Il existait en des temps anciens, une terre de guerre et de chaos, une terre où se côtoyaient hommes et bêtes de toutes sortes, bienfaisantes ou malfaisantes ces créatures pullulaient en son sein. Cette terre était les terres exilées, vaste pays divisé en deux royaumes, scindés par les immenses gorges d’Istäaps, qui délimitaient leurs frontières internes. A l’occident, était Elinôr, l’espérance, la plus grande des deux terres, belle et majestueuse, elle étirait ses différents pays à perte de vue. Elinôr était gouvernée par les rois Gor-stikiéns, qui inculquaient à chaque successions, valeurs et justice à tous les peuples de leur vaste empire. Les Elinoriàns étaient bons et valeureux, et bien que confrontés à de nombreuses guerres, ils croyaient toujours en de lendemains bien meilleurs.
A l’orient, de l’autre côté des gorges d’Istäaps, s’étendait Alföost-dil, sombre et enténébrée, cette terre était une terre d’épouvantes et de maléfices. Ses landes étaient sèches et mornes, ses arbres, racornis et gris de désolation, avaient capitulé et chassé toute verdure de leurs branches. Le ciel n’arborait jamais sa voûte azurée, mais déployait avec souffrance d’obscurs nuages lourds et grisâtres. Pour cause, cette terre était la terre des hommes damnés, la terre des créatures maudites, que vomissaient les enfers. Tous ses habitants, avaient juré serment à Lutrificös, le maudit de l’obscur. Tous avaient juré la perte d’Elinôr et de ses habitants, jalousant leurs prospérités, calomniant leur paix. Alors maintes fois, ils traversaient le pont des gorges d’Istäaps pour aller défier les Elinoriàns. Au commandement de cette race maléfique, aucun roi, mais des individus malfaisants, choisis parcimonieusement par le souverain des enfers, Lutrificös. Alföost-dil était devenu le royaume noir, gouverné par la volonté d’une déchéance vengeresse, et dont l’objectif était maintenant de conquérir Elinôr et de l’assujettir. Diverses fois, Elinoriàns et Alföost-diliéns s’affrontèrent sur les bords de Gor-stika, la terre des rois d’Elinôr se trouvant le plus à l’est du pays. Les créatures d’Alföost-dil étaient toujours à l’origine de ces affrontements entre races, et les Elinoriàns répondaient toujours présents pour défendre leur terre. Mais de victoires en défaites, de réjouissances arrogantes en défaites rageuses, l’ivresse du pouvoir gagna leur cœur, déjà si facile à corrompre. D’autant que le dernier roi Gor-stikién était tombé, assassiné par son intendant, corrompu par la perfidie et la langue mensongère de l’ennemi. Le dernier conservateur des lois était anéanti, emportant avec lui la loyauté et les valeurs des anciens. Il fut le dernier roi d’antan et il emmenait avec lui, son serment de justice.
Ce fut le moment choisi par Lutrificös, pour entrer en guerre contre Elinôr et tenter de l’assouvir. Car dans les entrailles de son royaume, le maudit de l’obscur se languissait, emprisonné dans ses souterrains de ténèbres, il méprisait la race humaine et était déterminé à causer leur perte. Il se félicitait déjà d’avoir réussi à corrompre les Alföost-diliéns, mais cela ne lui suffisait pas, car ce n’était qu’au prix d’une totale corruption des deux royaumes, qu’il pourrait s’extirper de son exil et envahir le monde. Il avait déjà tenté à maintes reprises d’envahir le monde, lui et ses cohortes de démons, mais chaque fois, il avait été terrassé et repoussé dans ses abîmes par les légions du ciel. Mais cette fois ci, il avait trouvé une arme de qualité, une arme à la hauteur de sa vengeance, à travers laquelle, il pourrait atteindre le très haut et le blessé dans son amour. Cette arme, c’était l’homme, créature cupide et dépourvue de reconnaissance. Créé et chéri par Dieu, mais ne respectant aucunes de ses volontés, il se détournait souvent de son créateur, ne cherchant qu’à satisfaire sa vaniteuse personne. N’était-ce pas ce qu’il était lui aussi avant d’être déchu. Le cœur de l’homme était malléable, sa volonté bien souvent indécise et capricieuse. Ces similitudes avec sa nature maléfique, confortaient son plan, bientôt, le germe de la malice et de la fourberie, germerait dans leur cœur. Bientôt, les hommes s’enfonceront dans ses spirales de perditions.
En ces jours anciens, le mal allait pleinement se manifester, sortant des entrailles de la terre, là où le feu est plus horrifiant que la lave en fusion et plus dévastateur que les ressacs les plus violents. Lutrificös, le maître des ténèbres fulminait, faisant rugir les volcans du monde et trembler les entrailles de la terre. Sa haine et sa jalousie croissaient de jours en jours envers le seigneur Dieu ; lui qui l’avait banni et condamné à errer perpétuellement dans les basses profondeurs du monde, allait enfin prendre acte de sa vengeance. Car cette fébrilité qu’il avait perçu chez les hommes, allait lui permettre de les berner, il leur promettrait richesse et puissance. Il les soudoierait et ces agrégats de chairs se détruiront eux même, au travers de leurs actes et de leurs bêtises. Eux qui avaient reçu d’innombrables grâces et avaient pris beaucoup d’importance aux yeux du créateur, allaient être la meilleure arme pour l’atteindre.
Dans un accès de colère, il convoqua ses anges noirs et décréta sa volonté d’entrer en guerre contre la puissance du bien. Et, quand il jugea propice l’heure de l’affrontement, il leva son armée.
Des cavernes des douleurs, jaillirent les loups noirs, énormes, monstrueux, aux crocs affûtés comme des cimeterres, ils étaient assoiffés de sang, le sang des justes. Vinrent ensuite, de nombreuses créatures étranges et maléfiques, de la vase des marais noirs naquirent les goröks, des bêtes sombres et velues, pourvues de griffes et d’armes aussi puissantes que tranchantes, leur âme de damnés étaient aussi noires que le charbon des mines de l’oubli. Les krishäks, aussi teigneux que carnivores, aussi maléfiques qu’épouvantables, surgissaient de l’antre du mal, féroces créatures pourvues d’ailes, dont le seul plaisir était de répandre le sang et de causer la mort. Il y eut également des trolls, gigantesques, puissants et trapus, des démons, des farfadets, peu efficaces dans les combats, mais suffisamment enragés pour déchiqueter l’ennemi lorsqu’ils sont en grand nombre. Après des millénaires de patience, le maître des ombres allait enfin prendre son énième revanche, il avait forgé un immense bataillon maléfique, et tous ses serviteurs étaient aussi puissants les uns que les autres. L’escadrille du mal était en route pour jeter ses armes dans la dernière bataille.
Dans le palais céleste, les choses se hâtaient également, Mitréhel, le chef des légions du ciel, fut mandaté par le Très-Haut de réunir le bataillon divin. Dreiim archange du sang et des guerres, ainsi que Seidriit archange de la justice, formèrent leurs escouades d’anges guerriers. Balgrùn l’archange des vents et des forces de la nature, convoqua les aigles blancs de la montagne sacrée, gigantesques prédateurs, aux pattes vigoureuses, pourvues de griffes acérées. Reiniit archange du feu et des bêtes, rassembla les loups blancs des monts du pouvoir, magnifiques dans leur pelage argenté. Ils exhibaient des yeux de cristal qui brillaient sur leur face et leurs longs crocs étaient d’ivoire, une grâce envoûtante découlait de chacun de leurs pas et la puissance de leur majesté était terrible. Toutes les forces divines furent rassemblées, et ainsi l’extraordinaire bataille entre anges et démons allait avoir lieu, la guerre des temps allait commencer.
L’Eternel n’était guère soucieux, ces misérables êtres maléfiques ne troublaient pas sa puissance, il savait que par son pouvoir absolu il pouvait d’un simple frémissement de sa volonté, écraser l’armée du mal, d’ailleurs, de nombreuses fois il les avait terrassés. Cependant, une chose avait changé depuis, et cette chose le préoccupait, car l’homme existait à présent. Ces êtres qu’il avait créé avec tant d’amour et qui maintenant vacillaient entre le bien et le mal, ces êtres si fiers si orgueilleux, ces êtres à qui il avait tout donné et qui bien des fois lui avait fait preuve d’ingratitude. Méritaient-ils que ce combat soit livré pour eux, méritaient-ils que le sang des anges soit répandu, alors que eux, continueraient à se pavaner dans l’abondance et les crimes, dans l’orgueil et les guerres inutiles et incessantes. Pourquoi ne contribueraient-ils pas, à cette lutte, pourquoi resteraient-ils enfouis dans leurs chaumières, sans faire preuve de foi et attendant le résultat qui sans doute, les délivrerai. Non ! Cette guerre était la leur, cette lutte, livrée pour rompre le joug du mal sur leur tête. Alors ils combattront, ils verseront leur sang comme les anges verseront le leur, et la victoire ne dépendra que d’eux même. Le Souverain des cieux convoqua le conseil des archanges, et à la suite de cette réunion céleste, une décision fut prise.
« Les hommes sont lâches » argumentèrent certains, « toutes aides et forces disponibles sont les bienvenues dans cette guerre à l’issue improbable » proclamèrent d’autres.
« Ils nous gênerais et s’enfuirais devant un tel spectacle d’horreur, il est des choses que le cœur de l’homme ne peut supporter, et il s’arrêterait de battre, si il apercevait les choses de l’outre monde, la férocité de Lutrificös est terrible, et sa face seule ferais fuir n’importe lequel de ces mortels ».
« Pourtant ils ne peuvent se tenir à distance de cette lutte qui les concerne en premier lieu, il faudra donc un des leurs pour les représenter tous ».
Il en fût convenu, un homme devra représenter la race humaine durant cette bataille. Les pouvoirs qui découleront de lui, il les devra à lui-même, par sa foi, son courage et sa volonté. Il devra se surpasser et atteindre la force ultime qui sommeille en chaque homme. Toutefois, pour l’aider dans sa tâche, Elkaïre le forgeron céleste le pourvoira d’une épée, une lame divine taillée dans le plus pur des métaux. Une lame robuste, légère et puissante qui terrassera toute ennemi qu’elle croisera ; Isaakiél, la vaillante, tel sera son nom. A la base de cette épée trônera le joyau des anges, un joyau rassemblant le pouvoir caractéristique de chaque ange guerrier. De Dreiim il recevra l’insatiable envie de faire couler le sang des âmes damnées, de Seidriit, l’envie de guerroyer avec justice sous l’égide de Dieu, et une force incommensurable qui grandira à chaque victimes maléfiques qui trouvera trépas sous l’assaut de son épée. Reiniit et Balgrùn lui attribueront la force du feu et la puissance du vent. Et chaque ange renfermera dans ce joyau un pouvoir semblable au sien. Les elfes et les nymphes lui confectionneront une armure aussi légère que robuste, le fourreau de son épée sera conçu par Dulfaél, la reine des elfes, et sa lame ne vieillira jamais, ainsi que ledit fourreau. Mais le pouvoir de l’épée, n’aura d’égal que la force latente qui est en lui, il devra donc avoir foi et dépasser ses limites, et alors arrivé au paroxysme de son pouvoir, la force du joyau se manifestera et le mal aura face à lui le plus terrible adversaire jamais conçu par Dieu en un être mortel.
Il ne restait à présent qu’à trouver le digne élu, un coeur pur, un sang noble, un homme d’une foi et d’une volonté sans faille.
Sur les hautes terres d’Angorak, vivait une petite tribu de redoutables guerriers, les Mùngdùlls, et au sein de ce village habitait un homme du nom d’Aramùng de Naùring. Il était le descendant d’une grande lignée de rois qui furent jadis destitués de leur rang, à cause de leurs quêtes de pouvoir et de gloire. Aramùng avait cependant grandi dans une fervente loyauté envers le Seigneur Dieu, ce qui était une façon pour lui de faire honneur à son sang royal et absoudre de ce fait, la faute de ses ancêtres.
Un soir à son grand étonnement, l’archange Mitréhel vint le chercher sous les yeux médusés des villageois qui ne se doutaient pas du combat qui s’apprêtait à se dérouler au sein leur monde. Aramùng fut emmené dans le royaume céleste, bien loin de se douter de la lourde tâche qui lui incombait. Le déroulement de la bataille, le sort qui attendait les hommes, les plans du maître des ténèbres, sa mission, tout lui fut expliqué par Mitréhel ; il en fut décontenancé.
« Je ne sais pas pourquoi j’ai été choisi, mais je tacherai de m’en montrer digne ». Dit-il
« Le masque du bien est devant ta face, et la main de Dieu ouvre ton chemin, va et affronte les ténèbres, car là où luit la lumière de Dieu, aucunes noirceurs ne triomphent ». Reprit Mitréhel
« Je donnerai tout ce que j’ai, même ma vie, car tout ce que je possèdes viens de mon créateur, toute ma force, mon cœur et mon âme lui appartient, et puisque j’ai été choisi j’élèverai la gloire de Dieu au travers de la mort et des ombres. Et la victoire sera notre finalité, puisque sous la majesté du très haut, toutes choses sinistres s’estompent ». Déclara Aramùng
« Je vois que nous ne nous sommes pas trompés sur ton compte, frère des anges, et c’est avec honneur que moi et ma cohorte d’anges nous combattrons à tes côtés ».
« Alors l’honneur sera partagé Mitréhel, et nous ne rendrons les armes que lorsque le mal aura été défait ».
Aramùng ne mit pas longtemps à apprivoiser l’épée et ses pouvoirs, il la maniait avec force et dextérité, au grand étonnement des anges d’ailleurs, car Isaakiél semblait faire partie intégrante de son être, et le guerrier dégageait beaucoup plus de force que quiconque ne l’avait imaginé. Son pouvoir était immense et Aramùng était maintenant fin prêt à combattre, prêt à mettre toute son ardeur et sa volonté au service de la noble cause.