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Amy

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L'Ephémère,
un texte de :

Jusqu’ici la seule chose que j’ai faite est de rêver ma vie.
J’ai supplié ce Dieu enfin cette force qui contrôle mon avenir.
J’ai supplié.
Supplié que cet apollon, de loin le plus courtisé,
s’intéresse à ma petite personne sans que je n’aie à me mouiller
pour le conquérir,
Supplié que des choses incroyables m’arrivent,
Supplié que l’on me remarque ou m’admire,
Supplié qu’un talent incroyable me soit doté.
Mais la vérité c’est que jamais pas une seule fois je n’ai eu
le courage de foncer et de tout donner.
Je n’ai jamais eu le courage de franchir cette ligne et de
passer du rang des petites filles sage qui n’oseront jamais et qui
envient à celui de celles qui ont du cran, de l’ambition et à qui
tout semble réussir.
Pendant tout ce temps j’ai eu peur, peur de perdre une
partie de moi-même, peur de perdre ma stabilité, peur de tomber
tel un oiseau de son nid douillet…
En vérité on peut me comparer à un Heptogenia Lateralis,
plus connu sous le nom d’éphémère. C’est un insecte qui passe la
majeure partie de sa vie sous forme de larve.
La larve, ça me va comme un gant comme descriptif, une
larve se fait un nid, mange et dort, elle apprend la vie tandis que
moi, j’ai mes cours. Pour résumer chaque matin quand je me
réveille, ma philosophie s’apparente à « Amy, 16 ans, larve à
temps plein mais pleine de bonnes intentions. »
Au final, la seule différenciation que j’ai avec cet animal
visqueux et lent c’est que contrairement à moi au bout de deux ou
trois ans, il se transforme pour s’envoler.
Alors seulement quelques heures s’écoulent avant qu’il
meure.
C’est en voyant un documentaire sur l’éphémère que j’ai
décidé de changer ma vie, j’ai décidé de m’envoler.

L’aventure a commencé le 19 juin, j’ai décidé de tout
changer, de bouleverser mes habitudes, de devenir celle que je
rêve d’être. Pour cela je décrétais que je devais partir cette nuit,
pour une nuit de vie, tout simplement, une nuit à 200 à l’heure.
Pour commencer je choisis de me fixer quelques règles,
premièrement ne pas choisir d’emmener une amie pour me
rassurer, aucuns résidus de ma précédente vie ne doivent
m’empêcher de vivre cette nuit, ensuite je dois agir
systématiquement à l’inverse de mes habitudes, du rationnel,
troisièmement cette nuit doit être inoubliable.
C’est sur ces bonnes résolutions que j’annonce à mes
parents que je vais dormir chez une amie quelconque et part vers
19 heures.
Je m’habille comme à mon habitude, je mets mon jean
porte-bonheur, une taille haute. En haut je mets un tee-shirt noir
simple. Je fais mon habituelle queue-de-cheval, me maquille
légèrement et prends mon petit sac à dos du surplus militaire dans
lequel un peu d’argent, une trousse de toilette et un pull se battent
en duel.
J’enfourche mon scooter. Le seul truc cool chez moi, c’est
mon scooter et on pourrait pratiquement dire que je fais honte à
cet outil tant quémandé par les jeunes et que moi j’utilise pour
aller à mon job à la bibliothèque ou au lycée. Je mets les clés sur
le contact et descends la rue à pied, j’ai le coeur qui bat la
chamade.

La peur m’assaille ; je ne sais même pas où je vais, ni avec
qui et si je ne trouvais aucun endroit bien ! Et si je me faisais
refouler si je trouve une fête !
Le vent qui fouette mon visage, mes jambes et mes bras
nus est tellement agréable que mes appréhensions s’envolent.
Pendant quelques minutes je cherche vers où me diriger puis
décide de me laisser aller. Je prends une route, tourne, je débride
mon esprit, ne pense à rien. Mon scooter me guide et mes pensées
vagabondent, butinant un sujet par-ci, un sujet par-là.
Au bout d’une heure, je fatigue, le scooter aussi, il faut
prendre une décision, finalement l’idée de se laisser aller au gré
du vent n’est peut-être pas si bonne…
Ma gorge se serre… Et voilà j’ai encore tout foutu en
l’air ! La chose qui me remonte le moral c’est que mes parents
n’ont pas téléphoné, ils dorment donc tranquillement et me
croient chez une amie, ils ne se doutent en aucun cas de ma petite
escapade nocturne.
Je m’arrête à une station essence, je suis tellement frustrée
que je donne des coups dans la pompe.
Au final je suis seule à faire mon plein d’essence, il est
huit heures et je n’ai aucune idée d’où aller ! Je me déteste, des
larmes me picotent les yeux quand j’entends du bruit. Je me
retourne et vois une vieille Peugeot rouge se garer à la pompe d’à
côté. À bord 3 filles, la conductrice sort, sans doute pour faire son
plein. Elle est brune, belle avec un tee-shirt d’un rouge sang. Son
regard est pétillant. Elle reste quelque seconde à contempler la
pompe puis soupire.
Simplement, je lui demande :
_ Besoin d’aide ?
Elle me fixe surprise puis répond :
_ Je veux bien, avec un léger sourire.

Je l’aide pendant que les deux autres filles sortent de la
voiture pour aller à la boutique de la station. L’une est petite, ses
cheveux sont courts et bruns, elle porte une robe noire très
seyante, elle a un air enfantin. Elle fait très jeune, son visage
dégage une pureté incroyable. L’autre est grande, brune, d’une
beauté à couper le souffle. Elle porte un tee-shirt bleu électrique
et un short en jean qui lui va à ravir. Son rouge à lèvre, intense lui
donne un côté pulpeux et ses cheveux lisses font de son visage un
délice pour les yeux.
Elle est la plus belle fille que j’ai jamais vue, le genre de
fille que nous les femmes admirons et jalousons tandis que les
hommes la désirent. Elle à un air gentil et sa silhouette entière
illustre le mot douceur. Je la regarde jusqu’à ce qu’elle soit
rentrée dans la boutique, puis elle joue avec l’autre fille, son
sourire est taquin lorsqu’elles se chamaillent pour choisir des
friandises.
En voyant ces trois filles d’à peu près mon âge, fêtardes et
belle comme le jour, je prends conscience de mon jean taille haute
sans forme, choisi pour son confort plus que pour son côté
esthétique ou tendance, je regrette mon tee-shirt noir plus que
banal et mes cheveux trop domptés par cette queue lisse.
Une fois mon plein finit, la brune au tee-shirt bleue
m’interpelle :
_ Tu vas où ?
Sa question, gentille, me gène : que dire ? Mentir ? Tenter de
m’incruster dans leur soirée ? Je choisis la neutralité.
_ Je ne sais pas encore et vous ?
Je me sens complètement débile, il est huit heures et je fais mon
plein sans savoir où je vais. Elle doit me prendre pour une
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psychopathe en quête de victimes ou je ne sais quoi. Je commence
à m’accabler et me faire tous les reproches du monde quand la
fille me répond :
_ Il y a un concert pas loin.
_ Ah ouai, je marmonne, distraite.
_ Tu veux venir ? Me demande soudain la jeune fille.
Mon premier réflexe est celui que j’ai adopté ces 6
dernières années, je m’apprête à décliner gentiment l’invitation
quand mes règles me viennent en tête.
Je tente donc de me donner un air blasé et attends
quelques secondes avant de répondre :
_ Pourquoi pas…
_ Cool au fait moi c’est Stacy…
Puis pendant que les deux autres filles revenaient,
_ La fille aux cheveux courts c’est Judith et celle avec le tee-shirt
blanc, Sarah.
Sarah…
Les deux filles s’approchent avec un sourire intrigué.
Sarah a un sac en plastique à la main. Je suis gênée, elles ne
veulent sûrement pas de moi.
Après un moment qui me semble interminable, Stacy prend la
parole et en désignant la pompe annonce :
_ Les filles voici...
_Amy, je complète.
_ ...elle m’a aidé avec ce truc et elle vient au concert des
Spinnertains avec nous. Reprends-elle en souriant.
Les deux filles acquiescent, me sourient. Elles ne semblent
pas remarquer ma tenue et ma coiffure qui font taches par rapport
à elle, je ne parle même pas de leur beauté et leur classe
naturelles. Je ne peux détacher mes yeux de Sarah, je la vois qui
regarde mon scooter, elle semble hésiter à agir.


Nos regards se croisent puis elle se décide enfin :
_ J‘ai toujours voulu avoir un scooter…
Avant que je puisse esquisser une réaction, Judith propose :
_ Sarah tu n’as cas monté avec Amy, tu lui montreras la route
comme ça !
Sans que je comprenne pourquoi, l’idée que Sarah monte
sur mon scooter m’enchante, je sens comme une excitation, pas
sexuelle je pense mais au niveau du coeur, je me sens bizarre,
jamais je n’avais ressenti ça auparavant. Sarah, loin d’être en
reste, jubile :
_ Oh oui, ça te dérange, Amy ?
Le fait qu’elle prononce mon prénom ne fait qu’augmenter
ce sentiment intriguant qui ne se contente plus de secouer mon
coeur mais m’envahit tout entière.
_ Pas de problème, je rougis.
Stacy et Judith montent dans leur Peugeot brinquebalante
tandis que je sors mon casque de secours du siège du scooter et le
tend à Sarah.
Elle semble touchée de cette attention et me sourit.
Quand le casque passe d’une main à l’autre, cet échange
me semble plus que matériel. C’est une sorte de symbole, d’une
amitié naissante.

 

© Conselia 2009

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