échanges, l’entraide entre les personnes impliquées dans un projet durable. Il doit aussi permettre à certaines d’entre elles de sortir de la solitude, parfois de la pauvreté – entraide sociale -, faire émerger de nouveaux liens sociaux et humains…
L’expérience malheureuse des utopies tentées au 19e siècle montre qu’il est indispensable d’éviter le gigantisme, même si l’approche comptable en vogue aujourd’hui fixe souvent des seuils de rentabilité aux réalisations collectives. Dans la pratique pédagogique, il est établi pour que chacun des membres d’un groupe puisse effectivement s’exprimer, l’effectif maximum est de 12 à 15 personnes, que ce soit pour des adultes ou pour des enfants et adolescents.
Il est souhaitable que ce type de collectif ne se replie par sur lui-même mais noue des relations suivies avec d’autres collectifs du même genre, constitués ou en projet. L’entraide ne doit pas se limiter à être pratiquée à l’intérieur du groupe : rappelons-nous que, dans l’histoire des humains,  la constitution en tribu de plusieurs clans a été un facteur d’évolution favorable à tous.
La médiation, moyen non-violent de résoudre les conflits.

Toute organisation sociale fait naître des conflits en son sein. Comme l’erreur dans tout apprentissage, le conflit peut être considéré de façon positive dans la vie d’un groupe, à condition que les personnes engagées dans ce conflit ne recourent pas à la violence pour imposer leurs vues.
Le recours à un médiateur est une pratique largement expérimentée pour favoriser la résolution pacifique et positive des conflits dans de nombreux cadres (institutionnels, économiques, éducatifs…).
Deux enseignantes/éducatrices, Babeth Diaz et Brigitte Liatard, ont fondé un mouvement qui a introduit, dès 1993, la médiation par les pairs  dans de nombreux établissements scolaires de tous niveaux. Cette démarche qui a montré son efficacité, mais aussi sa valeur éducative, auprès des enfants et adolescents, gagnerait à être étendue aux collectifs d’adultes.
La fonction de médiateur ne s’improvise pas : elle nécessite un certain nombre de qualités humaines, mais aussi une formation adaptée aux groupes dans lesquels la médiatrice ou le médiateur sont appelés à intervenir.
Les adresses référencées en bas de page permettront aux personnes intéressées de trouver réponses à leurs attentes sans qu’il soit nécessaire d’entrer plus avant dans les détails de cette pratique qui s’inscrit bien dans la démarche humaniste que cet ouvrage voudrait soutenir.
A situations d’urgences, solutions exceptionnelles.

Nos sociétés secrètent ou tout au moins laissent se produire des situations de détresse que l’on ne devrait plus pouvoir tolérer quand on prétend vivre dans l’une des nations le plus riches du monde. De nombreuses ONG interviennent dans des pays dont les populations vivent des situations dramatiques. Des institutions internationales rattachées à l’ONU ont aussi pour mission de tenter d’apporter des aides d’urgence à ces populations. Toutes ces actions ne suffisent pas à endiguer la montée constante des violences de toutes natures qui se déchaînent contre les plus fragiles de nos semblables un peu partout sur notre planète.
L’origine de ces violences n’est pas, comme certains veulent la faire croire, dans la nature de notre espèce – bon prétexte pour dire qu’on ne peut qu’accepter ces situations – mais bien dans ce que nous avons dénoncé dans ces pages, l’avidité, la cupidité de certains de nos semblables, la volonté de dominer, d’exploiter, l’égoïsme effréné encore largement répandu dans l’humanité après 6000 ans de « civilisation ». Changer les mentalités ne peut être qu’un objectif à long terme – ce qui n’est pas une raison pour renoncer à s’y engager sans attendre dans une profonde réforme de l’éducation. Nous y reviendrons plus loin.
Mais il est des urgences qui requièrent des actions immédiates, dans notre environnement immédiat. Ainsi en est-il des violences faites, souvent par des hommes, aux plus fragiles d’entre nous, les femmes et les enfants.
Aide aux femmes en détresse : une urgence, créer des lieux d’accueil là où nous vivons.

En son temps la mort de Marie Trintignant sous les coups de son compagnon a fait la une des médias. Mais combien de victimes anonymes sont ignorées du public ?
Quelques statistiques glanées sur Internet, d’abord :
- en France, en 2001, une femme mourrait sous les coups de son compagnon en moyenne tous les 2 jours et demi, Tous les milieux sociaux sont concernés (parmi les bourreaux, on a pu trouver 67% de cadres, 25% de professionnels de la santé, par exemple)
- Sans compter celles qui, victimes de violences finissent par se suicider.
- en 2007, 47 500 faits de violences envers des femmes victimes de leur compagnon ont été constatés par la police et la gendarmerie.
- Et ne parlons pas des femmes abandonnées qui se trouvent souvent dans des situations dramatiques pour lesquelles aucune statistique n’est connue. La plupart d’entre elles ont des enfants, jeunes en général. Ou des jeunes filles/femmes qui se retrouvent enceintes, parfois victimes de viol , désemparées, ne pouvant compter sur leur famille pour les aider quand elles ne sont pas chassées du foyer familial !
Les sources d’information sont rares, mais il suffit de regarder autour de nous pour nous apercevoir que nous avons tous, à un moment ou un autre, croisé le chemin de plusieurs femmes qui se sont trouvées dans de telles situations et en sont profondément marquées pour la vie.
Les lois réprimant les violences ne font pas défaut, mais les lieux d’accueil pour ces femmes, ces mères, sont rares. En principe, chaque Conseil général dispose d’un service chargé de trouver des solutions en cas d’urgence, mais leurs moyens sont notoirement insuffisants pour faire plus que de donner des informations. Ainsi, un numéro national d’appel, le 3919 met les femmes en détresse en relation avec des conseillers (psychologues, juristes, etc.). Dans chaque chef lieu de département, il existe un Centre d’information sur les droits des femmes et des familles. Mais après ?
Le premier centre d’accueil, le foyer Flora Tristan, a été ouvert à Paris en 1975. Sur Internet, on trouve les coordonnées d’un foyer d’accueil pour femmes en détresse… à Alger ainsi qu’une association d’aide aux femmes en détresse… au Luxembourg. Qu’en est-il pour la France ?
En 2010 la lutte contre les violences faites aux femmes a été décrétée Grande Cause Nationale. Qu’en est-il résulté de concret ?
Or chaque jour, non loin de chacun d’entre nous, une ou plusieurs femmes se trouve(nt) en grande détresse et ne sait où s’adresser. Il semble que quelques familles d’accueil existent ici ou là, mais comment les trouver ?
Nous avons pu mesurer la difficulté qu’il y a, ne serait-ce qu’à trouver des renseignements utiles pour répondre aux urgences, quand on a le temps de rechercher et l’esprit libre. L’une des actions à mener pour manifester que, pour nous, le mot Fraternité a un sens, ne serait-il pas de mettre en place, là où nous vivons, avec « les moyens du bord », des lieux d’accueil pour les femmes, mères ou non, en détresse de notre environnement proche ?
Les solutions les plus simples sont toujours les meilleures. Nous connaissons, dans notre entourage, une maison comportant des pièces inoccupées qui pourraient accueillir une, deux ou trois femmes en détresse, avec ou sans enfants : faisons nous connaître. Recherchons d’autres bâtiments pouvant répondre à des situations d’urgence, contactons les Mairies, sans nous contenter des villes, prospectons le campagnes où des locaux vacants sont parfois plus aisés à trouver.
Constituons-nous en collectifs locaux, au besoin en association déclarée, pour trouver, aménager, gérer des lieux d’accueil qui soient d’abord des lieux de vie où les femmes en détresse puissent se poser, se reposer, se reconstruire ensemble.
Plus les structures seront légères, plus elles seront rapides à mettre en place. Groupons-nous en réseau pour nous entraider, faire connaître les lieux de vie proches d’où nous vivons. Peut-être certaines de ces femmes auront-elles besoin de soins médicaux : trouvons le médecin qui acceptera de les soigner sur place, au cas par cas, sans qu’il soit besoin de doter les lieux d’accueil de structures médicales coûteuses.
Elles auront besoin d’être accueillies, écoutées, soutenues, conseillées : une Auxiliaire de Vie Sociale ayant vécu elle-même une situation de détresse dans le passé, pourra jouer ce rôle d’écoute. Parmi les femmes en détresse, certaines d’entre elles, n’ont aucun diplôme, aucune formation professionnelle : elles pourront, parfois trouver une voie résiliente en se formant à cette profession de service à la personne trop souvent méconnue encore. La formation générale et professionnelle constitue souvent une voie vers la résilience. Elle doit accompagner l’aide d’urgence et la prolonger.
Ces lieux d’accueil devront être des lieux de vie véritables, et non des institutions de bienfaisance ou de simple assistance ponctuelle. De petites structures réparties sur une zone de 10 ou 15 km de rayon, s’occupant de 20 à 25 personnes au plus, coordonnées entre elles par une A.V.S. embauchée par l’association, permettant aux femmes de s’auto organiser, de s’autogérer, seront plus efficaces que des moyennes ou grandes institutions administrées par des professionnels. Il est essentiel de minimiser les frais de fonctionnement des associations, les subventions étant le plus souvent accordées pour régler des investissements, non les frais de fonctionnement.
Les besoins sont sans doute importants dans les villes, et plus encore dans les grandes villes, mais c’est aussi là qu’on a le plus de chance de trouver de solutions d’accueil.  Dans les zones rurales et les petites villes, les besoins sont sûrement aussi importants : il serait bon, à partir de petites villes, de créer des réseaux dans les zones environnantes. Cela ne peut se faire que si des groupes locaux se constituent et se mettent en relation les uns avec les autres.
Régénérer la démocratie par la base.
Le fonctionnement de nos institutions républicaines est de moins en moins démocratique. Alors que les fondateurs de la 3e république avaient assigné à l’école la mission de donner à tous les Français le minimum d’instruction nécessaire aux citoyens pour qu’ils puissent voter en connaissance de cause, les élections actuelles, notamment celles qui intéressent le niveau national, sont de moins en moins démocratiques, dans la mesure où la forme des discours des candidats prend  de plus en plus le pas sur le fond. Il s’est constitué une classe politique composée de professionnels qui font carrière, dont le souci principal est de se constituer une clientèle d’électeurs dans leur « fief » pour assurer leur réélection. Ce terme de fief est d’ailleurs éclairant : députés, sénateurs et ministres se comportent en féodaux et non en serviteurs du peuple souverain (demos). Ils forment une oligarchie de fait : de plus en plus souvent, leurs charges sont héréditaires !
Là encore, il ne faut pas attendre que des réformes de fond soient mises en place par ceux qui ont justement intérêt à ce que rien ne change. La démocratie n’est pas une institution mais le résultat des actions de démocrates. Elle ne peut émerger que de la base, de ce que Raffarin appelait, avec condescendance, « la France d’en bas ».
C’est dans les petites agglomérations qu’il y a un travail de longue haleine à entreprendre pour créer un état d’esprit démocratique. La refondation d’un véritable système éducatif est évidemment essentielle dans cette tâche, mais cette refondation ne pourra se faire que si des citoyens-démocrates s’unissent pour la mettre en œuvre localement d’abord. Les deux actions sont en inter-rétroaction :
Refonder la démocratie
ó refonder le système éducatif.
Nous proposerons plus loin des pistes pour amorcer la refondation du système éducatif. Les instances élues locales (conseil municipaux, conseils de communautés de communes au premier chef) ont un rôle essentiel à jouer dans cette refondation.
Il est donc essentiel de s’investir dans ces instances qui ne sont trop souvent que des chambres d’enregistrement de décisions prises par les Maires et, parfois leurs adjoints. Les Maires des plus petites communes sont de Grands électeurs. Isolés, ils n’ont guère de moyens, mais les regroupements en communautés de communes leur permettent, s’ils le veulent bien, de se constituer en réseaux d’influence et d’acquérir un vrai pouvoir au service de la démocratie locale.
L’évolution de l’habitat, de l’agriculture et la revitalisation des zones rurales devraient permettre d’entreprendre plus facilement, à l’écart des grandes villes, des actions concrètes notamment dans le secteur de l’éducation. C’est donc dans les petites et moyennes communes que des démocrates pourront probablement être plus efficaces à court et peut-être même à moyen terme, s’ils se font élire dans les instances locales et notamment dans les conseils municipaux.
Refonder le système éducatif par sa marge.

Rappelons que l’éducation populaire a précédé d’une quinzaine d’années la création de l’école obligatoire, laïque et gratuite, L’action de Jean Macé a été déterminante pour la promotion de l’idée d’une éducation pour tous.
Durant les premières années du 20e siècle, nous avons vu que des mouvements éducatifs populaires issus de la base avaient pu se développer, à partir des syndicats et de certains partis politiques de gauche, mais aussi à partir de l’aile progressiste de l’église catholique (JOC, JAC, JEC) et de certains milieux industriels protestants.
Parmi les mouvements dits de l’éducation nouvelle,  celui qui a été le plus dynamique durant la première moitié du 20e siècle, a incontestablement été celui qui s’est créé autour de Célestin Freinet dès le début des années 20. Il est remarquable qu’il se soit développé à l’intérieur même de l’école primaire publique de l’époque à l’initiative d’instituteurs gagnés aux idées de Freinet, principalement dans de petites écoles rurales, souvent des écoles ne comportant qu’une ou deux classes, plus rarement dans des écoles urbaines où les obstacles opposés à ces transformations pédagogiques étaient plus nombreux.
Il existe aujourd’hui quelques rares écoles de ville qui pratiquent encore la pédagogie dite de l’école moderne, mais la politique de dévalorisation des classes à plusieurs cours et la fermeture systématique des petites écoles jugées financièrement trop coûteuses a beaucoup affaibli les mouvements pédagogiques novateurs dont les racines plongeaient dans le monde rural. Quant à l’enseignement secondaire, ses structures même constituent des obstacles à toute évolution pédagogique réelle. Dans les années 60, lors de la mise en place des premiers CEG, un mouvement de réforme interne avait commencé à se former dans un certain nombre de petits établissements secondaires, mais tout a été freiné d’abord puis stoppé dans la décennie suivante. (voir plus haut les résistances victorieuses à la réforme Haby puis à celle de Savary-Legrand).
Un nouvel espoir était né à la fin des années 90, notamment avec la mise en place du CNIRS chargé de soutenir les projets locaux d’établissements expérimentaux. Il n’a pas survécu au retour des politiques de droite. Il faut dire que les résistances internes du système ont beaucoup œuvré pour s’opposer à toute évolution pédagogique.
La situation s’est dégradée à un tel point depuis une dizaine d’années que vouloir faire bouger l’Ecole apparaît de plus en plus comme une « mission impossible ».
C’est pourquoi il serait bon de s’inspirer de l’expérience de Jean Macé – bien que les temps ne soient plus les mêmes – pour amorcer un mouvement de réforme non pas dans le système institutionnel lui-même, mais à sa marge, à partir de l’éducation populaire.
Là encore, sauf exception, il pourrait s’avérer moins difficile de s’appuyer sur des associations locales implantées dans des petites et moyennes communes. La revitalisation des secteurs ruraux situés à la périphérie de certaines villes, petites ou moyennes, pourrait favoriser la création d’associations culturelles (par exemple à partir d’une bibliothèque) qui évolueraient vers des actions d’éducation populaire et entreprendraient un travail en profondeur su le terrain. Ces associations attireraient probablement des enseignants conscients de la nécessité de transformer l’Ecole : aidées par des municipalités gagnées aux idées du changement nécessaire, ces groupes, dans la mesure où ils travailleraient en réseaux, pourraient devenir les levains qui feraient « lever la pâte » à terme, au sein même de notre système éducatif.
D’autres pistes sont aussi à retenir. Par exemple celle qu’ont ouverte certains militants engagés dans ATD Quart Monde. Rappelons aussi les actions menées par le DAL, notamment sous l’impulsion d’Albert Jacquard, qui voulait organiser des conférences dans des squats pour répondre à la soif de connaître de populations exclues de la société.
Toutes ces actions authentiquement éducatives ne réussiront à durer et à se répandre qu’à la condition de ne pas rester le fait de groupes isolés.
Plus que jamais, ces phrases d’Edgar Morin  prennent tout leur sens : « Tous ces courants sont voués à s’intensifier et à s’amplifier au cours du 21e siècle et à amorcer de multiples transformations …. La vraie transformation ne pourrait s’accomplir que lorsqu’ils s’entre-transformeraient les uns les autres, opérant ainsi une transformation globale, laquelle rétroagirait sur les transformations de chacun d’entre eux. »
Vers des Maisons de la Fraternité ou maisons du don et des échanges fraternels.
Nous terminerons ce chapitre par un texte écrit en 2009 et diffusé dans le réseau REVEIL . Il revient sur des points déjà développés précédemment ce qui peut donner le sentiment de « redites ». Mais tout éducateur sait que les redondances sont le propre de la pédagogie ! Il n’est pas inutile de rappeler  certains points essentiels.

Dans La Voie », Edgar Morin évoque deux actions concrètes qui, mises en œuvre conjointement, pourraient constituer des déclencheurs de mouvement féconds : l’instauration de maisons de solidarité d’une part, et celle d’un service civil obligatoire.
Par définition, les maisons de solidarité ne peuvent naître (et n’être) que d’initiatives locales (au sein de communes, communautés de communes, cités urbaines voire quartiers de grandes villes) émanant de citoyens, alors que le service civil ne peut être instauré que par une instance politique détenant un pouvoir législatif. A l’heure actuelle, un service civil volontaire existe déjà, tant au niveau de la France qu’à celui de l’Europe, mais il est peu connu et son développement semble freiné par les réticences politiques à le financer. Le Canada et d’autres pays ont aussi mis en place des services de ce type, soit pour œuvrer à l’intérieur de leurs frontières soit pour apporter des aides concrètes à des populations lointaines, par exemple.
*
Les maisons de solidarité.
Leur but est de régénérer les solidarités de proximité, les liens sociaux qui ont commencé à se distendre dès le 19e siècle à la suite des bouleversements sociétaux entraînés par la révolution industrielle et l’urbanisation accélérée qui en a découlé, bouleversements qui ont atteint un développement exponentiel au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Devant les dégâts humains causés par cette évolution (si bien décrits par Zola dès le 19e siècle) les gouvernants (français en particulier) ont organisé, sous l’impulsion du réformisme socialiste , des systèmes de solidarité institutionnalisés (assurances sociales obligatoires) que des initiatives généreuses ont complétés par des systèmes mutualisés de solidarité au sein de groupes socioprofessionnels (la MAIF en fut un exemple) ou interprofessionnels. Or ces solidarités sont menacées aujourd’hui dans leurs fondements même, à la fois du fait des besoins sociaux en progression exponentielle, mais aussi par la bureaucratisation administrative de structures de plus en plus lourdes, contrôlées par l’Etat ; enfin par les appétits des financiers qui y voient des sources de profits considérables (les assurances deviennent de plus en plus des produits financiers ; les mutuelles sont devenues – ou tendent à devenir – des groupes financiers insérés dans le secteur marchand.)
Ces solidarités anonymisées sont, d’autre part, impuissantes à contrer la solitude de plus en plus marquée des individus perdus dans la foule solitaire. C’est dire la nécessité de repenser le sens même du mot solidarité en le faisant évoluer vers celui de fraternité, troisième terme de notre devise républicaine. Tandis que la solidarité humaine s’impose de plus en plus comme un fait, un constat intellectuel, celui de l’interdépendance foncière de tous les êtres humains, la fraternité lui ajoute ce supplément d’âme apporté par l’affectivité, le sentiment d’une humanité partagée. La fraternité dépasse donc la solidarité en l’intégrant dans un projet à la fois individuel et collectif de partage, d’échange gratuit, de don. C’est pourquoi nous proposerons de parler de maisons du don et des échanges fraternels.
Ces maisons n’existeront que si elles sont intégrées dans des projets locaux initiés par des femmes et des hommes déjà engagés dans des actions concrètes, rompant avec l’idéologie exclusivement marchande qui isole les individus dans un système de compétition de tous contre tous et conduit l’humanité à un suicide collectif. Ce système conduit une minorité à s’approprier la planète pour l’exploiter sans limite à son profit et la rendre inhabitable pour les humains. Cette minorité assoit son pouvoir sur la peur de l’insécurité , insécurité qu’il entretient et dont il prétend protéger notamment par les systèmes d’assistance et d’assurance qu’il a détourné de ses objectifs primitifs en les bureaucratisant et les anonymisant, et, de plus en plus, en les marchandisant.
Il serait donc illusoire d’attendre de l’Etat qu’il prenne l’initiative de créer de telles maisons : elles seraient immanquablement déviées et récupérées comme le furent jadis les Maisons de la Culture instituées par Malraux. C’est donc bien au niveau le plus local qu’il faut concevoir, construire et faire vivre de telles maisons. Pourtant il ne s’agit pas de nier les apports possibles de ceux qui, aux divers échelons de la société, détiennent quelques pouvoirs politiques : ils peuvent tout aussi bien s’opposer à ces initiatives  ou au contraire créer des conditions favorables à leur émergence. L’engagement politique est donc une action nécessaire, surtout aux niveaux les plus proches des citoyens (depuis la commune jusqu’à la région, en France). «Contrairement à toutes les autres questions, la question humaine n’a aucun expert : elle est l’affaire de tous et de chacun d’entre nous ; elle est une affaire d’expérience de vie, de sensibilité, de conscience. Chacun a à apprendre de l’autre » .  Chaque citoyen peut et doit se sentir concerné et responsable. Chacun a quelque chose à donner et à recevoir de tous les autres.
Concrètement, il s’agit, pour les initiateurs de tels projets de se rencontrer, de concevoir ensemble les grandes lignes du bâtiment à construire, de faire les démarches nécessaires pour obtenir la mise à disposition d’un terrain municipal adapté. Un plan commun pourra être proposé : le principe sera de faire simple, fonctionnel, si possible en construction éco-biologique (bois, paille, pisé...) La construction en commun du bâtiment constituerait une première expérience importante pour la cohésion de ce groupe dont les membres seront, le plus souvent engagés dans des actions militantes variées.
Albert Jacquard voudrait qu’au-dessus de l’entrée de chaque école, il soit inscrit : « ici, on fait des rencontres ! » Cette phrase résume assez bien la vocation de ces maisons. Il s’agit de permettre aux acteurs de toutes sortes d’initiatives de se rencontrer : SEL (services d’échanges locaux), BLE (bourses d’échanges locales), Réseaux d’échanges de savoirs, Universités populaires et citoyennes, antennes locales d’ONG, Educateurs, Animateurs socioculturels, Associations d’aides aux personnes en difficultés – Emmaüs, ATD Quart Monde, DAL, RESF, etc. -  AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne , coopératives de production, de consommation diverses, groupements d’actions écologistes locales, associations culturelles, etc. Ces rencontres favorisées par un lieu spécifique permettront de mettre en lumière les convergences entre les multiples domaines d’actions menées par ces personnes et ces groupes qui ainsi « s’entre dynamiseront ». Des conflits ne manqueront pas de se manifester à l’intérieur de ces structures vivantes : l’expérience d’associations telles que Génération Médiateurs, qui ont fait la preuve de leur efficacité pour gérer sans violence les conflits entre enfants, sera d’une grande utilité pour gérer toutes les sortes de conflits entre adultes. Ces quelques exemples ne représentent qu’un faible échantillonnage des possibilités offertes par ces maisons.
Enfin, ces maisons devront se relier les unes aux autres au sein de réseaux régionaux, nationaux, internationaux. Internet est un outil essentiel pour assurer ces liens et échanges permanents. Elles représenteront des sortes de « têtes de pont » au sein de la société, des ferments d’un changement à la fois individuel et collectif permettant aux interactions entre les transformations personnelles et les transformations sociales de conduire à une métamorphose globale progressive.
 Ces maisons pourront également être à l’origine de maisons de la petite enfance  telles que les propose le Pr. Hubert Montagner et/ou de crèches-écoles enfantines
Elles pourront aussi soutenir et appuyer auprès des autorités locales et régionales, les initiatives d’éducateurs-enseignants dans leurs efforts pour transformer l’Ecole – initiatives qui ont tant de difficultés à surmonter les obstacles de toutes natures qui leur sont opposés dans le système actuel .
Il ne s’agit là, bien entendu, que de quelques propositions et suggestions qui devront être discutées, amendées, complétées, au sein des réseaux et groupes intéressés, et surtout au sein des groupes locaux désireux de se lancer dans cette aventure !
Un service civil européen :
L’idée d’un service civil ouvert aux jeunes filles et jeunes gens a été lancée en France il y a quelques années, après la suppression du service militaire obligatoire, sans que les pouvoirs publics ne lui aient donné vraiment suite, malgré des sondages d’opinion qui paraissaient favorables. Edgar Morin propose un service civil obligatoire sans préciser dans quel cadre il pourrait être organisé.
Dans un premier temps, l’obligation risque de poser des problèmes d’organisation difficiles à résoudre. On pourrait donc commencer par un service civil volontaire ouvert aux jeunes, par exemple, aux 18/20 ans ayant terminé leur scolarité secondaire générale ou professionnelle  mais aussi ouvert à des adultes désireux de consacrer un peu de leurs loisirs au service des autres, comme cela se pratique dans certaines ONG. Ce service gagnerait à être organisé au niveau européen, là encore, pour favoriser les rencontres à un niveau plus large que celui de la nation.
On pourrait s’inspirer du service civil qui, jadis, avait été mis en place pour les jeunes gens astreints au service militaire, qui s’étaient déclarés objecteurs de conscience. Le principe consisterait, pour l’instance organisatrice (l’Europe), à verser à chaque volontaire une allocation mensuelle (modeste), la prise en charge matérielle (gite et couvert) étant assurée par les structures d’accueil (associations, maisons du don et d’échanges…). Des accords pourraient être passés avec les sociétés publiques de transport (train, cars, etc.) pour les faire bénéficier de tarifs réduits (comme le « quart de place » des militaires).
Un tel projet devrait être repris, travaillé et soutenu par les députés élus au Parlement européen. Il serait infiniment moins coûteux et plus utile que bien des actions largement médiatisées, subventionnées par l’Europe, qui ne bénéficient qu’à des fractions restreintes – et parfois socialement privilégiées – de la population.
Interactions, convergences et synergies nécessaires.
Que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la biodiversité, de la pauvreté, de la défense des démunis et des victimes du système socio-économique dominant, (liste non limitative), l’urgence de soulager les souffrances, de tenter de corriger les dérives, de réparer les dégâts est, depuis longtemps (toujours ?) à l’origine de nombreuses initiatives généreuses. Mais, de plus en plus, ces actions s’apparentent au mythe de Sisyphe ou à celui du tonneau des Danaïdes. La conscience s’impose chaque jour d’avantage de la complexité des réalités politiques, sociales, éducatives, de la vie en général, et de leur interdépendance. Nous sommes alors souvent envahis par le sentiment de notre impuissance à modifier le cours d’événements si imbriqués les uns dans les autres. On entend si souvent dire « oui, bien sûr, mais que peut-on faire ? ». Impuissance, lassitude, désespérance, résignation accompagnent souvent les prises de conscience.
Les quelques projets présentés ici ont, me semble-t-il, le mérite d’ouvrir réellement de nouvelles perspectives d’avenir, de permettre de rendre possible l’improbable. L’articulation entre ces actions concrètes leur permettraient de s’entre dynamiser. Elles rendraient plus efficaces les actions « palliatives »  variées en les reliant les unes aux autres dans une perspective globale convergente pour en faire de véritables creusets de la métamorphose.
Les Maisons du don et des échanges fraternels (MDEF, si l’on veut sacrifier à la mode des sigles « pour faire court) ne devront cependant pas se contenter de constituer des lieux de rencontres : la métamorphose, émergence auto-organisatrice d’un méta-système au sein du système élaboré au cours des 6 ou 7 derniers millénaires, ne peut être qu’un processus long, progressif, résultant d’un grand nombre de tâtonnements locaux, partiels, (il ne peut exister aucun « modèle » préétabli à réaliser, pas de chemin tout tracé à suivre). Les Maisons, en synergie avec le service civil européen (avant de devenir transcontinental, un jour, peut-être, comme l’expérience canadienne semble le permettre), devront être des creusets où seront imaginées et expérimentées de nouvelles « formes » de vivre-ensemble touchant tous les domaines de la vie tant individuelle que collective (production et distribution relocalisées, aménagements de nouveaux espaces de vie, mise en commun d’équipements, santé, éducation, entraides intergénérationnelles , pratiques sportives hors compétition, créations et partages culturels, monnaies locales « fondantes », etc.)
Il s’agit de créer des écosystèmes, locaux mais reliés en réseaux multiples, où pourront se développer de nouvelles dynamiques inter-rétro-actives.
En se multipliant, ces actions concrètes, locales, créeraient de nouvelles voies d’actions concrètes, qui, en s’entre dynamisant, conduiraient à la constitution d’une « masse critique » capable de déclencher la réaction salvatrice globale. Alors la métamorphose encore improbable deviendrait possible : la quatrième naissance de l’humanité, la sortie de l’âge de fer planétaire , vieux de 6 ou 7 millénaires, une re-naissance de l’humanité à sa propre humanité, porteuse d’un projet humain rénové (Pannikkar). Le mot postmodernité qui, pour l’instant, ne suggère que la sortie de la modernité (née à la fin du 15e siècle avec la découverte des Amériques et l’invention de l’imprimerie), et l’entrée dans une nouvelle période dont on n’entrevoit encore que la nécessité, prendrait enfin un sens positif pour un nouveau départ.

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